Swinging Christmas

Swinging Christmas, Benjamin Lacombe

Swinging Christmas, Benjamin Lacombe

Swinging Christmas est un album né de la collaboration entre l’auteur illustrateur Benjamin Lacombe et la chanteuse Olivia Ruiz, et je dois admettre que le duo a fait un très joli travail. L’histoire est un conte de Noël, assez différent des autres albums de Benjamin Lacombe, moins sombre et plus onirique. En effet, il s’agit de l’histoire du petit Robin qui apprend à lire et à rêver grâce à un vieil homme solitaire et amoureux d’une mystérieuse chanteuse de jazz …On peut d’ailleurs trouver à la fin de l’album un cd qui reprend l’apparence des anciens vinyles, et sur lequel on peut entendre les chansons dont il est question dans l’album, ainsi qu’une superbe reprise d’une chanson de l’étrange Noël de Mister Jack «  What’s this ? »

J’ai eu l’occasion de lire cet album à ma classe, et j’ai eu l’agréable surprise de constater que mes élèves ont eu une interprétation de la fin de l’histoire très différente de la mienne, et beaucoup plus poétique. Il est vrai que je trouve cet album particulièrement adapté pour les jeunes enfants, et pas seulement pour l’histoire, mais aussi parce que les illustrations sont beaucoup moins « rougeoyantes » que d’habitude, plus douces, moins fouillées aussi, mais toujours de qualité. 

Sans Ame

Sans Ame, Gail Carriger

Sans Âme, Gail Carriger

Sans Âme est à l’image de son auteur, british, victorien, décalé, bref très original.

L’histoire se passe dans l’Angleterre du XIXème, une société en pleine révolution industrielle et scientifique et où vampires et loups garous côtoient les humains ordinaires. Tout ce petit monde vit en parfaite harmonie puisque les loups garous mangent des faisans et s’enferment à la pleine Lune, tandis que les vampires ne se nourrissent que du sang de leurs drones, autrement dit des humains volontaires et qui aspirent à devenir eux aussi des êtres surnaturels. Mais au milieu de tous ces gens plus ou moins extraordinaires existent quelques rares spécimens appelés les paranaturels, c’est-à-dire des personnes dépourvues d’âmes, telle l’héroïne, Mlle Tarabotti. Attention, cependant, « sans âme » ne signifie pas « sans cœur », comme vous le découvrirez …

J’ai beaucoup aimé le personnage de Mlle Tarabotti, et ayant rencontré l’auteur avant de lire le livre, j’ai tout de suite pensé à Gail Carriger en découvrant son héroïne. A mon goût, c’est un peu comme si elle avait son autoportrait à travers son héroïne, et c’est ce qui m’a plu. Alexia Tarabotti est une originale, une vieille fille née d’un père italien, ce qui constitue deux handicaps majeurs dans la société londonienne de son époque. Pourtant, elle vit plutôt bien cette situation, grâce à son humour et à son caractère bien trempé de femme certes sans mari, mais pas sans défense.

L’autre personnage clé de ce roman, et que j’ai tout autant aimé, est Lord Maccon, un loup garou. Mais pas n’importe quel loup garou : c’est à la fois l’alpha de la meute et un enquêteur du BUR, l’équivalent du FBI pour les personnes sur/paranaturelles. C’est un homme à la fois bourru et très animal, surtout en présence des courbes avantageuses de l’insupportable miss Alexia.

Ce duo entre l’attirance et l’agacement fonctionne très bien du début à la fin du roman, et personnellement, j’avais hâte d’arriver au moment où ils finiraient enfin par coucher ensemble après toutes les scènes où les deux tourtereaux se retrouvent dans des situations scandaleuses et compromettantes.

En dehors de ce fil rouge « vont-ils finir ensemble oui ou zut !», l’intrigue du roman est également très intéressante. De ce point de vue, le roman pourrait être classé dans le genre policier, puisqu’il s’agit de comprendre les disparitions, ainsi que les apparitions toutes aussi mystérieuses, de vampires et de loups garous. Où finissent les spécimens qui disparaissent ? Et d’où viennent les nouveaux venus absolument pas civilisés (un vampire qui mord une personne sans même lui avoir été présenté auparavant, quel manque de savoir vivre !) ?

