Le Pacte de la voleuse (Widdershins I)

Le Pacte de la voleuse, Ari Marmell

Le Pacte de la voleuse, Ari Marmell

Troisième né des jeunes éditions Lumen, Le Pacte de la voleuse m’intriguait depuis un bon moment. Pour tout avouer, la couverture, première et quatrième confondues, ne m’inspiraient pas un sentiment très exaltant, mais j’avais envie de découvrir le travail de cette nouvelle maison d’éditions dédiée à l’imaginaire.

Nous voici donc en compagnie de Widdershins – qu’est-ce que c’est que ce nom, sacrebleu –, une jeune voleuse talentueuse, mignonne et culottée, qui fut autrefois une orpheline chapardeuse puis la protégée d’un riche aristocrate, avant de déchoir brutalement. La particularité de la donzelle est de servir d’asile à un dieu un peu grognon et souvent moqueur, Olgun, qui favorise sa chance et l’aide à commettre ses méfaits. Alternant épisodes du passé et faits actuels d’une manière très lockelamoresque, le roman nous raconte comment Widdershins en est arrivée à devenir ce qu’elle est et la plonge dans une intrigue mêlant querelles religieuses, cambriolages périlleux, complots et meurtres. On a donc de quoi s’occuper.

Ne mentons pas, j’avoue avoir trouvé cette lecture agréable. Le style de l’auteur, parfois ampoulé, reste cependant vivant et sympathique tout au long du livre, et le rythme est bien géré. On s’amuse, on rit un peu à certaines situations, on attend de savoir la suite… Bref, ça fonctionne. Et puis l’ensemble est énergique, je ne me suis aucunement ennuyée.

Reste que ça n’a rien de follement original. L’univers mis en place ne décolle pas vraiment, on reste en terrain connu, entre aristocratie, polythéisme et une guilde de voleurs comme on en a vu passer dans tout un tas d’autres romans et jeux-vidéo du même genre. Il y a quelques petites touches plus intéressantes, cela dit : le système des dieux protecteurs des grandes familles, qui influent sur leur fortune, le Dieu voilé et sa malédiction, le principe du Seigneur voilé… Le tout nous offre une cité vivante, oui, mais assez peu différente de celles que l’on a pu croiser dans d’autres romans, avec ses gardes toujours sur le qui-vive, ses bas-fonds, ses auberges et ses places de marché, ses baaaaals de la noblesse (j’ai beau dire, j’adore les mises en scène de bals et de festivités).

Le plus gros souci de cet ouvrage, finalement, me semble surtout être son héroïne. Elle a tout pour plaire, cette miss, au point que c’en est exaspérant. Certains aspects de sa personnalité m’ont plu, son énergie infatigable en particulier, sa manière de parler à Olgun à voix haute sans se soucier des regards de travers qu’on lui jette… Mais voilà, elle est talentueuse, elle est belle, elle a toujours raison et on lui donne toujours raison… sans parler de sa chance insolente qui la rend si sûre d’elle – et du fait qu’elle a tellement souffert. Ce n’est pas vraiment l’accumulation de ces qualités qui me gênent, mais plutôt leur mise en scène – qui fait que ses amis comme ses ennemis se définissent presque toujours par rapport à elle et n’ont guère de consistance en dehors de leur relation avec elle. Prenez Bouniard, par exemple (encore un nom de ces noms merveilleux…), l’archétype du jeune policier qui veut tout faire pour arrêter cette dangereuse criminelle et passe ses nuits à penser à elle…

Mais baste, on passe tout de même un bon moment, même si j’ai très vite deviné la solution de plusieurs énigmes du roman (l’identité du Seigneur voilé, quelle surprise…). Je n’attendais pas plus de ce récit, quelque part, et j’ai eu beaucoup de plaisir à le lire. Car on ne s’ennuie pas, on s’amuse même plutôt bien et c’est tout ce que je demandais en ouvrant ce livre.

