L’Archange du chaos

L'Archange du chaos, Dominique Sylvain

L’Archange du chaos, Dominique Sylvain

Grand merci aux éditions Viviane Hamy et à Babelio pour m’avoir donné l’occasion de découvrir ce roman !

Pour ma première critique de polar, j’avoue être un peu stressée. S’il me semble facile de critiquer un roman d’imaginaire, parce que je possède un bagage culturel suffisant pour faire des rapprochements et des comparaisons avec d’autres œuvres et que je suis suffisamment familiarisée avec ce genre, j’avoue ne pas avoir la même facilité avec un roman policier. Pourtant, j’en lis… mais il m’arrive de délaisser le genre pendant plusieurs mois, voire une ou deux années. Et cela faisait bien six mois que je n’en avais pas lu.

Mais il s’agissait du dernier Dominique Sylvain, et je n’allais pas rater cette occasion.

Dans la maison de mon enfance, il existe une étagère noire sur laquelle s’alignent quantités de polars : on y trouve entre autres tous les Vargas et tous les Sylvain, sagement installés à leur place. Alors, quand j’eus épuisé le stock de Vargas, on me mit entre les mains un Sylvain en m’assurant : « Tu vas voir, ça va te plaire. » (Il s’agissait de L’Absence de l’ogre et, oui, ça m’a plu.)

Bref, il y a dans la poignée de Dominique Sylvain que j’ai lus une énergie de style et d’action, une galerie vivante et attachante de portraits, une actualité tant dans le décor que dans les thèmes abordés, qui me parlent. J’attendais, avec L’Archange du chaos, de naviguer en eaux connues.

En partie, oui : le style est excellent, l’action bien menée, le rythme haletant. De l’enquête rodée avec un suspense qui nous pousse à tourner encore et encore les pages pour découvrir qui. Tout commence par un meurtre horrible auquel l’auteure nous fait en partie assister, et par la découverte d’un cadavre torturé. Tout commence aussi par la présentation d’une brigade de police qui ne brille pas par sa grande forme. Le commandant Carat, nouveau-venu sous la plume de Dominique Sylvain, essaie tant bien que mal de recoller les morceaux d’une équipe dont l’un des membres a été envoyé en cure de désintoxication, un autre cherche à obtenir d’urgence une mutation et une dernière, protégée de la divisionnaire, fait ses premiers pas dans la Criminelle.

L’enquête est vraiment bien filée, les soupçons se portent d’un suspect à l’autre tandis qu’on déterre des secrets, qu’on découvre de nouveaux indices, petit bout par petit bout, et qu’on s’égare dans des fausses pistes. Plus encore que le tueur, dont la personnalité ne m’a que moyennement intéressée et dont l’histoire m’a semblé pousser comme une mauvaise herbe dans le dernier quart du roman, ce sont les autres personnages qui portent le récit. Des portraits de maître, il y en a à foison ici – à la tête desquels on trouvera Franka Kehlmann, la petite nouvelle, une belle jeune femme acharnée à l’histoire déchirée, sœur d’un livreur de pizza à l’âme de grand artiste et fille d’un père célèbre historien à la sinistre spécialisation. On se délectera aussi de toutes les autres mines croquées avec talent : Bergerin le « Viking en mal de pillage », le si rancunier Colin Mansour, Louis Bagneux la « star du prétoire »… – et Carat, la tête pensante de l’équipe qui ne m’a cependant pas autant fascinée que je l’aurais voulu. Mais passons. Tous ces protagonistes sont épatants.

Il me faut juste exprimer un regret, car les romans de Dominique Sylvain que j’avais déjà lus mettaient en scène Lola Jost et Ingrid Diesel – un duo aussi comique qu’efficace. Ici, en contraste, tout est très sombre. Parfois, une ou deux blagues en passant, mais les personnages traînent tous derrière eux de sacrés passifs, enfances difficiles, alcoolisme, veuvage, accident, problèmes psychologiques… J’avais l’habitude de sourire davantage en lisant un Sylvain.

