Une nouvelle venue à la confiserie !

La confiserie est ravie de vous annoncer l’arrivée sur son blog d’une nouvelle chroniqueuse, Bergamote !

Bergamote a rencontré Miss Violette lors de la soirée de lancement des fameux Outrepasseurs et a très gentiment accepté de rejoindre notre antre rempli de bouquins, de tasses de thé et de berlingots. Mordue de lecture, elle a suivi des études de traduction et rêve de se faire un nom dans la traduction littéraire ; en attendant, elle dévore tous les livres qui lui tombent sous la main.

Bienvenue à elle, en tout cas !

Notre-Dame des loups

Notre-Dame des Loups, Adrien Tomas

Notre-Dame des Loups, Adrien Tomas

Au cœur des éditions Mnémos, Adrien Tomas commence à avoir sa petite réputation. N’ayant pas le temps de m’atteler à l’énorme pavé qu’est La Geste du sixième royaume, le premier roman de cet auteur, je me suis décidée à le découvrir au travers de Notre-Dame des loups, un roman beaucoup moins conséquent dont le synopsis m’intriguait.

Mi-XIXème siècle, entre bois hostiles et bourrasques enneigées, nous suivons une troupe de Veneurs sans scrupule, qui traquent un gibier bien singulier : les wendigos – ou loups-garous – engeance débarquée d’Europe pour infester les forêts américaines. Armés de munitions d’argent, les sinistres chasseurs s’enfoncent dans la forêt blanche pour débusquer Notre-Dame des loups, reine des lycanthropes, et éradiquer ainsi ce peuple monstrueux. Les uns après les autres, ils se cèdent la parole pour rapporter les étapes de la chasse et ajouter à la narration de la traque leur propre histoire – souvent chargée de deuil, de déception, de destruction.

Le thème du loup-garou m’a toujours intriguée, alors que les vampires par exemple ne m’ont jamais vraiment intéressée, et j’ai eu d’autant plus de plaisir à découvrir cette œuvre assez atypique. Entre fantastique, horreur et un rien de western, avec une miette de polar en prime, Notre-Dame des loups sait se rendre étonnant. Au fil des pages, l’ambiance s’installe efficacement : avancée dans le froid et sous la neige, repas froid avalé en vitesse, calme des grands bois hantés par les loups, perception d’un danger toujours latent, de plus en plus prononcé tandis que la nuit tombe… Nous participons pleinement à la traque, dépeinte par toute une série de narrateurs première personne. L’atmosphère inquiétante et hivernale est réussie et immersive.

La construction du récit est à mon sens une autre des belles trouvailles de cet ouvrage – même si j’émettrai quelques réserves sur ce point dans la suite de ma critique. L’enchaînement des points de vue des différents traqueurs nous permet d’avancer dans le récit sans jamais nous ennuyer, dans l’attente de découvrir une nouvelle histoire, une nouvelle personnalité, et même un nouveau langage – car chaque protagoniste a sa manière de dire les choses et d’analyser la situation. Alors qu’Arlington, ancien journaliste, prendra le temps de poser le décor, le jeune Billy aura un langage beaucoup plus grossier et vivant, tandis que le cultivé Würm parlera avec une élégante distinction. Et chaque personnage a ses raisons bien à lui d’intégrer la troupe, qu’il ne nous dévoile entièrement qu’à son tour de parole.

Il y a donc toute une ambiance et toute une toile d’intrigues à déguster, dans ce petit roman bien riche, à l’écriture soignée et aux références historico-littéraires multiples. Nous reviennent en tête les différentes bêtes anthropophages qui ont battu nos campagnes (la bête du Gévaudan étant explicitement citée), les récits liés aux lycanthropes et à leur phobie de l’argent, à leur métamorphose nocturne, à la hiérarchie de leur meute ; et, dans un tout autre registre, les western où une horde de cow-boys dépenaillés poursuivent des brigands sans foi ni loi, ainsi que les différents mythes liés aux chasses éternelles et mystérieuses. Peu de pages, une seule traque, et pourtant tout un paquet de références qui me rattrapent à la volée des alinéas.

Mais des choses ratent, mine de rien. Comme plusieurs romans édités chez Mnémos (je songe aux livres de Justine Niogret), Notre-Dame des loups est – trop – court. Tout allait bien jusqu’à ce que l’auteur se précipite, soucieux de terminer son roman en moins de deux cents pages, et la fin m’a parue trop hâtive, trop ramassée. Ce n’est pas la longueur du livre qui me dérange, non, ça n’a même rien à voir avec ce que je veux exprimer ici. Mais la conclusion m’a semblé cinglante, une résolution brutale en un épilogue à rebondissements vaguement inattendus, qui trouve bizarrement sa place dans un roman où l’on s’était confortablement installé. La traque s’achevait, oui, il fallait bien en arriver à la confrontation avec la Dame, mais les trois dernières pages-guillotine m’ont laissée sur ma faim.

