Cinder

Cinder, Marissa Meyer

Cinder, Marissa Meyer

Je crois que j’ai une passion pour les réécritures de contes et de légendes, et que je collectionne cependant les déceptions dans ce domaine (comme avec les polars historiques : j’adore les polars historiques mais je n’en trouve jamais de convaincant !). Cinder s’avance cependant sur le podium pour me prouver le contraire. Le bouquin m’intriguait depuis un moment, à être évoqué de ci de là, avec sa couverture déconcertante…

Il était donc une fois dans un futur lointain « une jeune fille, mais d’une douceur et d’une bonté sans exemple » que son horrible belle-mère « chargea des plus viles occupations de la maison », à savoir passer ses journées dans le cambouis à réparer des androïdes défectueux. Cinder, mécanicienne de renom à Néo-Beijing, mène une existence aussi pauvrette que dans le conte, à ceci près qu’elle est à demi-humaine et à demi-robotisée. La première scène, en un joli clin d’œil, nous la montre d’ailleurs dévissant l’un de ses pieds qu’elle trouve trop petit à son goût – pied qui, comme dans le conte, lui causera toutes sortes d’ennuis. Et voilà qu’un beau jour, le prince Kairo débarque dans son établi pour lui confier la réparation de l’un de ses robots. Cinder tombe sous le charme… Mais la romance est loin d’être facilitée : un pandémie fait rage sur la planète Terre et Cinder, en tant que cyborg, risque à tout moment d’être sélectionnée comme cobaye pour tester un antidote. Alors que le roi du pays, atteint, agonise, la reine des Lunaires, une extraterrestre au charisme surnaturel, cherche à épouser le prince Kai pour s’emparer d’un trône terrien. D’abord sans le vouloir, Cinder met le pied, qu’elle a fort petit, dans le panier de crabe et s’y empêtre chapitre après chapitre.

La réécriture moderne est assez détonante. Faire de l’héroïne couverte de cendres une mécanicienne à moitié robotisée surprend et fonctionne. Après avoir goûté aux premières pages, le lecteur se demandera vite à quoi pourra bien ressembler le bal à la sauce futuriste, quelle allure aura la robe du futur de Cendrillon, quel engin fera office de carrosse… A côté de cette approche fidèle au conte, le roman propose aussi un scénario poussé, la lutte contre la pandémie et la menace de l’invasion des Lunaires – une intrigue plutôt sinistre à partir d’un conte qui l’est beaucoup moins. Contre une certaine attente (même si la couverture peu joyeuse pouvait me donner la puce à l’oreille), Cinder développe un univers dystopique aussi lugubre que ceux proposés dans d’autres romans de Pocket jeunesse (au sommet de l’estrade, Hunger games). Certes, le remoulinage du conte fera souvent sourire, mais on aura tout notre lot de complots, décès, menaces…, qui conduiront à une fin en demi-teinte nous invitant à lire le deuxième tome, Scarlet.

Cinder n’est ainsi pas un personnage joyeux, ni même heureux, même si elle demeure une héroïne solide et sympathique, dotée d’un certain cynisme, d’un culot affirmé et d’un brin de mièvrerie qui font qu’à l’instar des autres filles du monde, elle fond pour le beau prince Kairo. Celui-ci, malheureusement, fera pâle figure dans le roman : j’ai trouvé Kairo trop lisse, trop prévisible, et même parfois franchement agaçant. Voilà l’un des points qui font que le roman ne m’a pas pleinement satisfaite – le deuxième défaut étant que l’un des dénouements de l’intrigue est vraiment trop facile à deviner.

Pour conclure, Cinder propose une réécriture assez étonnante d’une histoire archi-connue : la jolie Cendrillon de Perrault devient ici une cyborg qui se croit sans charmes et passe les deux tiers du bouquin vêtue d’une vieille tenue de travail couverte de cambouis, une clé à molette à la main. Certes, les personnages ne sont pas toujours convaincants et l’intrigue avance sans grande surprise, mais ce roman a été pour moi une sacrée surprise.

