Filles à papa (Dad I)

Filles à papa, Nob

Filles à papa, Nob

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de critiquer une bande-dessinée. Première fois que je m’attelle à cet exercice… Mais enfin, avant même de lire le premier tome de Dad, je me sentais prête à en parler, touchée par la présentation que m’en avait faite la personne qui me l’a conseillé.

J’avais déjà croisé Dad en librairie, puis j’en avais vu quelques critiques plutôt positives de ci de là. Mais je n’avais pas vraiment eu loisir de la feuilleter… D’autant plus que je ne lis généralement les bandes-dessinées que lorsqu’on me les jette entre les mains.

Alors, Dad, c’est à première vue une histoire bien sympathique. On suit notre héros, « Dad. Juste Dad », un père de famille qui a raté sa carrière d’acteur et ses quatre histoires de couple, et se retrouve à élever ses (pestes de) filles en vivant de la pension alimentaire versée par sa première épouse (ainsi que nous l’apprend le premier tome). D’historiette en historiette, Dad devra donc composer avec ses quatre amours de filles, Panda une future avocate au sale caractère, Ondine qui ne pense qu’aux garçons et se teint les cheveux en rose, Roxane la sportive du lot, et Bébérénice encore en poussette. Il faudra nourrir ce petit monde, faire les courses, essuyer les mauvais regards des mères de famille à la sortie de l’école, emmener la plus petite au parc, surveiller les petits copains de la puinée, trouver un job… Tout un programme que le pauvre Dad peine à tenir, poursuivi par tout un tas de tracas de santé, le torticolis, la fatigue, les moustiques… D’autant plus que, malheureusement pour lui, ses filles sont loin d’être des anges et lui mènent la vie dure.

On va ainsi accompagner Dad au quotidien. Harcelé par ses filles, il gérera son stress en dévorant tout ce qu’il lui passe sous la main, mais trouvera parfois quelques instants pour nous faire profiter de quelques souvenirs du temps où il n’avait pas encore les cheveux gris. Les blagues se succèdent alors, entre ses inquiétudes vis à vis de ses filles et les bêtises qu’accumulent les quatre espiègles demoiselles, moqueuses, sournoises, impitoyables si elles veulent – et adorables quand elles le souhaitent. On rit, ou à défaut on sourit : sans être une franche rigolade, la bande-dessinée m’a vraiment semblé sympathique, mettant en scène tous les déboires de ce pauvre père de famille, et toutes les facéties des jeunes filles. On se moque de l’âge du paternel, de son ventre, de sa maladresse aux jeux-vidéo, de sa peur des maladies… Mais, au delà de la rigolade, la BD est aussi pleine de tendresse.

Et c’est à partir de là qu’on peut parler de l’autre émotion qui se dégage de ce livre : sous les gags, il y a une sorte de mélancolie sous-jacente. Nostalgie qu’on repère dans les souvenirs ressassés par Dad, lorsque ses filles étaient petites et lui-même plus brun, plus mince, destiné à devenir un acteur connu. Et aussi difficultés de la vie évoquées entre deux : la complexité de retrouver un travail digne de ce nom, le souci constant de plaire à ses filles, de s’occuper d’elles aussi bien que possible en étant seul à la maison, seul à s’inquiéter pour elles. Parce qu’il y a une grande absence dans ce livre, c’est celle des mères – on croisera brièvement celle de l’aînée, mais rien n’est dévoilé sur les trois autres.

Sous la rigolade, il y a donc cette autre dimension, ce côté « dures réalités de la vie » que rencontre ce père qui cache ses angoisses sous les clowneries. Et le portrait de famille en devient tout à la fois drôle, malicieux, touchant et réaliste. Dad, certes, ça prête à rire mais ça vous raconte aussi quelque chose de plus grave entre les blagues. Quelque part, cette situation de monoparentalité, de même que les graphismes, m’ont rappelé Lou ! de Julien Neel, qui nous raconte également avec beaucoup de sensibilité l’adolescence d’une jeune fille élevée par une mère célibataire et fantasque. Sauf qu’ici, dans Dad, Nob cède la parole au père, prenant à contrepied l’archétype de la femme au foyer.

Niveau graphismes, de mon point de vue de novice, j’ai trouvé ça coloré et charmant, un trait dynamique et amusant, fourmillant de détails (j’adore la piscine à balles qui nous semble gigantesque). Et comme j’apprécie énormément les pages de garde fourre-tout, ça tombait bien.

