Les Filles au chocolat

Les filles au chocolat

La petite dernière de la famille

J’ai vu arriver à mon travail une série de livres aux couvertures étonnantes : flashies, rose bonbon ou bleu guimauve, recouvertes de chocolats colorés. Les Filles au chocolat, sous leur allure kitsch, dissimulent des romans pétillants, intelligents et adorables à parcourir.

La série suit les aventures d’une famille recomposée : Paddy Costello, un chocolatier de génie en devenir, père d’une fille, tombe amoureux de Charlotte Tanberry, une divorcée mère de quatre filles qui tient un bed and breakfast au bord de la mer. Les deux amoureux, avec en tête le projet complètement fou d’ouvrir une chocolaterie bio de luxe, réunissent leur famille en espérant que cette recomposition se passera comme sur des roulettes. Bien entendu, il n’en est rien. Les cinq demi-sœurs doivent apprendre à vivre ensemble, à accepter leur nouveau train de vie et à résoudre tout un tas d’autres problèmes liés à leur adolescence : avenir, garçons, santé, argent… Et chacune d’entre elles devient le centre et l’héroïne d’un des tomes de la série. Cherry Costello, l’ajoutée de la famille, ouvre la danse avec Cœur cerise, suivie de Skye dans Cœur guimauve puis de sa jumelle Summer dans Cœur mandarine. Après un bref roman dévolu à Shay, le petit copain d’une des sœurs, avec Cœur salé, le dernier tome paru, Cœur coco, est dédié à Coco, petite dernière de la famille. Il ne manque plus que le roman d’Honey, l’aînée, qui devrait paraître bientôt.

Un tel synopsis ne me donnait initialement pas l’eau à la bouche. Je me demandais bien en quoi des romans « pour filles » de cette sorte pouvaient encore m’intéresser. Mais, une amie m’en ayant recommandé la lecture, je me suis finalement jetée à l’eau.

Et voilà qu’une semaine plus tard je referme Cœur coco avec un sourire béat.

Oui, ce sont des romans « pour filles » ! Oui, ça campe de jeunes filles belles comme le soleil à la recherche de l’amour de leur vie ! Oui, ça parle de fêtes au bord de la mer, de party à tout casser, de marshmallow et de chocolat chaud, de poney et de maquillage ! Mais Les Filles au chocolat, sans quitter les clichés, réussissent à aller au-delà du déjà-vu et à nous proposer des romans plus profonds que prévu.

Vue de l’extérieur, la famille Tanberry semble ruisseler de bonheur et pourtant chaque tome, en nous faisant entrer dans l’intimité de l’une des sœurs, s’échine à nous prouver le contraire. Les cinq demoiselles sont confrontées à une adolescence houleuse, troublée par leur famille recomposée, l’absence de la mère de Cherry et celle du père des quatre Tanberry. Chacune a ses défauts et ses maux : Cherry vit dans un mensonge qu’elle a elle-même édifiée pour se protéger des autres, Skye ne se sent pas à l’aise à son époque et s’enferme dans un passé révolu, Summer laisse sa passion pour la danse tourner à une obsession maladive, Coco en bonne petite dernière se sent oubliée par les autres, Honey mène la vie dure à sa famille dans l’espoir d’être envoyée auprès du père qui l’a abandonnée. L’écriture est soignée, le décor joliment posé nous fait tourbillonner dans l’univers de cinq filles délurées mais perturbées. Et le récit, en dépit de tout ce qu’il peut avoir de stéréotypé, nous accroche.

Qu’importe que les quatre histoires (à laquelle on peut ajouter celle de Shay), quelque part, suivent toutes le même schéma ! Qu’importe qu’on devine en partie ce qu’il va arrêter ! Il y a quelque chose qui marche dans Les Filles au chocolat, un paquet d’étincelles, de bonne humeur et de gourmandise, et une touche de réalisme qui ajoute à cette série un petit plus par rapport à d’autres romans pour filles : si tous les tomes aboutissent à une situation plutôt heureuse, les filles de la famille Tanberry ne sont jamais entièrement guéries des maux qu’elles évoquent dans leur récit. La plupart des fins ont un goût doux-amer, même si la branche « amour » des romans se termine nettement bien.

Il y a tout de même des accrocs. Le principe de passer d’une sœur à l’autre, s’il brise la monotonie d’une série à une voix, peut attrister un peu la lectrice attachée à l’une des narratrices ; chaque sœur a sa personnalité propre, son rêve déjanté ou non, sa manière de vivre et de souffrir, et toutes ne m’ont pas touchée pareillement. De plus, en s’enfermant tour à tour dans l’intimité de l’une des filles, la série nous fait un peu perdre de vue la sœur dont nous avions découvert les secrets au tome précédent : si Cherry nous offre, avec Cœur cerise, une vue d’ensemble, Skye et Summer, dans les tomes suivants, seront assez refermées sur elles-mêmes, tandis que Coco résumera à la va-vite les péripéties de ses aînées avant de ne se concentrer presque qu’à elle-même. Quant à Cœur salé, tome consacré à Shay, il offre une petite histoire divertissante entre deux sœurs, mais sans rien apporter de bien concret à l’évolution globale de la famille.