 Cinder, Marissa Meyer (2013, Pocket jeunesse)

Sanctuaire (La Trilogie du roi sauvage I)

Sanctuaire, Alexandre Malagoli

Sanctuaire, Alexandre Malagoli

J’avoue avoir commencé ce livre avec un a priori négatif : je n’avais lu d’Alexandre Malagoli que Seigneur de cristal, un roman sans grande envergure qui ne m’avait pas particulièrement marquée, tant par son intrigue de fantasy classique que par ses personnages plutôt stéréotypés. Force m’a été de constater, cependant, que le début de Sanctuaire envoyait bien plus de rêve que son prédécesseur. En dix ans, le style de Malagoli s’était amélioré, ses protagonistes avaient gagné en charisme et en profondeur, son intrigue s’annonçait plutôt prometteuse en dépit des clichés qui pointaient leur nez entre les lignes. Mais, mais, mais…

Sanctuaire commence donc sous de bons auspices. En dépit du « classicisme » de l’univers posé, de l’ambiance médiévale, des guerres de conquête (avec un empire grandissant qui dévore les petits poissons couronnés voisins, on a déjà vu tout ça), d’une magie commune dissimulée sous le nom de Wyrd et du fait que les héros sont tous des orphelins aux pouvoirs particuliers, les premiers temps du bouquin parviennent à retenir mon attention. On a de l’action, des mystères, des batailles, du suspense, et les personnages réussissent à nous être sympathiques. Le récit cible en particulier le Déchu Memnon, un prince guerrier immortel revendiquant le trône de son père roi d’un territoire occupé, et cinq orphelins, Jul, Laka, Rowena, Erak et Ash, qui commencent le roman en sauvant le prince héritier d’Elora, leur pays, et en se retrouvant invités à la Cour. Chaque chapitre nous offre le point de vue d’un protagoniste, et ce seront Memnon, Jul, Rowena et Laka qui seront le plus souvent mis à l’honneur.

Laissons Memnon et sa quête du trône de côté, et intéressons-nous surtout aux cinq orphelins. Les jeunes gens découvrent rapidement qu’ils possèdent des pouvoirs magiques (les pouvoirs du Wyrd, une sorte d’esprit duquel les « magiciens » tirent leur puissance) et sont envoyés au Sanctuaire d’Elora, une île-collège sur laquelle ils sont invités à s’entraîner et à passer le diplôme de Chevaliers, les seules personnes habilitées à user de leurs pouvoirs. Tous cinq sont, en plus de cela, menacés par un ennemi invisible venu du fond des âges, dont ils essaient de percer le mystère page après page. Ajoutons également un complot contre l’empereur du pays voisin, une rébellion qui s’organise, des intrigues de cour à n’en plus finir et Memnon qui continue son bonhomme de chemin pour reprendre sa place sur son trône. Et, lorsqu’un tueur en série fait son apparition au détour d’un chapitre, le roman commence brutalement à m’agacer.

Parce que tout allait plutôt bien jusqu’à la moitié du bouquin. Certes, les clichés étaient de la partie… mais l’action était menée tambour battant, le scénario se mettait paisiblement en place avec ses mystères, l’univers peint par l’auteur prenait forme avec ses petites touches sympathiques. J’étais lancée dans un pimpant roman de fantasy qui, sans renouveler le genre, s’annonçait solide et prenant. Mais le tueur en série a été la goutte qui fait déborder le vase. Diable ! L’intrigue n’était-elle pas déjà assez compliquée comme ça ? Au fil des pages, le roman s’empêtre dans une multiplication de faits, de points de vue, de révélations, de rebondissements, d’autant plus que les personnages sont nombreux et que le lecteur est promené d’un pays à l’autre au cours du livre (On trouvera cependant deux cartes au début du roman, aides indispensables…). Et, même si beaucoup de romans de fantasy proposent un univers et une intrigue aussi complexes, ce n’est pas tant ici l’accumulation d’éléments qui m’a embêté que le fait que la plupart des évènements se produisent et évoluent en très peu de temps : on a à peine le temps de se remettre d’une surprise qu’une autre se presse sur le pas de la porte.

J’aurais pu apprécier l’intrigue, je pense, si les personnages ne s’étaient pas affadis au cours du roman. Le portrait des protagonistes principaux est plutôt réussi, de prime abord : entre Jul et sa fraîcheur de petiote du groupe, Rowena et ses problèmes de couple, Ash et son caractère mystérieux, Memnon et ses frangins tous plus retors les uns que les autres…, la galerie est assez diversifiée. Il m’a cependant semblé que les caractères mis en place n’étaient pas toujours bien suivis, et les personnages avaient parfois des réactions ou des répliques qui ne leur correspondaient pas vraiment. Et puis ils ont tous une fâcheuse manie à tomber amoureux les uns des autres, ce qui m’a diablement énervée.

J’ai été au final déçue par cette lecture. J’en suis sortie un peu réconciliée avec l’œuvre d’Alexandre Malagoli, mais loin d’en être complètement convaincue. En dépit d’une intrigue qui s’annonce ambitieuse et de personnages loin d’être déplaisants, Sanctuaire ne décolle pas.

Sanctuaire, Alexandre Malagoli (Bragelonne, 2012)