Bref, j’avais envie de vous recommander Dad, parce que cette bande-dessinée m’a mise de bonne humeur et qu’elle se révèle plus profonde qu’elle n’y paraît de prime abord. C’est le joli portrait d’une famille rapiécée, tout à la fois drôle et délicat.

Filles à papa, Nob (Dupuis, 2015)

Le Pacte de la voleuse (Widdershins I)

Le Pacte de la voleuse, Ari Marmell

Le Pacte de la voleuse, Ari Marmell

Troisième né des jeunes éditions Lumen, Le Pacte de la voleuse m’intriguait depuis un bon moment. Pour tout avouer, la couverture, première et quatrième confondues, ne m’inspiraient pas un sentiment très exaltant, mais j’avais envie de découvrir le travail de cette nouvelle maison d’éditions dédiée à l’imaginaire.

Nous voici donc en compagnie de Widdershins – qu’est-ce que c’est que ce nom, sacrebleu –, une jeune voleuse talentueuse, mignonne et culottée, qui fut autrefois une orpheline chapardeuse puis la protégée d’un riche aristocrate, avant de déchoir brutalement. La particularité de la donzelle est de servir d’asile à un dieu un peu grognon et souvent moqueur, Olgun, qui favorise sa chance et l’aide à commettre ses méfaits. Alternant épisodes du passé et faits actuels d’une manière très lockelamoresque, le roman nous raconte comment Widdershins en est arrivée à devenir ce qu’elle est et la plonge dans une intrigue mêlant querelles religieuses, cambriolages périlleux, complots et meurtres. On a donc de quoi s’occuper.

Ne mentons pas, j’avoue avoir trouvé cette lecture agréable. Le style de l’auteur, parfois ampoulé, reste cependant vivant et sympathique tout au long du livre, et le rythme est bien géré. On s’amuse, on rit un peu à certaines situations, on attend de savoir la suite… Bref, ça fonctionne. Et puis l’ensemble est énergique, je ne me suis aucunement ennuyée.

Reste que ça n’a rien de follement original. L’univers mis en place ne décolle pas vraiment, on reste en terrain connu, entre aristocratie, polythéisme et une guilde de voleurs comme on en a vu passer dans tout un tas d’autres romans et jeux-vidéo du même genre. Il y a quelques petites touches plus intéressantes, cela dit : le système des dieux protecteurs des grandes familles, qui influent sur leur fortune, le Dieu voilé et sa malédiction, le principe du Seigneur voilé… Le tout nous offre une cité vivante, oui, mais assez peu différente de celles que l’on a pu croiser dans d’autres romans, avec ses gardes toujours sur le qui-vive, ses bas-fonds, ses auberges et ses places de marché, ses baaaaals de la noblesse (j’ai beau dire, j’adore les mises en scène de bals et de festivités).

Le plus gros souci de cet ouvrage, finalement, me semble surtout être son héroïne. Elle a tout pour plaire, cette miss, au point que c’en est exaspérant. Certains aspects de sa personnalité m’ont plu, son énergie infatigable en particulier, sa manière de parler à Olgun à voix haute sans se soucier des regards de travers qu’on lui jette… Mais voilà, elle est talentueuse, elle est belle, elle a toujours raison et on lui donne toujours raison… sans parler de sa chance insolente qui la rend si sûre d’elle – et du fait qu’elle a tellement souffert. Ce n’est pas vraiment l’accumulation de ces qualités qui me gênent, mais plutôt leur mise en scène – qui fait que ses amis comme ses ennemis se définissent presque toujours par rapport à elle et n’ont guère de consistance en dehors de leur relation avec elle. Prenez Bouniard, par exemple (encore un nom de ces noms merveilleux…), l’archétype du jeune policier qui veut tout faire pour arrêter cette dangereuse criminelle et passe ses nuits à penser à elle…

Mais baste, on passe tout de même un bon moment, même si j’ai très vite deviné la solution de plusieurs énigmes du roman (l’identité du Seigneur voilé, quelle surprise…). Je n’attendais pas plus de ce récit, quelque part, et j’ai eu beaucoup de plaisir à le lire. Car on ne s’ennuie pas, on s’amuse même plutôt bien et c’est tout ce que je demandais en ouvrant ce livre.