Il y a aussi quelque chose qui m’a gênée au niveau de la construction du roman. Si j’ai beaucoup apprécié ce parcours narratif, qui nous fait aller d’un personnage à un autre pour nous faire découvrir toute la troupe histoire par histoire, les transitions si semblables entre un narrateur et un autre m’ont un peu gâché la surprise de l’intrigue. On a vite fait de comprendre ce qui clôturera chaque chapitre et, de ce point de vue-là, la table des matières est un beau moyen de se spoiler une part de l’histoire. Cet aspect du bouquin n’a pas fonctionné avec moi – et difficile d’en dire plus sans dévoiler un pan important de l’affaire. Bref, si l’idée de la traque m’a plu, la partie devinable de son avancement ne m’a pas pleinement convaincue.

Cependant, l’ouvrage m’a intriguée et j’ai joué le jeu jusqu’à l’avant-dernier chapitre, savourant les nuits glaciales emplies d’yeux jaunes et la pénible traversée des bois, rythmée par les détonations des balles d’argent. Si toute l’évolution de l’intrigue ne m’a pas entièrement satisfaite, j’ai cependant bien envie de me lancer, enfin, dans la longue lecture de La Geste du sixième royaume.

Notre-Dame des loups, Adrien Tomas (Mnémos, 2014)

Alsorvampred, Tome 1: Le Deuil de l’Ignorance

Alsorvampred, Chloé Delalandre

Alsorvampred, Chloé Delalandre

Alsorvampred, mais que peut bien signifier ce mot aux allures de formule magique ? Malheureusement, je ne peux pas vous le révéler sans gâcher une partie de l’intrigue, à vous donc de le découvrir en lisant le premier tome de cette série : Le Deuil de l’Ignorance.

Ce que je peux quand même révéler sur ce tome, c’est que j’ai souvent été partagée en le lisant. D’un côté tout est très rapide : la description de l’héroïne, son départ pour rejoindre sa meilleure amie après une peine de cœur dont on ne sait rien, les quelques indices sur son passé, la mort de ses parents. Du coup, on a l’impression que l’auteur a voulu bâcler cette présentation pour en arriver directement au cœur de l’histoire. Et parfois cette rapidité dessert la crédibilité de l’intrigue : Emy quitte tout pour rejoindre sa meilleure amie, elles décident d’ouvrir une boutique ensemble dans la même journée et en moins d’une semaine tout est réglé et le commerce est florissant, vous y croyez, vous ?  De même que tous ces gens qui accueillent Emy à bras ouverts alors qu’elle ne les connait pas, et qui vont même jusqu’à l’inviter à boire le thé, sans que cela l’étonne plus que ça.

Mais alors, y-t-il vraiment un intérêt à lire ce livre ? pourriez-vous me demander. Et bien oui. Car après ce début un peu rapide, une véritable intrigue avec des mystères, des secrets, des révélations se met peu à peu en place. Et surtout, il y a ce fil rouge, ou plutôt noir, très noir, qui revient, peut-être trop rarement, entre deux chapitres. Bien qu’on comprenne tout de suite qu’il est en lien avec l’héroïne et son passé, les informations sur le mystérieux homme en noir et ses intensions sont distillées avec assez de parcimonie pour vraiment intriguer le lecteur.

Malgré tout, il faut bien avouer qu’un certain nombre d’éléments sont assez convenus. Notamment le jeune homme mystérieux dont Emy tombe raide amoureuse, qui est d’une beauté parfaite, avec un regard hypnotique et la peau pâle et glacée. Personnellement, je n’avais aucune envie d’une énième histoire de vampire qui tombe amoureux-alors-qu’il-ne-faut-pas d’une humaine, mais dans ce cas, les choses sont un peu différentes. Et c’est grâce à cet «  alsorvampred » que l’histoire qui aurait pu être d’une banalité sans nom retrouve finalement tout son intérêt.

Le Deuil de l’Ignorance est donc un livre sans grande prétention, mais dont les personnages peuvent se révéler attachants et avec suffisamment de petits mystères pour être agréable à lire.

 Le Deuil de l’Ignorance, Chloé Delalandre (Rebelle Editions, 2014)

 

Confessions / Tribulations d’une fan de Jane Austen

Tribulations et Confessions d'une fan de Jane Austen, Laurie Viera Rigler

Tribulations et Confessions d’une fan de Jane Austen, Laurie Viera Rigler

J’avais acheté ces deux livres sans trop savoir à quoi m’attendre, n’ayant pas lu moi-même l’œuvre de Jane Austen, mais il y  avait une offre pour les deux romans, donc je me suis lancée. Et j’ai vraiment bien fait.