Je conseillerais donc ce roman à des lecteurs qui ont envie d’une romance originale sur fond d’intrigue policière, le tout servi dans le décor d’une Angleterre victorienne et surnaturelle. Un mélange étonnant, mais très plaisant. 

Sans Ame, Gail Carriger (Le Livre de Poche, 2012)

Ce qui nous lie

Ce qui nous lie, Samantha Bailly

Ce qui nous lie, Samantha Bailly

Après avoir été bouleversée par Oraisons, j’ai voulu découvrir un autre roman de Samantha et mon choix s’est porté sur Ce qui nous lie.

Encore une fois, j’ai espéré jusqu’à la fin, mais aucun des scénarios que j’ai pu imaginer n’a abouti et la fin m’a complètement surprise, et déboussolée, comme avec Oraisons. Un autre point commun entre Ce qui nous lie et Oraisons réside également dans la narration : ici ce n’est pas plus un entrecroisement de personnages, mais un jeu de va et vient d’abord entre le présent et le passé puis entre le présent et le futur. Ce dernier mélange est d’ailleurs particulièrement intéressant car il permet de créer un vrai suspense : le lecteur sait grâce au futur qu’il va se passer quelque chose d’essentiel dans le présent, mais justement, toutes les projections dans le futur ne font que retarder un peu plus le moment où l’on découvrira ce dont il retourne.

L’histoire est également intéressante par son intrigue, un mélange de récit très réaliste par son ancrage spatio-temporel dans le monde réel et de fantastique grâce à cette sorte de pouvoir inexpliqué que possède l’héroïne. C’est d’ailleurs l’une des motivations de l’intrigue : d’où vient ce don ? Et pourquoi existe-t-il une exception à ce que l’héroïne peut voir ?

Malgré quelques points communs entre Oraisons et Ce qui nous lie, ce dernier roman se distingue par un style un peu plus complexe que le premier. Il m’est souvent arrivé en lisant de me dire que finalement j’avais tout compris à l’histoire, et une phrase plus tard, toutes mes certitudes étaient remises en question. C’est le genre de livre qui me fait penser, lorsque j’ai fini de le lire, que je devrais le relire une deuxième fois pour être sûre de l’avoir bien compris.

Ce qui nous lie est donc un livre que je conseillerais plus aux amateurs de fantastique que de fantasy.

Enfin, je voudrais faire remarquer l’illustration de la couverture, que j’avais déjà eu l’occasion de découvrir sur la carte de visite de l’auteur et que je trouve particulièrement belle. 

Ce qui nous lie, Samantha Bailly (Milady, 2013)

Pour lire l’article sur Oraisonssuivez ce lien 

Oraisons

Oraisons, Samantha Bailly

Oraisons, Samantha Bailly

Comme son titre et sa quatrième de couverture l’indiquent, il est beaucoup question de mort dans Oraisons. Des morts liées à des secrets, des complots, des trahisons, des vengeances, des massacres; des morts qui changent la vie d’une personne, ou d’un peuple entier. Mais rassurez-vous, on ne va pas de scènes de batailles en assassinats dans ce roman, car cette histoire est avant tout une grande histoire d’amitié, d’amour, de confiance et d’espoir.

L’intrigue suit les histoires parallèles de deux sœurs que la mort d’une troisième a poussées vers des destins qui n’étaient a priori pas ceux qu’on leur réservait. C’est ainsi que l’ainée, Aileen, une brillante élève qui aurait pu devenir une grande botaniste, se trouve tour à tour enrôlée dans l’armée, cachée au cœur de la résistance et projetée sur le devant de la scène royale pour venger sa sœur Milyanne. Quant à Noony, elle abandonne le rôle d’oraisonière qui aurait fait d’elle la fierté de la famille pour devenir une fugitive parcourant tous les pays de son monde afin de stopper la guerre.

Les chapitres alternent donc entre les péripéties de chacune, auxquelles viennent se greffer des « interludes » narrant l’histoire d’autres personnages secondaires, mais pourtant essentiels à l’intrigue. De plus, chaque chapitre s’ouvre par un extrait de journal intime, d’encyclopédie, de poème, donnant un indice sur ce que le lecteur s’apprête à découvrir.