Le Pacte de la voleuse, Ami Marmell (Lumen, 2014)

Les Herbes de la Lune

Les herbes de la Lune, Anne Laure

Les herbes de la Lune, Anne Laure

J’ai découvert ce roman aux Imaginales, un peu par hasard d’ailleurs. Son auteure était présente sur le stand d’une maison d’édition (le Chat Noir), elle a vu que je portais des oreilles de chat noir, et elle a dû se dire que j’étais une lectrice potentielle pour son roman. Elle n’a pas du essayer longtemps pour me convaincre, il lui a suffit de commencer le résumé de son livre par  » le thème du roman est en lien avec le monde celtique ». Bonne pioche, c’étaient les mots clés.

Ainsi, j’ai acheté ce roman, qui, si j’ai bien compris, est le premier tome d’une trilogie. Les Herbes de la Lune se passe donc en Bretagne avec un florilège de noms de village et de prénoms tous plus celtiques les uns que les autres, à l’exception de celui de l’héroïne : Abigail. On y découvre des lieux typiques de cette région, entre le vieux pub du port et la lande avec ses herbes folles et ses roches blanches, sans oublier les forêts millénaires et la mer impétueuse qui s’élance à l’assaut des rochers. Autrement dit, un univers auquel j’ai adhéré d’emblée et qui confère tout son charme au roman.

Les personnages m’ont également conquise, même s’ils sont parfois stéréotypés, comme le vieux mais néanmoins sage herboriste. L’héroïne tout d’abord est une adolescente assez banale, mais hantée par un cauchemar qui l’épuise un peu plus chaque nuit. Jusqu’au jour où… je ne vous en dis pas plus, si vous voulez percer le mystère de se cauchemar, il vous faudra lire par vous même le roman. Quoi qu’il en soit, peu à peu Abigail va prendre conscience de sa véritable nature et devoir se battre contre elle-même. Ce que j’ai apprécié dans ce combat, c’est qu’il ne s’agit pas simplement d’un manichéisme Bien / Mal, la différence est un peu plus subtile que ça. Disons qu’elle doit plutôt lutter entre garder le contrôle ou s’abandonner.

Le personnage de Timothée m’a aussi plu car il ne s’agit pas seulement du beau gosse du lycée tombeur de filles qui s’intéresse soudainement à l’héroïne comme pour prouver qu’elle est effectivement spéciale. Bien au contraire, il existe un véritable lien entre Abigail et lui, qui se dessine au fur et à mesure des italiques concluant certaines journées en livrant les pensées les plus prégnantes de Timothée.

Enfin j’ai aussi beaucoup aimé le personnage de la grand mère qui est tel que je les aime : une femme forte qui a élevé sa petite fille avec des préceptes de morale très old school, et en même temps avec énormément de tendresse. Et puis son histoire avec André, un libraire, la rend également très humaine.

En dehors des personnages, et de l’intrigue qui était finalement assez nouvelle pour moi, j’ai apprécié aussi la narration de cette histoire: une succession de jours, un peu à la façon d’un journal intime, qui commencent tous par une date et une indication sur la phase de la Lune. Et souvent quelques évocations de la météo, qui ne sont pas tout à fait anodines.

J’attends donc avec impatience le prochain tome qui devrait sortir en septembre (l’auteure a eu la gentillesse de me le préciser dans un PS de sa dédicace). En attendant, je conseille ce livre à ceux qui ont un faible pour l’univers celtique, qu’ils soient connaisseurs ou non, d’ailleurs, car c’est vraiment un élément clé de ce roman.

Les Herbes de la Lune, Anne Laure (Le Chat Noir, 2014)

Dernière fenêtre sur l’aurore

Dernière fenêtre sur l'aurore, David Coulon

Dernière fenêtre sur l’aurore, David Coulon

Merci aux éditions Actusf et à l’équipe de Babelio pour m’avoir permis de découvrir ce roman !

J’ai un maudit syndrome quatrième de couverture, qui me fait toujours lire le résumé du bouquin avant de pouvoir m’y plonger. Au risque, parfois, d’en savoir trop sur l’histoire à venir et de me gâcher une partie du suspense. Bien m’a pris, cependant, d’ignorer la quatrième de ce roman-ci, cette Dernière fenêtre sur l’aurore qui venait d’atterrir dans ma boîte aux lettres. Sans connaître l’auteur, sans connaître l’intrigue, faisant totalement confiance à un éditeur que j’apprécie beaucoup, je me suis lancée sans a priori dans ma lecture.