Ces deux romans sont en fait deux histoires parallèles, puisqu’il s’agit des récits de deux jeunes femmes ayant échangés, on ne sait trop par quel prodige, leur corps. Ainsi dans le livre Confessions d’une fan de Jane Austen, Courtney, une trentenaire de notre époque, se réveille dans le corps de Jane Mansfield au XIXème siècle. Et dans le livre Tribulations d’une fan de Jane Austen, c’est donc Jane qui se retrouve au XXIème siècle dans le corps de Courtney. Autant dire que le choc des cultures est rude, surtout pour Jane qui ne connait rien du « futur ».

Ceci constitue d’ailleurs une part importante de l’intrigue : comment vivre dans une époque qui n’est pas la sienne et où les conventions sociales sont radicalement différentes. Du côté du XIXème, il est particulièrement inconvenant de rencontrer un homme célibataire sans chaperon, et quant à lui toucher la joie … Alors qu’au XXIème siècle on se baigne en bikini sans la moindre de gêne. Ce décalage est la cause pour les deux femmes d’un certain nombre de problèmes, surtout pour Courtney qui doit accepter qu’elle a non seulement régressé dans le temps mais aussi dans la condition féminine. Pour Jane, même si elle est choquée au départ par le comportement outrageux des gens de cette nouvelle époque, elle s’y habitue rapidement, et finit même par apprécier sa liberté et son indépendance.

Ainsi ces deux romans sont construits en parallèle autour de la découverte par deux « inconnues » de deux sociétés différentes. Pour autant, ces deux jeunes femmes ne sont pas si différentes l’une de l’autre et ce brusque voyage temporel semble avoir une explication : chacune doit, grâce à une regard neuf, changer la vie de l’autre et résoudre ses problèmes.

Car ces deux fan inconditionnelles de Jane Austen ont décidemment un gros problème avec les hommes. D’un côté Jane est persuadée que l’homme dont elle est tombée amoureuse, et qu’elle envisageait d’épouser, l’a non seulement trompée avec une domestique, mais en plus l’a mise enceinte. Alors pour se consoler, elle tombe elle-même dans les bras d’un de ses domestiques et décide de battre froid son ex futur fiancé qui n’y comprend rien. De l’autre côté Courtney était à deux doigts de se marier quand elle a découvert son fiancée dans les bras de celle qui prépare leur pièce montée, et pour couronner le tout, son meilleur ami a couvert son infidèle de fiancé. En résumé, il y a beaucoup de travail qui attend chacune d’elle pour démêler le vrai du faux dans ces histoires de quiproquos et de faux semblants pour que les deux jeunes femmes soient enfin heureuses … dans leur vie respective ?

J’ai eu du mal à me décider sur l’interprétation des dénouements : est-ce que chaque femme retrouve son corps ou est-ce qu’elles finissent chacune leur vie dans le corps de l’autre, je pense que chacun peut imaginer ce qui lui plaira.

Au delà de cette narration  en parallèle et des déconvenues que vont vivre Courtney et Jane, j’ai aussi beaucoup aimé ces romans pour leurs personnages secondaires tous hauts en couleurs et attachants : que ce soit Mary la meilleure amie un peu nunuche de Jane ou Deepa la pétillante nouvelle amie de Courtney, elles apportent toutes un peu de sel dans les intrigues. Les personnages des mères sont aussi très importants, car très semblables dont leur rapport tendu avec leur fille, malgré la différence de siècles. Quant aux personnages masculins, ces romans nous proposent une véritable galerie allant de l’amoureux transit adorable mais timide au séducteur invétéré menteur et manipulateur, en passant par le père artiste mais qui adore sa fille. Il y en a donc pour tous les gouts, des personnages à aimer et d’autre qu’on aime détester.

Je recommande donc ces deux romans à des lectrices fan d’histoires d’amour un peu compliquées avec des héroïnes qui ont du caractère, et  qui mêlent suspens et humour. D’ailleur, je conseille aussi de lire ces livres en commençant par Confessions d’une fan de Jane Austen, car cela permet aux lecteurs de découvrir la société dans laquelle vivait Jane à travers le regard de Courtney et on comprend ainsi mieux pourquoi Jane est si choquée lorsqu’elle se retrouve propulsée à notre époque.

Confessions d’une fan de Jane Austen et Tribulations d’une fan de Jane Austen, Laurie Viera Rigler ( Milady, 2014)