Le Pacte de la voleuse, Ami Marmell (Lumen, 2014)

Les Herbes de la Lune

Les herbes de la Lune, Anne Laure

Les herbes de la Lune, Anne Laure

J’ai découvert ce roman aux Imaginales, un peu par hasard d’ailleurs. Son auteure était présente sur le stand d’une maison d’édition (le Chat Noir), elle a vu que je portais des oreilles de chat noir, et elle a dû se dire que j’étais une lectrice potentielle pour son roman. Elle n’a pas du essayer longtemps pour me convaincre, il lui a suffit de commencer le résumé de son livre par  » le thème du roman est en lien avec le monde celtique ». Bonne pioche, c’étaient les mots clés.

Ainsi, j’ai acheté ce roman, qui, si j’ai bien compris, est le premier tome d’une trilogie. Les Herbes de la Lune se passe donc en Bretagne avec un florilège de noms de village et de prénoms tous plus celtiques les uns que les autres, à l’exception de celui de l’héroïne : Abigail. On y découvre des lieux typiques de cette région, entre le vieux pub du port et la lande avec ses herbes folles et ses roches blanches, sans oublier les forêts millénaires et la mer impétueuse qui s’élance à l’assaut des rochers. Autrement dit, un univers auquel j’ai adhéré d’emblée et qui confère tout son charme au roman.

Les personnages m’ont également conquise, même s’ils sont parfois stéréotypés, comme le vieux mais néanmoins sage herboriste. L’héroïne tout d’abord est une adolescente assez banale, mais hantée par un cauchemar qui l’épuise un peu plus chaque nuit. Jusqu’au jour où… je ne vous en dis pas plus, si vous voulez percer le mystère de se cauchemar, il vous faudra lire par vous même le roman. Quoi qu’il en soit, peu à peu Abigail va prendre conscience de sa véritable nature et devoir se battre contre elle-même. Ce que j’ai apprécié dans ce combat, c’est qu’il ne s’agit pas simplement d’un manichéisme Bien / Mal, la différence est un peu plus subtile que ça. Disons qu’elle doit plutôt lutter entre garder le contrôle ou s’abandonner.

Le personnage de Timothée m’a aussi plu car il ne s’agit pas seulement du beau gosse du lycée tombeur de filles qui s’intéresse soudainement à l’héroïne comme pour prouver qu’elle est effectivement spéciale. Bien au contraire, il existe un véritable lien entre Abigail et lui, qui se dessine au fur et à mesure des italiques concluant certaines journées en livrant les pensées les plus prégnantes de Timothée.

Enfin j’ai aussi beaucoup aimé le personnage de la grand mère qui est tel que je les aime : une femme forte qui a élevé sa petite fille avec des préceptes de morale très old school, et en même temps avec énormément de tendresse. Et puis son histoire avec André, un libraire, la rend également très humaine.

En dehors des personnages, et de l’intrigue qui était finalement assez nouvelle pour moi, j’ai apprécié aussi la narration de cette histoire: une succession de jours, un peu à la façon d’un journal intime, qui commencent tous par une date et une indication sur la phase de la Lune. Et souvent quelques évocations de la météo, qui ne sont pas tout à fait anodines.

J’attends donc avec impatience le prochain tome qui devrait sortir en septembre (l’auteure a eu la gentillesse de me le préciser dans un PS de sa dédicace). En attendant, je conseille ce livre à ceux qui ont un faible pour l’univers celtique, qu’ils soient connaisseurs ou non, d’ailleurs, car c’est vraiment un élément clé de ce roman.

Les Herbes de la Lune, Anne Laure (Le Chat Noir, 2014)

Autre Monde, tome 1: L’Alliance des Trois

 

L'Alliance des Trois, Maxime Chattam

L’Alliance des Trois, Maxime Chattam

Ce roman m’a été « prescrit » par mon médecin pour me détendre ( si on pouvais vraiment soigner les gens grâce aux livres, on vivrait dans un monde parfait !) et j’avoue que ça a plutôt bien fonctionné. C’est exactement le genre de livre que je ne peux lâcher qu’une fois la dernière page dévorée.

Il faut dire que j’adore les romans où les héros se retrouvent livrés à eux-mêmes en pleine nature et doivent s’organiser pour survivre, un peu comme Robinson Crusoë. A ceci près que Robinson était tranquille sur son île alors que dans Autre Monde le danger guette à chaque coin de rue… ou du moins ce qu’il en reste. En effet le roman commence par une gigantesque tempête qui engloutit New York sous les éclairs et la neige et affecte de façon assez étrange aussi bien les humains que les animaux.

