Le Corbeau et la torche (La Voix de l’empereur I)

Le Corbeau et la torche, Nabil Ouali

Le Corbeau et la torche, Nabil Ouali

C’est tout d’abord la sobre, belle et classieuse couverture de ce roman qui m’a attirée. Après avoir entraperçu cet élégant ouvrage sur les tables d’une librairie, j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur au dernier Salon fantastique et je n’ai pas hésité, alors, à m’approprier Le Corbeau et la torche.

Sachez tout d’abord que la critique est en retard : j’ai si bien dévoré le roman au sortir du salon (commencé samedi, fini lundi) que je me suis retrouvée avec une lecture finie et un article à faire dans un moment où je n’avais pas le temps de m’atteler au second. Je ferai de mon mieux pour vous traduire tous les excellents sentiments que j’ai à l’égard de cet ouvrage.

Car, oui, ce fut une belle, très belle surprise ! J’en ai déjà parlé dans quelques articles précédents, j’ai beaucoup d’admiration pour les éditions Mnémos mais il m’arrive plus d’une fois de ne pas apprécier l’un de leurs ouvrages. Cela ne m’empêche pas, cependant, d’acheter toujours leurs nouveautés… Après un Mordred apprécié, un Sang que l’on verse au goût plutôt amer et un Bâtard de Kosigan que j’avais tout simplement adoré, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Nabil Ouali m’avait un peu présenté son univers, j’avais parcouru la quatrième de couverture sans vraiment me focaliser sur ce qu’elle disait et j’avais admiré la belle carte couleur sépia qui ouvrait le roman. J’avais plongé tête la première… et ce fut génial.

Car j’aime la fantasy classique, les romans qui n’endorment pas, les écritures soignées et les personnages attachants. Et il y a tout cela ici. J’aime aussi la poésie versifiée, les secrets et complots de Cour, et tout un tas d’autres éléments dont ce roman regorge. L’histoire nous conte trois garçons qui, d’une manière ou d’une autre, en viennent à approcher le prince de leur pays, Elin. Frimas, enfant du froid, devient garde du corps royal et se retrouve empêtré dans les intrigues des courtisans tenus par la religion. Ravel, jeune paladin à la solde du clergé, part pour des contrées de montagne et de neige à la poursuite d’un traître à la couronne. Glawol, ce cher Glawol, essaye de se tailler une place de choix dans le schéma politique du pays pour dénoncer les abus de la religion qui manipule les puissants. Et on ne sent, dans ce premier tome, que les prémices d’un scénario bien plus abouti qui devrait se développer avec brio dans les tomes suivants.

Certes, des râleurs pourraient prétendre que ce roman ne s’écarte que timidement du droit chemin. Un empire en faillite, des religieux avides de pouvoir, pléthore de rôles classiques, paladin, troubadour, aubergiste, fille de joie et… qu’importe ! Car il y a ici une énergie inhérente au roman qui donne à toute cette fantasy déjà connue un petit air printanier, un brin de nouveauté : nous lisons, nous sommes entraînés, nous reconnaissons bien des paysages déjà parcourus, mais qu’importe. Car le roman est solide, élégant, et j’ai passé un moment véritablement passionnant en sa compagnie. Les personnages, en particulier, nous apportent plein de sentiments. Glawol, que tout un chacun finira par apprécier, est par exemple une figure extrêmement attachante, un jeune clerc plein d’arrogance, de connaissance et d’intelligence qui n’en est pas moins très humain, curieux, souvent agaçant, plein d’humour, mais aussi peureux et ridicule quand il doit l’être.

J’ai donc été enchantée… à un ou deux détails près. Quelques scènes m’ont semblé justement « un peu trop classiques », comme plaquées parce qu’elles vont bien dans un roman de fantasy, et elles ajoutent quelques fausses notes dans un ouvrage que je trouve malgré tout, je le dis encore, très réussi. Enfin, le seul véritable reproche que j’aurais à exprimer concerne le nombre assez conséquent de fautes de typographie. Je sais que beaucoup de personnes considèrent que ce n’est pas bien grave de mal placer une virgule ou d’oublier un point, mais je ne peux malheureusement pas m’empêcher d’être gênée dans ma lecture lorsque je croise un alinéa trop long, une virgule manquante ou un saut de ligne à la mauvaise place. Je pinaille peut-être mais je trouve dommage qu’un ouvrage de cette qualité, qui plus est un objet aussi soigné, comporte un tel nombre d’erreurs typographiques.