Et enfin j’ai été gêné par la fin – une sorte de double fin. J’avais l’impression que ça n’en finissait pas… que tout s’accumulait, que rien ne souriait…

Mais le polar valait le détour. Rien que pour passer quelques jours à ne pas lâcher ce bouquin, à en parcourir une ou deux pages juste avant de partir au boulot, juste avant de dîner, juste le temps que le train s’arrête en gare – car le suspense vous tient (presque) jusqu’à la fin. C’est un bon roman policier, ce n’est juste pas, pour moi, le meilleur roman de Dominique Sylvain.

L’Archange du chaos, Dominique Sylvain (Viviane Hamy, 2015)

Autre Monde, tome 1: L’Alliance des Trois

 

L'Alliance des Trois, Maxime Chattam

L’Alliance des Trois, Maxime Chattam

Ce roman m’a été « prescrit » par mon médecin pour me détendre ( si on pouvais vraiment soigner les gens grâce aux livres, on vivrait dans un monde parfait !) et j’avoue que ça a plutôt bien fonctionné. C’est exactement le genre de livre que je ne peux lâcher qu’une fois la dernière page dévorée.

Il faut dire que j’adore les romans où les héros se retrouvent livrés à eux-mêmes en pleine nature et doivent s’organiser pour survivre, un peu comme Robinson Crusoë. A ceci près que Robinson était tranquille sur son île alors que dans Autre Monde le danger guette à chaque coin de rue… ou du moins ce qu’il en reste. En effet le roman commence par une gigantesque tempête qui engloutit New York sous les éclairs et la neige et affecte de façon assez étrange aussi bien les humains que les animaux.

C’est dans ce contexte apocalyptique que commence la fuite des héros qui tentent d’échapper à de mystérieuses créatures montées sur des sortes d’échasses et munies d’yeux / projecteurs, ainsi qu’à un étrange Il qui redoute que les adolescents ne trouvent refuge au « sud ». Cap vers le sud, donc ! Et voilà nos héros en train de naviguer … dans une rame de métro envahie par les flots !

Et ce n’est pas la seule surprise que nous réserve ce roman : tout au long de l’histoire, le lecteur va de surprise en surprise en découvrant un monde nouveau, remanié par une Nature déchainée et où les survivants doivent trouver une nouvelle façon de vivre en société. Ce qui inclut, bien sûr, des complots, des secrets, des tentatives de meurtres et autres pièges diaboliques.

Finalement, je trouve que le roman est à l’image de son titre : mystérieux et surprenant. En effet, il est question de l’alliance des trois, or s’il y a bien une bande de trois amis au début de l’histoire, l’un d’eux disparait très vite. Mais alors qui est ce troisième membre auquel fait référence le titre ? Il faut attendre quasiment le milieu du roman pour le savoir !

Mention spéciale également pour Plume, l’énorme chienne qui porte le même nom que mon minuscule chaton, cela m’a beaucoup fait rire. D’autant plus que ce personnage secondaire se révèle finalement plutôt attachant.

Enfin, j’ai beaucoup aimé le côté très réaliste et humain des héros. Certes Matt doit utiliser son épée pour se défendre, et tuer des personnes, mais il n’a rien à voir avec un chevalier qui distribue des coups de lames à tort et à travers sans même sourciller. Ici le héros est confronté à l’horreur de la mort, au fer qui déchire les chairs, et n’éprouve que du dégout et de la tristesse en repensant à ses actes.

Je conseille donc ce roman à tous ceux qui n’ont peur de se lancer ni dans une longue saga ( déjà 7 tomes parus à ce jour), ni dans une aventure épique au coeur d’une toute nouvelle Terre.

L’Alliance des Trois, Maxime Chattam (Le livre de poche, 2012)