Ça a été relativement bref. Le polar compte deux cents cinquante pages et sait où il va. J’avoue que j’ai été un instant sceptique (premier polar d’une collection dédiée à l’imaginaire, auteur inconnu, hum-hum…). Et puis c’est vite passé : car il y a un style, une vivacité, dans cette écriture. Phrases brèves voire averbales, propositions courtes saccadées par des virgules. Alternance des narrateurs, la première personne du singulier remplaçant brutalement la troisième en chemin. Et désordre dans le récit, les fragments des souvenirs de Bernard Longbey sciant l’intrigue policière.

Après m’être adaptée au style, me voilà plongée dans l’histoire. Les bons polars se lisent à toute allure, me semble-t-il… Bref, nous suivons Bernard Longbey qui est loin d’être l’homme le plus joyeux du monde. Bernard travaille à la brigade des mineurs d’une ville ironiquement nommée Bois-Joli, il a perdu sa femme et sa fille quelques années plus tôt, il sombre peu à peu dans un noir désespoir. Un beau jour, il débarque sur une scène de crime qui ne le regarde en rien : Aurore, une belle et jeune étudiante, a été égorgée dans son studio. Assez facilement, Longbey s’immisce dans l’enquête de son collègue Bellec et commence même à mener des investigations parallèles. Et ses réflexions personnelles, ses dialogues intérieurs, ses souvenirs morcelés (fictifs ou véritables ? On ne sait parfois plus) accompagnent une histoire extrêmement sombre.

Aucun temps mort, comme je l’indiquais plus tôt. Le roman happe, pas moyen de le dire autrement. Le portrait de Bernard est psychologiquement fin et très fort, sa descente aux Enfers suit les différentes étapes d’une enquête aux nombreux rebondissements. Les révélations sont foison… dispensées par miettes tout au long du récit, faisant deviner des choses au détour d’une phrase avec l’air de ne pas y toucher, nous invitant à nous poser quantités de questions pour recomposer la vérité. Et bon sang, ça marche diablement bien !

Cela dit, que les âmes fragiles s’abstinent. Dernière fenêtre sur l’aurore est sinistre et macabre à souhait, et c’est là que j’ai croisé mes premières difficultés de lecture. Je n’avais pas envie, mais pas du tout envie, à l’instant où je me suis penchée sur ce roman, d’une histoire sordide et sanglante… J’ai été assez bien servie en la matière. Aussi excellent que soit le roman par ailleurs, je n’avais juste pas la tête à ça au moment de ma lecture. Mais, sur ce point, le roman n’y est pour rien, il n’y a que mon humeur à blâmer.

J’aurais cependant des reproches plus constructifs à énoncer. Tout d’abord une certaine frustration sur le suivi de l’enquête principale. On en revient toujours à Aurore mais on passe par tant de chemins détournés, d’intrigues différentes qui se croisent et s’entremêlent, que cette pauvre Aurore m’a semblé plutôt terne. Et finalement son histoire se résout un peu entre deux, à la va-vite, au milieu d’autres révélations bien plus importantes, comme si son meurtre n’était qu’un effet collatéral. De plus, j’avais deviné à mi-parcours la résolution finale, ce qui gâte toujours une partie du suspense.

Enfin, ce qui m’a vraiment déplu, c’est l’épilogue. Un surplus, à mon sens, un manque de subtilité dans un roman qui est pourtant loin d’en être dépourvu.

En dépit de ces quelques anicroches, David Coulon nous livre cependant un premier polar féroce et prenant. Je ne peux encore que remercier l’auteur et les éditions Actusf de ce travail et souhaiter bon vent aux Hélios noirs.

Dernière fenêtre sur l’aurore, David Coulon (Actusf, 2015 ; coll. Hélios)

L’Archange du chaos

L'Archange du chaos, Dominique Sylvain

L’Archange du chaos, Dominique Sylvain

Grand merci aux éditions Viviane Hamy et à Babelio pour m’avoir donné l’occasion de découvrir ce roman !

Pour ma première critique de polar, j’avoue être un peu stressée. S’il me semble facile de critiquer un roman d’imaginaire, parce que je possède un bagage culturel suffisant pour faire des rapprochements et des comparaisons avec d’autres œuvres et que je suis suffisamment familiarisée avec ce genre, j’avoue ne pas avoir la même facilité avec un roman policier. Pourtant, j’en lis… mais il m’arrive de délaisser le genre pendant plusieurs mois, voire une ou deux années. Et cela faisait bien six mois que je n’en avais pas lu.

Mais il s’agissait du dernier Dominique Sylvain, et je n’allais pas rater cette occasion.