J’ai beaucoup aimé cette construction de la narration, et l’histoire en elle-même qui est vraiment captivante. Les personnages sont également très attachants car ils évoluent tout au long de l’histoire, au fur et à mesure de leurs découvertes et des épreuves qu’ils ont à traverser. J’ai en particulier aimé le personnage de Lorion, un lynx que je m’imagine comme une adorable boule de poils, une sorte de gros chaton espiègle. Et j’ai aussi adoré le duo Noony / Alexian, pour lequel j’ai eu beaucoup d’espoir jusqu’au bout. Le personnage de Noony est vraiment celui que j’ai trouvé le plus intéressant pour son ouverture d’esprit et sa capacité à remettre en cause les dogmes dans lesquelles elle a été élevée. Mais je l’ai aussi aimée pour son histoire personnelle qui m’a beaucoup émue.

C’est pourquoi la fin de l’histoire m’a tant paru horrible. J’ai pleuré tout au long du dernier chapitre tellement cette fin m’a bouleversée. Car ici, il n’y a pas de happy end. Du moins, j’imagine que la révélation finale en était un dans l’esprit de l’auteure, mais pour moi, c’est le coup fatal qui fait que je ne sais pas si je pourrai un jour relire ce livre, sachant comment il se termine.

Néanmoins, je vous invite vivement à découvrir cette œuvre écrite par une auteure très jeune, mais qui a fait, selon moi, un travail remarquable du début à la fin. 

Oraisons, Samantha Bailly (Bragelonne, 2013)

Erenn, Tome 1: l’Eveil

Erenn, Emily Musso

Déroutant, je crois que c’est le terme qui qualifie le mieux Erenn.

Au départ, j’ai acheté Erenn car le résumé du livre mentionnait l’île d’Emeraude, l’Irlande, et il me semblait que c’était plutôt prometteur. Mais à force de regarder la couverture, j’avais un peu peur qu’il s’agisse encore d’une histoire d’amour entre une lycéenne et un vampire… Heureusement, mes craintes se sont avérées infondées, même si le doute concernant l’identité réelle d’Adrian continue à planer pendant une bonne partie du roman.

Ainsi, l’intrigue de ce roman n’a rien d’une histoire convenue et déjà vue, bien au contraire. Dès le commencement, le lecteur apprend qu’un lourd secret pèse sur Charline, sans savoir ce qui l’a autant traumatisée. L’héroïne apparaît alors comme une jeune femme quasiment dépressive, ou tout du moins très fortement désabusée, qui entraîne le lecteur dans ses visions et ses propres doutes : devient-elle folle ? Quelle est cette forêt enchanteresse qu’elle voit dans ses rêves ?

Et puis apparait Adrian, un inconnu que Charline est persuadée de connaitre depuis toujours, et dont elle tombe éperdument amoureuse, envers et contre tout. Mais lorsque  le jeune homme l’entraine dans un club SM et la mord jusqu’au sang, j’avoue que je suis restée assez perplexe, en me demandant quel genre de livre j’avais entre les mains.

Il faut dire que le personnage d’Adrian est vraiment intéressant dans le sens où il est ambigu, manipulateur, blessant, voire sadique parfois, et à d’autres moments tendre et compressif. Bref, un personnage aux multiples facettes qui se succèdent et déroutent aussi bien Charline que le lecteur. Moi-même je me disais souvent qu’il fallait que Charline s’éloigne de lui, sans pouvoir m’empêcher de retomber sous le charme machiavélique d’Adrian en même temps qu’elle.

En ce qui concerne l’intrigue en elle-même, elle est bien construite, elle m’a tenue en haleine jusqu’à la fin, et m’a donné envie de lire la suite, puisqu’un second tome devrait être publié. Entre le mystère qui entoure le passé de Charline, ses visions, et son voyage impromptu en Irlande qui l’entrainera bien plus loin sur les traces de ses origines, il y a sans cesse de nouvelles énigmes à résoudre, des voiles à lever et des indices à assembler. Le cadre de l’Irlande est également propice à une atmosphère mystérieuse et envoutante, à travers des paysages enchanteurs.  

L’éveil, Emily Musso ( Rebelle Editions, 2012)

La Prophétie des pierres

La prophétie des Pierres, Flavia Bujor

La prophétie des Pierres, Flavia Bujor

La première chose à savoir à propos de ce roman est qu’il a été écrit par une auteur alors très jeune (13 ans), ce qui peut expliquer certaines faiblesses de l’histoire.

