14-14

14-14, Silène Edgar et Paul Beorn

14-14, Silène Edgar et Paul Beorn

En avril dernier, le label Castelmore a sorti un sympathique roman à quatre mains pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale. Dans 14-14, nous suivons Hadrien et Adrien, deux adolescents de 13 ans comme les autres. L’école, les filles, le rapport à l’autorité parentale… leurs préoccupations sont les mêmes à une exception près : les deux garçons vivent à cent ans d’écart !

Hadrien rêve de passer son certificat pour entrer au petit lycée : il vit en 1914 et ne se doute pas qu’une guerre meurtrière va bientôt se déclarer. Adrien, lui, vit en 2014 et n’a qu’une idée en tête : réussir enfin à avouer son amour à Marion, sa meilleure amie. Hadrien se heurte au refus de son père, qui souhaite le voir reprendre l’exploitation familiale, tandis qu’Adrien a le cœur brisé en apprenant que Marion s’est trouvé un petit ami. Un peu par hasard, les deux garçons commencent à correspondre et deviennent bientôt des amis et des confidents. Ils découvrent progressivement que cent ans les séparent et dès lors, Adrien va chercher par tous les moyens à prévenir Hadrien pour qu’il se mette à l’abri.

J’ai d’abord eu du mal à entrer dans l’histoire. Déçue par la platitude des échanges entre les deux garçons, je m’attendais à poursuivre une lecture bourrée de clichés et d’évènements prévisibles. Je trouvais cependant dommage de stopper ma lecture après quelques chapitres et j’ai décidé de laisser sa chance au roman. Bien m’en a pris, car la suite de l’histoire s’est révélée bien plus intéressante ! J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre l’amitié grandissante entre les deux garçons. Si les débuts polis de leur correspondance sont peu intéressants, les deux adolescents s’apprivoisent rapidement et la confiance qui s’établit entre Adrien et Hadrien est très touchante. Confidents, ils se conseillent et se donnent mutuellement le courage nécessaire d’affronter pour l’un, sa famille et la tradition et pour l’autre, ses sentiments. L’humour et les situations cocasses ne manquent pas, car les références ne sont pas du tout les mêmes en 1914 et 2014 (je défie quiconque de ne pas sourire lorsque Hadrien s’interroge après qu’Adrien lui a demandé son adresse email !).

Mais là où le roman se démarque et est particulièrement réussi, c’est dans l’écriture à quatre mains. Il règne une belle harmonie entre les chapitres du point de vue d’Hadrien (aka Silène Edgar) et ceux du point de vue d’Adrien (aka Paul Beorn), à tel point qu’on croirait presque lire la plume d’un seul auteur. Même si l’on sent que le roman s’adresse à un public jeune, l’écriture des deux auteurs est riche, fluide et agréable à lire. 14-14 se lit vite certes, mais l’intrigue est complète : pas de raccourcis, une trame réfléchie et une véritable évolution des personnages – c’est ce que proposent Silène Edgar et Paul Beorn.

14-14 ne se veut pas un documentaire : c’est une fiction qui permet d’avoir un aperçu de ce qu’était la vie d’un adolescent en 1914 tout en suivant une belle histoire d’amitié. Le roman prend une réelle ampleur en seconde partie et la fin, joliment amenée, clôture l’histoire d’Hadrien et Adrien de manière tout à fait satisfaisante. Une belle lecture à proposer à des collégiens, pour perpétuer le devoir de mémoire de manière originale !

14-14, Silène Edgar et Paul Beorn (Castelmore, 2014)