Dans la maison de mon enfance, il existe une étagère noire sur laquelle s’alignent quantités de polars : on y trouve entre autres tous les Vargas et tous les Sylvain, sagement installés à leur place. Alors, quand j’eus épuisé le stock de Vargas, on me mit entre les mains un Sylvain en m’assurant : « Tu vas voir, ça va te plaire. » (Il s’agissait de L’Absence de l’ogre et, oui, ça m’a plu.)

Bref, il y a dans la poignée de Dominique Sylvain que j’ai lus une énergie de style et d’action, une galerie vivante et attachante de portraits, une actualité tant dans le décor que dans les thèmes abordés, qui me parlent. J’attendais, avec L’Archange du chaos, de naviguer en eaux connues.

En partie, oui : le style est excellent, l’action bien menée, le rythme haletant. De l’enquête rodée avec un suspense qui nous pousse à tourner encore et encore les pages pour découvrir qui. Tout commence par un meurtre horrible auquel l’auteure nous fait en partie assister, et par la découverte d’un cadavre torturé. Tout commence aussi par la présentation d’une brigade de police qui ne brille pas par sa grande forme. Le commandant Carat, nouveau-venu sous la plume de Dominique Sylvain, essaie tant bien que mal de recoller les morceaux d’une équipe dont l’un des membres a été envoyé en cure de désintoxication, un autre cherche à obtenir d’urgence une mutation et une dernière, protégée de la divisionnaire, fait ses premiers pas dans la Criminelle.

L’enquête est vraiment bien filée, les soupçons se portent d’un suspect à l’autre tandis qu’on déterre des secrets, qu’on découvre de nouveaux indices, petit bout par petit bout, et qu’on s’égare dans des fausses pistes. Plus encore que le tueur, dont la personnalité ne m’a que moyennement intéressée et dont l’histoire m’a semblé pousser comme une mauvaise herbe dans le dernier quart du roman, ce sont les autres personnages qui portent le récit. Des portraits de maître, il y en a à foison ici – à la tête desquels on trouvera Franka Kehlmann, la petite nouvelle, une belle jeune femme acharnée à l’histoire déchirée, sœur d’un livreur de pizza à l’âme de grand artiste et fille d’un père célèbre historien à la sinistre spécialisation. On se délectera aussi de toutes les autres mines croquées avec talent : Bergerin le « Viking en mal de pillage », le si rancunier Colin Mansour, Louis Bagneux la « star du prétoire »… – et Carat, la tête pensante de l’équipe qui ne m’a cependant pas autant fascinée que je l’aurais voulu. Mais passons. Tous ces protagonistes sont épatants.

Il me faut juste exprimer un regret, car les romans de Dominique Sylvain que j’avais déjà lus mettaient en scène Lola Jost et Ingrid Diesel – un duo aussi comique qu’efficace. Ici, en contraste, tout est très sombre. Parfois, une ou deux blagues en passant, mais les personnages traînent tous derrière eux de sacrés passifs, enfances difficiles, alcoolisme, veuvage, accident, problèmes psychologiques… J’avais l’habitude de sourire davantage en lisant un Sylvain.

Et enfin j’ai été gêné par la fin – une sorte de double fin. J’avais l’impression que ça n’en finissait pas… que tout s’accumulait, que rien ne souriait…

Mais le polar valait le détour. Rien que pour passer quelques jours à ne pas lâcher ce bouquin, à en parcourir une ou deux pages juste avant de partir au boulot, juste avant de dîner, juste le temps que le train s’arrête en gare – car le suspense vous tient (presque) jusqu’à la fin. C’est un bon roman policier, ce n’est juste pas, pour moi, le meilleur roman de Dominique Sylvain.

L’Archange du chaos, Dominique Sylvain (Viviane Hamy, 2015)

Autre Monde, tome 1: L’Alliance des Trois

 

L'Alliance des Trois, Maxime Chattam

L’Alliance des Trois, Maxime Chattam

Ce roman m’a été « prescrit » par mon médecin pour me détendre ( si on pouvais vraiment soigner les gens grâce aux livres, on vivrait dans un monde parfait !) et j’avoue que ça a plutôt bien fonctionné. C’est exactement le genre de livre que je ne peux lâcher qu’une fois la dernière page dévorée.

Il faut dire que j’adore les romans où les héros se retrouvent livrés à eux-mêmes en pleine nature et doivent s’organiser pour survivre, un peu comme Robinson Crusoë. A ceci près que Robinson était tranquille sur son île alors que dans Autre Monde le danger guette à chaque coin de rue… ou du moins ce qu’il en reste. En effet le roman commence par une gigantesque tempête qui engloutit New York sous les éclairs et la neige et affecte de façon assez étrange aussi bien les humains que les animaux.