L’intrigue est a priori plutôt simple : trois jeunes filles que tout oppose découvrent le jour de leur quatorzième anniversaire qu’elles sont dotées de pouvoirs magiques, en lien avec une pierre dont elles portent le nom : Ambre, Jade et Opale. Elles vont devoir s’unir malgré leurs différences et surmonter plusieurs épreuves initiatiques pour sauver un monde de la menace du Conseil des Douze Heureusement, la présence de personnages secondaires qui autorisent quelques parenthèses dans la chronologie de la narration permettent de rendre l’intrigue un peu moins convenue et donc plus intéressante et captivante.

En revanche, j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher aux héroïnes qui me semblent trop caricaturales : Ambre est la jeune bergère courageuse et rêveuse qui rencontre le prince charmant qui la tirera de sa campagne, Opale est la jeune fille introvertie, sombre, mystérieuse, et donc attirante, que l’amour rend soudainement plus ouverte et lumineuse, quant à Jade, c’est le stéréotype parfait de la petite princesse pourrie gâtée, belle, riche, intelligente, à qui tout réussit et qui se retrouve sans rien du jour au lendemain. Même le nom des héroïnes, en lien avec leur pierre – talisman est convenu : Ambre pour la blonde solaire qui adore la chaleur et la lumière, celle qui est chaleureuse et rieuse, Opale pour celle dont les cheveux sont aussi noirs que l’état d’esprit, et Jade, une pierre particulièrement précieuse en Orient pour la riche héritière.

Les seuls personnages que j’ai vraiment appréciés sont Oonagh une fille / femme qui a l’apparence d’une enfant, mais la sagesse de quelqu’un qui aurait vécu des siècles et des siècles, ainsi que  La Mort qui a elle aussi les traits d’une petite fille un peu boulotte mais contre toute attente très sympathique et … bonne vivante. Cette dernière décide de faire grève car elle ne supporte plus que les gens pleurent en la voyant et n’aspire qu’à se faire des amis, ce qui est très paradoxale, et en même temps très attachant.

Le dénouement de l’histoire est cependant assez surprenant, même si j’ai pu regretter, en relisant ce livre une fois un peu plus grande, que l’auteur ait voulu qu’il y ait un happy end à tout prix. Sans vous en dire trop sur la résolution de l’intrigue, je pense que même si les héroïnes étaient allées au bout de leur  projet et que tout s’était déroulé selon leur plan, ça n’aurait en rien gâché la fin du roman. Mais l’auteur étant jeune, comme je l’ai dit, je peux comprendre qu’elle ait eu envie de préserver ses héroïnes. Sans doute que mon jugement est aussi faussé par le fait que moi-même je ne tenais pas particulièrement aux trois filles, mais un autre argument me laisse penser qu’elles auraient pu finir autrement : sont-elles réellement les héroïnes de cette histoire ? Ou serait-ce la narratrice … 

Quoi qu’il en soit, je pense que ce roman peut tout de même être divertissant, et une bonne entrée en matière dans le monde de la fantaisie. Mais je le recommanderais plutôt à un public d’adolescents, voire de pré- adolescents.

La Prophétie des Pierres, Flavia Bujor ( Edition France Loisir 2002)

Ondine

Ondine, Benjamin Lacombe

Ondine est, selon moi, l’un des plus beaux albums que Benjamin Lacombe ait fait, avec l’Herbier des Fées.

Tout d’abord d’un point de vue plastique, les illustrations sont toujours aussi superbes, notamment le portait d’Ondine sur une double page qui m’a vraiment marquée. Le visage de la jeune fille reflète à la fois le mystère et l’innocence, comme un ange qui dévoilerait son visage au reste du monde. Et pourtant, il y a cette couleur rouge qui reste obsédante, l’indice que sous ses apparences angéliques, Ondine est peut-être plus dangereuse qu’il n’y parait. L’utilisation du calque comme dans l’Herbier des Fées est également un atout de nouveau exploité ici pour traduire cette fois un sentiment plus qu’un décor. En effet, cela donne une image presqu’évanescente d’Ondine qui se meurt de chagrin ; elle disparait tout comme son image s’efface sur la transparence du calque. Enfin, la couleur rouge est toujours aussi omniprésente, d’autant plus dans cet album qu’il s’agit de la couleur des cheveux d’Ondine. Cela permet de toujours laisser planer le danger autour de cet être pas tout à fait humain et qui ne devient vraiment inoffensif que lorsque ses couleurs s’estompent en des nuances de blanc et de bleu.