Il est triste aussi que la chocolaterie soit un peu laissée de côté au cours de la série. Toutes les filles l’évoquent, bien sûr, mais elles ne s’y engagent pas toutes de la même manière. Alors que Cherry nous en parlait page après page, suivant de très près les projets de son père et la mise en place de l’entreprise, les autres sœurs la traitent, selon moi, d’un point de vue plus anecdotique. D’une manière générale, par ailleurs, les parents sont toujours un peu décalés par rapport aux filles, vivant dans leur rêve chocolaté et ne découvrant les malheurs de leur progéniture qu’à la fin des romans, en conclusion. Contrairement aux adolescentes, leur rôle et leur manière d’agir n’évoluent pas beaucoup, et cela m’a un peu gênée.

Enfin, comme je le disais plus tôt, tous les tomes n’ont pas la même force. J’ai immédiatement accroché à Cœur cerise, j’ai apprécié Cœur guimauve en dépit de l’étrange touche fantastique qu’il comporte, puis j’ai ouvert Cœur mandarine… Un grand choc : l’histoire de Summer est de loin la plus sombre et la plus mature de toutes, en dépit de tout ce que l’on pouvait attendre des confessions de la danseuse lumineuse décrite dans les tomes précédents. Le roman est très bon, mais fait paraître un peu légers Cœur salé et Cœur coco, avec une Coco trop gamine qui m’a moyennement convaincue en dépit de sa fraîcheur.

La série n’est pas parfaite, oui, mais elle est plus intelligente que je l’avais d’abord pensé. Avec ses chocolats faits maison, ses fondants, ses bonbons, ses fêtes, ses joies et ses sourires mélancoliques, elle trouve joliment sa place dans notre confiserie. Savoureuse pour les ados, mais pour nous aussi.

Les Filles au chocolat, Cathy Cassidy (Nathan) : Cœur cerise (2011), Cœur guimauveCœur mandarine (2012), Cœur salé, Cœur coco (2013)

Les catégories de la confiserie

Vous vous êtes toujours demandé ce que signifient les catégories de la confiserie ? Ce que dissimulent les polars à la réglisse ou les pommes de romance ? Ce qui se cache sous les berlingots fantastiques ou les caramels illustrés ? Et surtout ce qu’est vraiment le bocal à bonbons ?

La confiserie vous invite à découvrir le sens de ces catégories dans la nouvelle page qui leur est consacrée : vous pouvez y accéder par le menu vertical ou bien en suivant ce lien.

Hunger Games

Hunger Games, Suzanne Collins

Hunger Games, Suzanne Collins

Attention, cet article contient des spoilers: je l’ai donc divisé en trois parties correspondant aux trois tomes pour que vous puissiez vous arrêter avant qu’il ne soit trop tard

  • Tome 1 : Hunger Games

Je me suis décidée à lire cette trilogie après avoir vu le deuxième film qui m’avait vraiment laissée sur ma faim: je voulais savoir ce qui allait arriver à Katniss et aux autres survivants. Malheureusement, j’avoue que j’ai été déçue des livres. Le trilogie m’a fait l’effet d’un soufflé monté bien haut et qui se dégonfle et s’aplatit complètement.

Le premier livre m’a beaucoup plu, j’ai tout de suite adhéré à l’univers : une Amérique post apocalyptique désormais nommée Panem, avec une région centrale, le Capitol, qui contrôle des districts opprimés au nom de la sécurité nationale. C’est également ce qui justifie les Hunger Games, des jeux macabres durant lesquels deux enfants de chaque district sont envoyés dans une arène où il ne peut rester qu’un survivant. J’ai également apprécié le personnage de Katniss, une jeune fille frondeuse qui se porte volontaire à la place de sa sœur.

L’intrigue est bien construite, les chapitres se finissent toujours par une annonce qui donne envie de lire la suite, et le principe même des jeux fait qu’on reste en haleine jusqu’à la fin pour savoir si oui ou non Katniss survivra. De plus, la supposée histoire d’amour entre les deux tributs du même district corse un peu plus la situation, car il n’est supposé en rester qu’un à la fin.

Le livre est cependant beaucoup moins soft que le film, les souffrances des tributs sont décrites en détails, en particulier la mort atroce d’un des derniers survivants qui se fait mâchouiller des heures par des chiens mutants qui n’arrivent pas à percer son armure. En lisant ce passage, je me suis sentie aussi mal que Katniss qui assiste à la scène.