C’est dans ce contexte apocalyptique que commence la fuite des héros qui tentent d’échapper à de mystérieuses créatures montées sur des sortes d’échasses et munies d’yeux / projecteurs, ainsi qu’à un étrange Il qui redoute que les adolescents ne trouvent refuge au « sud ». Cap vers le sud, donc ! Et voilà nos héros en train de naviguer … dans une rame de métro envahie par les flots !

Et ce n’est pas la seule surprise que nous réserve ce roman : tout au long de l’histoire, le lecteur va de surprise en surprise en découvrant un monde nouveau, remanié par une Nature déchainée et où les survivants doivent trouver une nouvelle façon de vivre en société. Ce qui inclut, bien sûr, des complots, des secrets, des tentatives de meurtres et autres pièges diaboliques.

Finalement, je trouve que le roman est à l’image de son titre : mystérieux et surprenant. En effet, il est question de l’alliance des trois, or s’il y a bien une bande de trois amis au début de l’histoire, l’un d’eux disparait très vite. Mais alors qui est ce troisième membre auquel fait référence le titre ? Il faut attendre quasiment le milieu du roman pour le savoir !

Mention spéciale également pour Plume, l’énorme chienne qui porte le même nom que mon minuscule chaton, cela m’a beaucoup fait rire. D’autant plus que ce personnage secondaire se révèle finalement plutôt attachant.

Enfin, j’ai beaucoup aimé le côté très réaliste et humain des héros. Certes Matt doit utiliser son épée pour se défendre, et tuer des personnes, mais il n’a rien à voir avec un chevalier qui distribue des coups de lames à tort et à travers sans même sourciller. Ici le héros est confronté à l’horreur de la mort, au fer qui déchire les chairs, et n’éprouve que du dégout et de la tristesse en repensant à ses actes.

Je conseille donc ce roman à tous ceux qui n’ont peur de se lancer ni dans une longue saga ( déjà 7 tomes parus à ce jour), ni dans une aventure épique au coeur d’une toute nouvelle Terre.

L’Alliance des Trois, Maxime Chattam (Le livre de poche, 2012)

Chi, une vie de chat

Si comme moi vous aimez parler à votre chat et vous avez l’impression qu’il vous répond, alors ce manga est fait pour vous. En effet, Chi relate l’histoire d’un chaton si tête en l’air qu’il perd un jour toute sa fratrie de vue et se retrouve tout seul. Heureusement, sa raconte avec le petit Yohei va lui ouvrir les portes d’une nouvelle vie dans la sympathique famille Yamada. Seul problème, tout ce petit monde habite dans un immeuble interdit aux chats ! Et quand un gros matou aux allures d’ours commence à semer la zizanie chez les voisins, les Yamada craignent que leur petit protégé ne soit découvert. Que faire ? Quitter l’appartement ? Ou faire adopter Chi par une autre famille ? A vous de le découvrir !
J’ai beaucoup aimé ce manga pour sa petite héroïne à quatre pattes joyeuse et gaffeuse, et surtout pour son côté incroyablement réaliste. Chi se conduit comme un véritable chat le ferait : elle préfère jouer avec l’emballage en plastique de son jouet plutôt qu’avec le jouet lui-même, elle s’endort n’importe où, et elle voit des proies partout, que ce soit un morceau de poulet ou vrai oiseau. Mais ce qui m’a fait le plus rire, c’est la façon dont l’auteur raconte les aventures de Chi, en faisant parler ses maitres, mais aussi le chaton, dont les paroles sont traduites en langage « humain ». Et c’est à ce moment là que le lecteur se rend compte que lorsqu’il parle à son chat, ils ont probablement une conversation de sourds.
Les autres personnages sont aussi très sympathiques, peut-être trop pour être vraiment crédibles, mais le côté kawaï est totalement assumé dans ce genre de manga. J’ai en particulier aimé le petit Yohei qui prend Chi tour à tour pour une peluche, un doudou, un jouet … mais aussi le gros chat-ours un peu inquiétant au départ mais qui se révèle être très rusé, et d’une grande aide pour la pauvre Chi qui ne connait rien à la vie. Les dessins sont également très jolis, et en couleur, ce qui ne gâche rien.
Je conseillerais donc ce livre aussi bien aux amoureux des chats qu’à ceux qui y sont un peu plus réticents, car comment ne pas craquer pour les grand yeux et le cheveu sur la langue de la petite Chi ?