Enfin, du point de vue de l’intrigue, cet album nous raconte une histoire à la fois belle et cruelle. Il s’agit en réalité d’un conte que Benjamin Lacombe a décidé d’illustrer, et qui n’est pas sans rappeler parfois celui de La Petite Sirène. Tout d’abord le nom de l’héroïne, Ondine, fait référence au monde aquatique. De plus, c’est au cours d’un déluge provoquant une inondation qu’Hans et elle se rencontrent et tombent amoureux. Enfin, Ondine se révèle bel et bien faire partie d’un peuple lié à l’eau. Quant à ce qui lui arrivera si jamais l’amour de sa vie la trompait, tout ceux qui connaissent La Petite Sirène l’imagineront fort bien.

Comme je l’ai dit, belle et cruelle sont les deux adjectifs qui semblent les plus appropriés pour qualifier cette histoire, et je dois admettre que j’ai été choquée par la fin de l’album, qui nous fait voir le personnage d’Ondine sous un autre jour. Depuis ma première lecture, je n’ai jamais plus relu cet album de la même façon, et si vous aussi vous décidez de tenter cette aventure, vous saurez alors à quel point les apparences peuvent être parfois trompeuses…

Ondine, Benjamin Lacombe ( Albin Michel Jeunesse, 2012)

Amulettes

Amulettes, Véronique Ajarrag

J’ai découvert Amulettes par hasard sur le stand de sa maison d’édition lors de la manifestation Les Imaginales. J’ai d’abord été attirée par le titre et l’illustration de la couverture, l’air mystérieux de la jeune femme m’intriguait effectivement. Et puis j’ai lu le résumé et j’au aussitôt pensé à un autre livre que j’avais beaucoup aimé, et dont je vous parlerai plus tard : My Name is Memory. Voilà les raisons qui m’ont poussée à lire ce livre que je n’aurais probablement pas remarqué s’il avait été en rayon dans une grande enseigne, noyé parmi tant d’autres livres aux titres et aux couvertures similaires.

Finalement, ce roman s’est avéré être intéressant, malgré la fin qui me semble avoir été bâclée et qui m’a déçue en comparaison de l’intrigue dont elle est l’issue.

En effet, j’ai tout d’abord aimé ce roman pour son thème : la réincarnation, les vies antérieures, une histoire d’amour qui traverse le temps et un couple d’amoureux maudits qui peine à se retrouver et à rester ensemble. C’est d’ailleurs cette succession de vies, de temps et de lieux qui confère à la narration son originalité en faisant voyager le lecteur entre le cabinet d’un psy de notre époque et un palais royal de l’ancienne Mésopotamie. Tour à tour, on se retrouve plongé dans des souvenirs, dans des visions, dans un récit en bonne et due forme, mais on lit également le rapport d’une commission à propos du psy, ainsi que les notes du médecin en question.

Ce puzzle narratif est d’autant plus intéressant qu’il se transforme en véritable jeu de piste pour le lecteur qui s’amuse à essayer de comprendre ce qui se passe, comme Ian : est-ce qu’Agrippine est folle, est-ce qu’elle dit la vérité ? Et dans ce cas, si toutes les personnes de sa vie antérieure se sont réincarnées, qui sont-elles ?  Un grand Qui est Qui se met alors en place, et pour ma part, j’avoue que je me suis laissée bernée et qu’au final, je n’avais pas du tout réussi à résoudre cette énigme.

Mais justement, j’ai trouvé que les masques tombaient un peu trop rapidement. Après des chapitres de course contre la montre à travers différentes villes et différents pays, j’attendais un dénouement à la hauteur de l’intrigue, alors qu’au final, une fois l’identité de chaque protagoniste révélée, la question de la malédiction des amants est réglée très, voire trop, simplement et l’histoire s’arrête là. En fait, j’ai eu l’impression que le dénouement était très simpliste par rapport à la complexité de l’intrigue, comme si on lisait deux romans destinés à deux publics différents.