Mis à part ce dernier point, c’est un excellent premier roman. J’attends déjà la suite avec impatience et regrette de m’être lancée si précipitamment dans la lecture de cette passionnante nouveauté…

Le Corbeau et la torche, Nabil Ouali (Mnémos, 2014)

14-14

14-14, Silène Edgar et Paul Beorn

14-14, Silène Edgar et Paul Beorn

En avril dernier, le label Castelmore a sorti un sympathique roman à quatre mains pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale. Dans 14-14, nous suivons Hadrien et Adrien, deux adolescents de 13 ans comme les autres. L’école, les filles, le rapport à l’autorité parentale… leurs préoccupations sont les mêmes à une exception près : les deux garçons vivent à cent ans d’écart !

Hadrien rêve de passer son certificat pour entrer au petit lycée : il vit en 1914 et ne se doute pas qu’une guerre meurtrière va bientôt se déclarer. Adrien, lui, vit en 2014 et n’a qu’une idée en tête : réussir enfin à avouer son amour à Marion, sa meilleure amie. Hadrien se heurte au refus de son père, qui souhaite le voir reprendre l’exploitation familiale, tandis qu’Adrien a le cœur brisé en apprenant que Marion s’est trouvé un petit ami. Un peu par hasard, les deux garçons commencent à correspondre et deviennent bientôt des amis et des confidents. Ils découvrent progressivement que cent ans les séparent et dès lors, Adrien va chercher par tous les moyens à prévenir Hadrien pour qu’il se mette à l’abri.

J’ai d’abord eu du mal à entrer dans l’histoire. Déçue par la platitude des échanges entre les deux garçons, je m’attendais à poursuivre une lecture bourrée de clichés et d’évènements prévisibles. Je trouvais cependant dommage de stopper ma lecture après quelques chapitres et j’ai décidé de laisser sa chance au roman. Bien m’en a pris, car la suite de l’histoire s’est révélée bien plus intéressante ! J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre l’amitié grandissante entre les deux garçons. Si les débuts polis de leur correspondance sont peu intéressants, les deux adolescents s’apprivoisent rapidement et la confiance qui s’établit entre Adrien et Hadrien est très touchante. Confidents, ils se conseillent et se donnent mutuellement le courage nécessaire d’affronter pour l’un, sa famille et la tradition et pour l’autre, ses sentiments. L’humour et les situations cocasses ne manquent pas, car les références ne sont pas du tout les mêmes en 1914 et 2014 (je défie quiconque de ne pas sourire lorsque Hadrien s’interroge après qu’Adrien lui a demandé son adresse email !).

Mais là où le roman se démarque et est particulièrement réussi, c’est dans l’écriture à quatre mains. Il règne une belle harmonie entre les chapitres du point de vue d’Hadrien (aka Silène Edgar) et ceux du point de vue d’Adrien (aka Paul Beorn), à tel point qu’on croirait presque lire la plume d’un seul auteur. Même si l’on sent que le roman s’adresse à un public jeune, l’écriture des deux auteurs est riche, fluide et agréable à lire. 14-14 se lit vite certes, mais l’intrigue est complète : pas de raccourcis, une trame réfléchie et une véritable évolution des personnages – c’est ce que proposent Silène Edgar et Paul Beorn.

14-14 ne se veut pas un documentaire : c’est une fiction qui permet d’avoir un aperçu de ce qu’était la vie d’un adolescent en 1914 tout en suivant une belle histoire d’amitié. Le roman prend une réelle ampleur en seconde partie et la fin, joliment amenée, clôture l’histoire d’Hadrien et Adrien de manière tout à fait satisfaisante. Une belle lecture à proposer à des collégiens, pour perpétuer le devoir de mémoire de manière originale !

14-14, Silène Edgar et Paul Beorn (Castelmore, 2014)