Chi, Kanata Konami (11 tomes disponibles Glénat, 2010-2014)

Le Corbeau et la torche (La Voix de l’empereur I)

Le Corbeau et la torche, Nabil Ouali

Le Corbeau et la torche, Nabil Ouali

C’est tout d’abord la sobre, belle et classieuse couverture de ce roman qui m’a attirée. Après avoir entraperçu cet élégant ouvrage sur les tables d’une librairie, j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur au dernier Salon fantastique et je n’ai pas hésité, alors, à m’approprier Le Corbeau et la torche.

Sachez tout d’abord que la critique est en retard : j’ai si bien dévoré le roman au sortir du salon (commencé samedi, fini lundi) que je me suis retrouvée avec une lecture finie et un article à faire dans un moment où je n’avais pas le temps de m’atteler au second. Je ferai de mon mieux pour vous traduire tous les excellents sentiments que j’ai à l’égard de cet ouvrage.

Car, oui, ce fut une belle, très belle surprise ! J’en ai déjà parlé dans quelques articles précédents, j’ai beaucoup d’admiration pour les éditions Mnémos mais il m’arrive plus d’une fois de ne pas apprécier l’un de leurs ouvrages. Cela ne m’empêche pas, cependant, d’acheter toujours leurs nouveautés… Après un Mordred apprécié, un Sang que l’on verse au goût plutôt amer et un Bâtard de Kosigan que j’avais tout simplement adoré, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Nabil Ouali m’avait un peu présenté son univers, j’avais parcouru la quatrième de couverture sans vraiment me focaliser sur ce qu’elle disait et j’avais admiré la belle carte couleur sépia qui ouvrait le roman. J’avais plongé tête la première… et ce fut génial.

Car j’aime la fantasy classique, les romans qui n’endorment pas, les écritures soignées et les personnages attachants. Et il y a tout cela ici. J’aime aussi la poésie versifiée, les secrets et complots de Cour, et tout un tas d’autres éléments dont ce roman regorge. L’histoire nous conte trois garçons qui, d’une manière ou d’une autre, en viennent à approcher le prince de leur pays, Elin. Frimas, enfant du froid, devient garde du corps royal et se retrouve empêtré dans les intrigues des courtisans tenus par la religion. Ravel, jeune paladin à la solde du clergé, part pour des contrées de montagne et de neige à la poursuite d’un traître à la couronne. Glawol, ce cher Glawol, essaye de se tailler une place de choix dans le schéma politique du pays pour dénoncer les abus de la religion qui manipule les puissants. Et on ne sent, dans ce premier tome, que les prémices d’un scénario bien plus abouti qui devrait se développer avec brio dans les tomes suivants.

Certes, des râleurs pourraient prétendre que ce roman ne s’écarte que timidement du droit chemin. Un empire en faillite, des religieux avides de pouvoir, pléthore de rôles classiques, paladin, troubadour, aubergiste, fille de joie et… qu’importe ! Car il y a ici une énergie inhérente au roman qui donne à toute cette fantasy déjà connue un petit air printanier, un brin de nouveauté : nous lisons, nous sommes entraînés, nous reconnaissons bien des paysages déjà parcourus, mais qu’importe. Car le roman est solide, élégant, et j’ai passé un moment véritablement passionnant en sa compagnie. Les personnages, en particulier, nous apportent plein de sentiments. Glawol, que tout un chacun finira par apprécier, est par exemple une figure extrêmement attachante, un jeune clerc plein d’arrogance, de connaissance et d’intelligence qui n’en est pas moins très humain, curieux, souvent agaçant, plein d’humour, mais aussi peureux et ridicule quand il doit l’être.

J’ai donc été enchantée… à un ou deux détails près. Quelques scènes m’ont semblé justement « un peu trop classiques », comme plaquées parce qu’elles vont bien dans un roman de fantasy, et elles ajoutent quelques fausses notes dans un ouvrage que je trouve malgré tout, je le dis encore, très réussi. Enfin, le seul véritable reproche que j’aurais à exprimer concerne le nombre assez conséquent de fautes de typographie. Je sais que beaucoup de personnes considèrent que ce n’est pas bien grave de mal placer une virgule ou d’oublier un point, mais je ne peux malheureusement pas m’empêcher d’être gênée dans ma lecture lorsque je croise un alinéa trop long, une virgule manquante ou un saut de ligne à la mauvaise place. Je pinaille peut-être mais je trouve dommage qu’un ouvrage de cette qualité, qui plus est un objet aussi soigné, comporte un tel nombre d’erreurs typographiques.