Malgré tout, Amulettes reste un roman agréable à lire, en particulier lorsqu’Agrippine parle avec un vocabulaire précieux, un peu suranné mais tellement élégant. Je le conseillerais en particulier à des personnes qui aimeraient marier le genre plutôt policier (Mais qui est la grande méchante qui veut absolument tuer Agrippine ?) avec celui de la fantasy (Et si l’histoire d’Agrippine était vraie …)

Amulettes, Véronique Ajarrag (Edition du Chat Noir, 2013)

La saga Entre Chiens et Loups

La sage Entre Chien et Loup, Malory Blackmann

La sage Entre Chiens et Loups, Malorie Blackman

J’ai découvert la trilogie de Malorie Blackman il y a de nombreuses années et pourtant, je la relie toujours avec autant d’intérêt, car elle me parait toujours aussi juste et «  d’actualité ».

L’originalité de cette trilogie repose en grande partie sur son univers de référence, une sorte de miroir inversé de notre société. En effet, dans le monde de Callum et Sephy,  ce sont les personnes noires, appelée les Prima,  qui sont au pouvoir, riches et toutes puissantes, tandis que les personnes blanches, les Nihil (d’un terme latin qui signifie « rien ») sont considérées comme des citoyens de seconde zone, méprisés et rendus coupables de tous les maux. La découverte de ce monde est donc un véritable choc culturel, néanmoins, cela entraine une véritable remise en question : cette disparité entre les personnes blanches et noires n’est-t-elle pas aussi absurde que celle que l’on peut effectivement rencontrer dans la réalité ?

L’autre point fort de cette trilogie réside également dans le caractère polyphonique du récit, qui propose les visions croisées des différents protagonistes vivant les mêmes événements. Cela permet ainsi au lecteur de dépasser une impression trop manichéiste qui aurait surement existé si l’histoire n’avait été narrée que du point de vue d’un seul personnage. En effet cette multiplicité des récits nous permet de comprendre qu’aucune action, aucune décision n’est simple, et l’on peut ainsi se rendre compte que finalement, la vie de chacun est intimement liée à celle des autres, qu’une mauvaise décision peut avoir des répercussions non seulement pour celui qui la prend, mais aussi pour les personnes qui le côtoient, et ce parfois même sur plusieurs générations.

Il est en effet question de différentes générations tout au long des trois romans, depuis les parents de Sephy et Callum, jusqu’à Calli Rose. Dans le premier tome, Entre Chien et Loup, l’intrigue est principalement centrée sur le couple Sephy / Callum qui ne sont alors que des ados, pris dans les problèmes de leurs familles respectives, entre le père de Sephy qui est un puissant politicien et la mère de Callum qui est l’ancienne nourrice de la jeune fille. Entre amour et haine, les deux jeunes gens se déchirent pour mieux se retrouver … jusqu’au point de non retour. 

Le deuxième tome, La Couleur de la haine, met l’accent sur un autre membre de la famille de Callum, son frère Jude qui est devenu un véritable terroriste anti Prima mais qui tombe malheureusement amoureux de l’une d’entre elle. Cruel dilemme pour celui qui entendait consacrer sa vie à venger sa famille … Ce tome est aussi l’occasion de faire la connaissance de Callie Rose, la fille de Sephy et Callum. On retrouve ensuite la jeune fille dans le troisième tome, Le Choix d’aimer, à peu près à l’âge qu’avait sa mère à l’époque du premier tome. Mais entre mère et fille, les relations sont tendues, voire explosives …

Un quatrième tome existe, mais je ne l’ai pas encore lu car j’avoue que je crains un peu d’être déçue. Il s’est écoulé tellement de temps entre la sortie du troisième tome et du quatrième que me suis demandé si l’auteur avait vraiment continué l’histoire parce qu’elle avait encore de quoi écrire ou s’il s’agit d’un geste purement commercial. D’où mon hésitation à lire Le Retour de l’Aube, car je ne voudrais pas achever cette saga sur une mauvaise impression.

Quoi qu’il en soit, je vous invite à découvrir ces romans qui sont à la base étiquetée « littérature pour adolescents » mais qui pourraient aussi séduire les adultes par les thèmes abordé, l’univers construit et la narration si originale. 