C’est dans ce contexte apocalyptique que commence la fuite des héros qui tentent d’échapper à de mystérieuses créatures montées sur des sortes d’échasses et munies d’yeux / projecteurs, ainsi qu’à un étrange Il qui redoute que les adolescents ne trouvent refuge au « sud ». Cap vers le sud, donc ! Et voilà nos héros en train de naviguer … dans une rame de métro envahie par les flots !

Et ce n’est pas la seule surprise que nous réserve ce roman : tout au long de l’histoire, le lecteur va de surprise en surprise en découvrant un monde nouveau, remanié par une Nature déchainée et où les survivants doivent trouver une nouvelle façon de vivre en société. Ce qui inclut, bien sûr, des complots, des secrets, des tentatives de meurtres et autres pièges diaboliques.

Finalement, je trouve que le roman est à l’image de son titre : mystérieux et surprenant. En effet, il est question de l’alliance des trois, or s’il y a bien une bande de trois amis au début de l’histoire, l’un d’eux disparait très vite. Mais alors qui est ce troisième membre auquel fait référence le titre ? Il faut attendre quasiment le milieu du roman pour le savoir !

Mention spéciale également pour Plume, l’énorme chienne qui porte le même nom que mon minuscule chaton, cela m’a beaucoup fait rire. D’autant plus que ce personnage secondaire se révèle finalement plutôt attachant.

Enfin, j’ai beaucoup aimé le côté très réaliste et humain des héros. Certes Matt doit utiliser son épée pour se défendre, et tuer des personnes, mais il n’a rien à voir avec un chevalier qui distribue des coups de lames à tort et à travers sans même sourciller. Ici le héros est confronté à l’horreur de la mort, au fer qui déchire les chairs, et n’éprouve que du dégout et de la tristesse en repensant à ses actes.

Je conseille donc ce roman à tous ceux qui n’ont peur de se lancer ni dans une longue saga ( déjà 7 tomes parus à ce jour), ni dans une aventure épique au coeur d’une toute nouvelle Terre.

L’Alliance des Trois, Maxime Chattam (Le livre de poche, 2012)

Le Corbeau et la torche (La Voix de l’empereur I)

Le Corbeau et la torche, Nabil Ouali

Le Corbeau et la torche, Nabil Ouali

C’est tout d’abord la sobre, belle et classieuse couverture de ce roman qui m’a attirée. Après avoir entraperçu cet élégant ouvrage sur les tables d’une librairie, j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur au dernier Salon fantastique et je n’ai pas hésité, alors, à m’approprier Le Corbeau et la torche.

Sachez tout d’abord que la critique est en retard : j’ai si bien dévoré le roman au sortir du salon (commencé samedi, fini lundi) que je me suis retrouvée avec une lecture finie et un article à faire dans un moment où je n’avais pas le temps de m’atteler au second. Je ferai de mon mieux pour vous traduire tous les excellents sentiments que j’ai à l’égard de cet ouvrage.

Car, oui, ce fut une belle, très belle surprise ! J’en ai déjà parlé dans quelques articles précédents, j’ai beaucoup d’admiration pour les éditions Mnémos mais il m’arrive plus d’une fois de ne pas apprécier l’un de leurs ouvrages. Cela ne m’empêche pas, cependant, d’acheter toujours leurs nouveautés… Après un Mordred apprécié, un Sang que l’on verse au goût plutôt amer et un Bâtard de Kosigan que j’avais tout simplement adoré, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Nabil Ouali m’avait un peu présenté son univers, j’avais parcouru la quatrième de couverture sans vraiment me focaliser sur ce qu’elle disait et j’avais admiré la belle carte couleur sépia qui ouvrait le roman. J’avais plongé tête la première… et ce fut génial.