  • Tome 2: L’embrasement 

Finalement, même si la bravade finale de Katniss à la fin du premier tome est considérée comme un geste de rébellion envers le système, il me semble que l’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais l’auteur a choisi justement de continuer dans la veine de la rébellion, ce qui a donné lieu à un deuxième tome. Le début du livre, comme celui du film, est un peu long et plat: la tournée des vainqueurs est certes nécessaire pour attiser le vent de rébellion qui souffle sur les districts, mais il faut bien reconnaitre qu’il ne se passe pas grand-chose de palpitant pendant ce voyage.

Mais la deuxième partie, ou plutôt le tiers restant, du livre est plus intéressant avec une nouvelle édition des jeux où ce sont les anciens vainqueurs qui devront s’affronter. L’horreur est alors à son comble, puisque tous ces survivants sont devenus plus ou moins amis, et étaient en théorie immunisés contre les nominations aux jeux.

C’est là que le personnage de Katniss a commencé à m’agacer un peu. Je veux bien comprendre le côté brisé de la jeune fille après le traumatisme des premiers jeux, mais je trouve que c’est justement un aspect un peu trop surexploité de sa personnalité. Heureusement, l’arrivée d’autres personnages hauts en couleur pimente un peu ces nouveaux jeux.

Et puis l’enlèvement final de Katniss par un personnage important des jeux est franchement un coup de génie qui relance l’intrigue : pourquoi a-t-il fait ça ? Il est censé être du côté du Capitole, alors est-ce un piège ? Que sont devenus les tributs qui ont été récupérés par le Capitole ? Sont-ils toujours en vie ? Tout cela promettait un troisième tome passionnant.

  • Tome 3: La Révolte

Mais il n’en est rien. L’histoire du district secret comme base de la rébellion était pourtant une bonne idée, mais le personnage de Katniss, à moitié folle, à moitié dépressive, qui essaye de se la jouer rebelle mais au final ne fait que se morfondre devient assez dur à supporter. Quant à ses histoires de cœurs, elles deviennent de plus en plus lourdes et improbables. La tournure même que prend la rébellion me semble tirée par les cheveux. Certes, l’intrigue est simple à comprendre : la chef des Rebelles n’avait en fait en tête que l’idée de prendre le pouvoir, sans vraiment changer les choses et le président Snow le savait depuis le début, du coup Katniss se rend compte à quel point elle a été manipulée, et sombre encore une fois dans la folie. La suite prend alors des allures de happy end forcé et pas réellement convainquant. 

Personnellement, je ne m’attendais pas à cette fin. C’est vrai que le personnage de Coin n’était pas très sympathique, mais de là à en faire une manipulatrice avide de pouvoir … Et puis, au final, toute cette révolte n’aura rien changé, puisque les opprimés réclament vengeance et que ce sont les oppresseurs qui devront désormais offrir leur quota de tributs aux Hunger Games. J’ai envie de dire : tout ça pour ça ? Je ne vais pas dire que l’être humain est parfait et magnanime mais je trouve que ce dénouement donne une image assez pessimiste de ce dont sont capables les hommes.

Finalement, le personnage de Katniss a fini par me lasser, et la fin de l’histoire m’a laissé comme un gout d’inachèvement.

Malgré tout, je dois admettre que quelque soit le tome, l’histoire est toujours très bien écrite, et la narration donne toujours envie de continuer car dès qu’un problème ou une question trouvent une solution, un nouveau problème apparait, une nouvelle révélation éclate, et c’est reparti pour un chapitre de plus à dévorer. 

 Hunger Games, Suzanne Collins (Pocket Jeunesse, 2011)

Forteresse draconis (La Guerre de la couronne I)

Forteresse draconis, Michael Stackpole

Forteresse draconis, Michael Stackpole

Alors que je commence à organiser mes idées pour cet article, je me rends compte que critiquer un ebook relève d’un défi plus complexe que donner son avis sur un ouvrage imprimé. Feuilleter le livre, relire quelques passages précis se révèle plus difficile quand il faut se souvenir de reprendre l’histoire à tel pourcent et non plus à telle page. De plus, je n’ai pas le loisir de prendre le roman en photo, comme j’ai pris l’habitude de le faire dans mes articles précédents (à moins de photographier ma liseuse) (ou le câble de ma liseuse pour changer) (ou un pan de mur, tout aussi fascinant) (ou emprunter le livre à la bibliothèque et arrêter de me poser ces questions idiotes).