Mis à part ce dernier point, c’est un excellent premier roman. J’attends déjà la suite avec impatience et regrette de m’être lancée si précipitamment dans la lecture de cette passionnante nouveauté…

Le Corbeau et la torche, Nabil Ouali (Mnémos, 2014)

14-14

14-14, Silène Edgar et Paul Beorn

14-14, Silène Edgar et Paul Beorn

En avril dernier, le label Castelmore a sorti un sympathique roman à quatre mains pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale. Dans 14-14, nous suivons Hadrien et Adrien, deux adolescents de 13 ans comme les autres. L’école, les filles, le rapport à l’autorité parentale… leurs préoccupations sont les mêmes à une exception près : les deux garçons vivent à cent ans d’écart !

Hadrien rêve de passer son certificat pour entrer au petit lycée : il vit en 1914 et ne se doute pas qu’une guerre meurtrière va bientôt se déclarer. Adrien, lui, vit en 2014 et n’a qu’une idée en tête : réussir enfin à avouer son amour à Marion, sa meilleure amie. Hadrien se heurte au refus de son père, qui souhaite le voir reprendre l’exploitation familiale, tandis qu’Adrien a le cœur brisé en apprenant que Marion s’est trouvé un petit ami. Un peu par hasard, les deux garçons commencent à correspondre et deviennent bientôt des amis et des confidents. Ils découvrent progressivement que cent ans les séparent et dès lors, Adrien va chercher par tous les moyens à prévenir Hadrien pour qu’il se mette à l’abri.

J’ai d’abord eu du mal à entrer dans l’histoire. Déçue par la platitude des échanges entre les deux garçons, je m’attendais à poursuivre une lecture bourrée de clichés et d’évènements prévisibles. Je trouvais cependant dommage de stopper ma lecture après quelques chapitres et j’ai décidé de laisser sa chance au roman. Bien m’en a pris, car la suite de l’histoire s’est révélée bien plus intéressante ! J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre l’amitié grandissante entre les deux garçons. Si les débuts polis de leur correspondance sont peu intéressants, les deux adolescents s’apprivoisent rapidement et la confiance qui s’établit entre Adrien et Hadrien est très touchante. Confidents, ils se conseillent et se donnent mutuellement le courage nécessaire d’affronter pour l’un, sa famille et la tradition et pour l’autre, ses sentiments. L’humour et les situations cocasses ne manquent pas, car les références ne sont pas du tout les mêmes en 1914 et 2014 (je défie quiconque de ne pas sourire lorsque Hadrien s’interroge après qu’Adrien lui a demandé son adresse email !).

Mais là où le roman se démarque et est particulièrement réussi, c’est dans l’écriture à quatre mains. Il règne une belle harmonie entre les chapitres du point de vue d’Hadrien (aka Silène Edgar) et ceux du point de vue d’Adrien (aka Paul Beorn), à tel point qu’on croirait presque lire la plume d’un seul auteur. Même si l’on sent que le roman s’adresse à un public jeune, l’écriture des deux auteurs est riche, fluide et agréable à lire. 14-14 se lit vite certes, mais l’intrigue est complète : pas de raccourcis, une trame réfléchie et une véritable évolution des personnages – c’est ce que proposent Silène Edgar et Paul Beorn.

14-14 ne se veut pas un documentaire : c’est une fiction qui permet d’avoir un aperçu de ce qu’était la vie d’un adolescent en 1914 tout en suivant une belle histoire d’amitié. Le roman prend une réelle ampleur en seconde partie et la fin, joliment amenée, clôture l’histoire d’Hadrien et Adrien de manière tout à fait satisfaisante. Une belle lecture à proposer à des collégiens, pour perpétuer le devoir de mémoire de manière originale !

14-14, Silène Edgar et Paul Beorn (Castelmore, 2014)

Une nouvelle venue à la confiserie !

La confiserie est ravie de vous annoncer l’arrivée sur son blog d’une nouvelle chroniqueuse, Bergamote !

Bergamote a rencontré Miss Violette lors de la soirée de lancement des fameux Outrepasseurs et a très gentiment accepté de rejoindre notre antre rempli de bouquins, de tasses de thé et de berlingots. Mordue de lecture, elle a suivi des études de traduction et rêve de se faire un nom dans la traduction littéraire ; en attendant, elle dévore tous les livres qui lui tombent sous la main.

Bienvenue à elle, en tout cas !