Car j’aime la fantasy classique, les romans qui n’endorment pas, les écritures soignées et les personnages attachants. Et il y a tout cela ici. J’aime aussi la poésie versifiée, les secrets et complots de Cour, et tout un tas d’autres éléments dont ce roman regorge. L’histoire nous conte trois garçons qui, d’une manière ou d’une autre, en viennent à approcher le prince de leur pays, Elin. Frimas, enfant du froid, devient garde du corps royal et se retrouve empêtré dans les intrigues des courtisans tenus par la religion. Ravel, jeune paladin à la solde du clergé, part pour des contrées de montagne et de neige à la poursuite d’un traître à la couronne. Glawol, ce cher Glawol, essaye de se tailler une place de choix dans le schéma politique du pays pour dénoncer les abus de la religion qui manipule les puissants. Et on ne sent, dans ce premier tome, que les prémices d’un scénario bien plus abouti qui devrait se développer avec brio dans les tomes suivants.

Certes, des râleurs pourraient prétendre que ce roman ne s’écarte que timidement du droit chemin. Un empire en faillite, des religieux avides de pouvoir, pléthore de rôles classiques, paladin, troubadour, aubergiste, fille de joie et… qu’importe ! Car il y a ici une énergie inhérente au roman qui donne à toute cette fantasy déjà connue un petit air printanier, un brin de nouveauté : nous lisons, nous sommes entraînés, nous reconnaissons bien des paysages déjà parcourus, mais qu’importe. Car le roman est solide, élégant, et j’ai passé un moment véritablement passionnant en sa compagnie. Les personnages, en particulier, nous apportent plein de sentiments. Glawol, que tout un chacun finira par apprécier, est par exemple une figure extrêmement attachante, un jeune clerc plein d’arrogance, de connaissance et d’intelligence qui n’en est pas moins très humain, curieux, souvent agaçant, plein d’humour, mais aussi peureux et ridicule quand il doit l’être.

J’ai donc été enchantée… à un ou deux détails près. Quelques scènes m’ont semblé justement « un peu trop classiques », comme plaquées parce qu’elles vont bien dans un roman de fantasy, et elles ajoutent quelques fausses notes dans un ouvrage que je trouve malgré tout, je le dis encore, très réussi. Enfin, le seul véritable reproche que j’aurais à exprimer concerne le nombre assez conséquent de fautes de typographie. Je sais que beaucoup de personnes considèrent que ce n’est pas bien grave de mal placer une virgule ou d’oublier un point, mais je ne peux malheureusement pas m’empêcher d’être gênée dans ma lecture lorsque je croise un alinéa trop long, une virgule manquante ou un saut de ligne à la mauvaise place. Je pinaille peut-être mais je trouve dommage qu’un ouvrage de cette qualité, qui plus est un objet aussi soigné, comporte un tel nombre d’erreurs typographiques.

Mis à part ce dernier point, c’est un excellent premier roman. J’attends déjà la suite avec impatience et regrette de m’être lancée si précipitamment dans la lecture de cette passionnante nouveauté…

Le Corbeau et la torche, Nabil Ouali (Mnémos, 2014)

Notre-Dame des loups

Notre-Dame des Loups, Adrien Tomas

Notre-Dame des Loups, Adrien Tomas

Au cœur des éditions Mnémos, Adrien Tomas commence à avoir sa petite réputation. N’ayant pas le temps de m’atteler à l’énorme pavé qu’est La Geste du sixième royaume, le premier roman de cet auteur, je me suis décidée à le découvrir au travers de Notre-Dame des loups, un roman beaucoup moins conséquent dont le synopsis m’intriguait.

Mi-XIXème siècle, entre bois hostiles et bourrasques enneigées, nous suivons une troupe de Veneurs sans scrupule, qui traquent un gibier bien singulier : les wendigos – ou loups-garous – engeance débarquée d’Europe pour infester les forêts américaines. Armés de munitions d’argent, les sinistres chasseurs s’enfoncent dans la forêt blanche pour débusquer Notre-Dame des loups, reine des lycanthropes, et éradiquer ainsi ce peuple monstrueux. Les uns après les autres, ils se cèdent la parole pour rapporter les étapes de la chasse et ajouter à la narration de la traque leur propre histoire – souvent chargée de deuil, de déception, de destruction.