 Entre Chiens et Loups, La Couleur de la Haine, Le Choix d’Aimer, Le Retour de l’Aube, Malorie Blackman (Milan)

Les Mondes d’Ewilan

Les Mondes d'Ewilan, Pierre Bottero

Les Mondes d’Ewilan, Pierre Bottero

Suite à mon précédent article sur la première trilogie de la saga Ewilan, je voudrais aujourd’hui vous présenter la deuxième trilogie de cette saga. J’avoue avoir eu un peu peur d’être déçue par cette deuxième trilogie tellement j’avais aimé la première, mais le premier tome a su me conquérir par sa construction originale. En effet, pour La Forêt des Captifs, l’auteur a abandonné la narration chronologique pour nous proposer un véritable puzzle temporel et spatial, ce qui permet au lecteur de construire progressivement l’intrigue : qu’est-il advenu d’Ewilan, qui est ce psychopathe qui terrorise la France par ses crimes sanglants, et surtout, qui est cette Elle qui obsède tant Salim ?

J’ai également été ravie de retrouver l’écriture de Pierre Bottero, et son génie qui se manifeste au point d’orgue du roman, le cri de détresse d’Ewilan, qui est sans conteste le passage le plus poignant, et pourtant le simplement exprimé de l’histoire.

Le deuxième tome m’a un peu moins séduite, j’ai trouvé qu’il y avait parfois quelques longueurs pour arriver jusqu’au véritable mystère qui n’arrive qu’à la toute fin du roman. J’ai aussi été un peu déstabilisée de retrouver les personnages principaux car il s’est écoulé un certain temps entre la fin de la première trilogie et le début de la deuxième et les protagonistes ont donc évolués. C’était un peu comme retrouver des vieux amis qui ont continué à vivre de leur côté, ce sont toujours les mêmes personnes, mais quelque chose en eux a changé. Mais ce qui m’a le plus troublée, ce fut surtout de retrouver Ewilan dans la vie ordinaire d’une étudiante qui vit chez ses parents, et non plus une jeune héroïne en vadrouille dans un monde inconnu. D’ailleurs, ce n’est plus du tout l’Ewilan des débuts de la saga que l’on voit ici, mais un personnage brisé par l’Institution. Que ce soit voulu ou non par l’auteur, j’ai vraiment ressenti que ce n’était plus l’héroïne qui m’avait charmée dans la première trilogie, mais un personnage plus sombre et torturé.

Heureusement, un nouveau personnage fait son apparition dans L’œil d’Otolep. Il s’agit de Liam, un jeune garçon assez étrange, au don exceptionnel et destructeur, qu’Ewilan a sauvé de l’Institution. Le personnage de Liam est cependant ambigu, et j’ai souvent été partagée entre l’affection pour le personnage d’un petit garçon sans famille, un peu perdu et sans repère, et l’effroi devant une brute épaisse et sans remord. Un démon avec un visage d’ange, en quelque sorte. Mais qui permet de développer un nouvel aspect de la personnalité d’Ewilan, plus adulte, maternelle et protectrice.

Le dernier tome est plus épique, avec de nouveau une intrigue en fil rouge : un mystérieux mendiant qui voyage, mais vers quelle destination ? Mais j’ai surtout aimé ce tome pour la profondeur qu’acquièrent peu à peu tous les personnages, et notamment les parents d’Ewilan qui étaient, selon moi, un peu plats jusque là. Ici, il n’est plus question d’un monde manichéen séparé entre les bons et les méchants, on se retrouve face à des personnages plus humains, aux passés sombres et douloureux, avec de lourdes responsabilités sur leurs épaules, mais aussi face à des choix cruciaux qui changeront le cours de leurs existences.

Finalement, même si le bilan de cette deuxième trilogie est mitigé, elle vaut quand même la peine d’être lue pour constater l’évolution des personnages qui grandissent, vieillissent, deviennent plus matures, mais aussi révèlent de nouvelles facette de leur personnalités. 

La Forêt des Captifs, L’Oeil d’Otolep, Les Tentacules du Mal, Pierre Bottero (Rageot, 2007)

Pour en savoir plus sur la saga Ewilan, c’est par ici : La Saga Ewilan