Bref, laissons cela de côté et venons-en à Forteresse Draconis ! Ce premier tome d’un cycle de fantasy américaine bien classique, La Guerre de la couronne, m’a pendant quelques pages (pardon, quelques pourcents) fait croire à une saga bien plus originale que ce que la couverture standardisée (dragon/château/guerre) et le titre en lui même (dragon/château/guerre) laissaient présager. On ouvre (ou allume dans mon cas) le roman pour être directement propulser sur un toit, de nuit, sous la pluie, à côté de Will l’Agile, un jeune voleur qui rêve de gloire et, en attendant, vit de ce qu’il peut rapiner. Quelques pourcents plus tard, Will tombe sur un mystérieux trésor, une étrange feuille argentée, puis est poursuivi par le propriétaire légitime de son larcin, avant de croiser au coin de la rue deux légendes vivantes qui le désignent comme le héros d’une prophétie et l’embarquent avec eux, par monts et vallées. Will n’y comprend rien mais il a quinze ans et envie de piller le monde, aussi les suit-il.

Mine de rien, ce début sur les chapeaux de roues a un petit côté bien efficace. Sans renouveler le genre, il donne au roman une petite touche d’originalité, alliée à un style convenable et à des personnages sympathiques. Ces derniers sont peut-être les éléments qui font vraiment tourner la boutique. Will, en premier lieu, a sa personnalité bien à lui, son langage de voleur des rues qu’il ne prend pas la peine de bannir devant les puissants du monde et une cleptomanie infernale, véritable fléau pour ses compagnons. Corbeau et Résolu, les deux larrons qui l’accompagnent, présentent sous les oripeaux des guerriers légendaires types des personnalités plus intéressantes, qui se dévoilent au fil de l’aventure – même si Corbeau tourne un peu trop au monsieur « belles paroles pleines de bon sens ». Et les autres personnages sont plutôt bien réussis, quand ils sortent des archétypes – à l’instar de Kerrigan, un jeune mage élevé par ses maîtres dans le but d’en faire un sauveur de la nation, et qui a profité de son enfance particulière pour devenir un gamin capricieux, glouton et pleurnicheur.

Malheureusement, la lecture bénie prend assez vite fin, et le roman retombe dans une certaine banalité propre à tout un pan de la fantasy. On nous dévoile le fond de l’affaire : la nécessité pour Will et ses compagnons de mettre fin à la tyrannie de Chytrine, une maléfique sorcière « de retour » pour envahir le monde. Surgissent alors des armées en marche, des forteresses assiégées, des duels légendaires contre une foultitude de serviteurs du mal et des draaaaaaaagons. Le roman y perd une partie de son rythme endiablé : d’épuisants dialogues sur la stratégie à adopter cassent la bonne allure de l’action, et une pluie de personnages secondaires en profite pour s’abattre sur l’histoire. Le charme n’est peut-être pas complètement rompu, mais l’histoire s’essouffle, les révélations sont pour beaucoup attendues, les batailles s’enchaînent et, même si la toute fin réussit à relancer l’action pour nous inciter à entamer le deuxième tome, le roman s’est achevé pour moi sous le signe de la déception.

Les intentions de départ étaient donc bonnes mais Forteresse draconis retombe vite dans un type de fantasy « banale », telle qu’on en a déjà vu dans mille autres bouquins. Mais si le roman ne m’a pas particulièrement marquée, je l’ai tout de même trouvé agréable à lire.

Forteresse draconis, Michael A. Stackpole (Milady, 2009)

Swinging Christmas

Swinging Christmas, Benjamin Lacombe

Swinging Christmas, Benjamin Lacombe

Swinging Christmas est un album né de la collaboration entre l’auteur illustrateur Benjamin Lacombe et la chanteuse Olivia Ruiz, et je dois admettre que le duo a fait un très joli travail. L’histoire est un conte de Noël, assez différent des autres albums de Benjamin Lacombe, moins sombre et plus onirique. En effet, il s’agit de l’histoire du petit Robin qui apprend à lire et à rêver grâce à un vieil homme solitaire et amoureux d’une mystérieuse chanteuse de jazz …On peut d’ailleurs trouver à la fin de l’album un cd qui reprend l’apparence des anciens vinyles, et sur lequel on peut entendre les chansons dont il est question dans l’album, ainsi qu’une superbe reprise d’une chanson de l’étrange Noël de Mister Jack «  What’s this ? »

J’ai eu l’occasion de lire cet album à ma classe, et j’ai eu l’agréable surprise de constater que mes élèves ont eu une interprétation de la fin de l’histoire très différente de la mienne, et beaucoup plus poétique. Il est vrai que je trouve cet album particulièrement adapté pour les jeunes enfants, et pas seulement pour l’histoire, mais aussi parce que les illustrations sont beaucoup moins « rougeoyantes » que d’habitude, plus douces, moins fouillées aussi, mais toujours de qualité.