Le thème du loup-garou m’a toujours intriguée, alors que les vampires par exemple ne m’ont jamais vraiment intéressée, et j’ai eu d’autant plus de plaisir à découvrir cette œuvre assez atypique. Entre fantastique, horreur et un rien de western, avec une miette de polar en prime, Notre-Dame des loups sait se rendre étonnant. Au fil des pages, l’ambiance s’installe efficacement : avancée dans le froid et sous la neige, repas froid avalé en vitesse, calme des grands bois hantés par les loups, perception d’un danger toujours latent, de plus en plus prononcé tandis que la nuit tombe… Nous participons pleinement à la traque, dépeinte par toute une série de narrateurs première personne. L’atmosphère inquiétante et hivernale est réussie et immersive.

La construction du récit est à mon sens une autre des belles trouvailles de cet ouvrage – même si j’émettrai quelques réserves sur ce point dans la suite de ma critique. L’enchaînement des points de vue des différents traqueurs nous permet d’avancer dans le récit sans jamais nous ennuyer, dans l’attente de découvrir une nouvelle histoire, une nouvelle personnalité, et même un nouveau langage – car chaque protagoniste a sa manière de dire les choses et d’analyser la situation. Alors qu’Arlington, ancien journaliste, prendra le temps de poser le décor, le jeune Billy aura un langage beaucoup plus grossier et vivant, tandis que le cultivé Würm parlera avec une élégante distinction. Et chaque personnage a ses raisons bien à lui d’intégrer la troupe, qu’il ne nous dévoile entièrement qu’à son tour de parole.

Il y a donc toute une ambiance et toute une toile d’intrigues à déguster, dans ce petit roman bien riche, à l’écriture soignée et aux références historico-littéraires multiples. Nous reviennent en tête les différentes bêtes anthropophages qui ont battu nos campagnes (la bête du Gévaudan étant explicitement citée), les récits liés aux lycanthropes et à leur phobie de l’argent, à leur métamorphose nocturne, à la hiérarchie de leur meute ; et, dans un tout autre registre, les western où une horde de cow-boys dépenaillés poursuivent des brigands sans foi ni loi, ainsi que les différents mythes liés aux chasses éternelles et mystérieuses. Peu de pages, une seule traque, et pourtant tout un paquet de références qui me rattrapent à la volée des alinéas.

Mais des choses ratent, mine de rien. Comme plusieurs romans édités chez Mnémos (je songe aux livres de Justine Niogret), Notre-Dame des loups est – trop – court. Tout allait bien jusqu’à ce que l’auteur se précipite, soucieux de terminer son roman en moins de deux cents pages, et la fin m’a parue trop hâtive, trop ramassée. Ce n’est pas la longueur du livre qui me dérange, non, ça n’a même rien à voir avec ce que je veux exprimer ici. Mais la conclusion m’a semblé cinglante, une résolution brutale en un épilogue à rebondissements vaguement inattendus, qui trouve bizarrement sa place dans un roman où l’on s’était confortablement installé. La traque s’achevait, oui, il fallait bien en arriver à la confrontation avec la Dame, mais les trois dernières pages-guillotine m’ont laissée sur ma faim.

Il y a aussi quelque chose qui m’a gênée au niveau de la construction du roman. Si j’ai beaucoup apprécié ce parcours narratif, qui nous fait aller d’un personnage à un autre pour nous faire découvrir toute la troupe histoire par histoire, les transitions si semblables entre un narrateur et un autre m’ont un peu gâché la surprise de l’intrigue. On a vite fait de comprendre ce qui clôturera chaque chapitre et, de ce point de vue-là, la table des matières est un beau moyen de se spoiler une part de l’histoire. Cet aspect du bouquin n’a pas fonctionné avec moi – et difficile d’en dire plus sans dévoiler un pan important de l’affaire. Bref, si l’idée de la traque m’a plu, la partie devinable de son avancement ne m’a pas pleinement convaincue.

Cependant, l’ouvrage m’a intriguée et j’ai joué le jeu jusqu’à l’avant-dernier chapitre, savourant les nuits glaciales emplies d’yeux jaunes et la pénible traversée des bois, rythmée par les détonations des balles d’argent. Si toute l’évolution de l’intrigue ne m’a pas entièrement satisfaite, j’ai cependant bien envie de me lancer, enfin, dans la longue lecture de La Geste du sixième royaume.

Notre-Dame des loups, Adrien Tomas (Mnémos, 2014)

Alsorvampred, Tome 1: Le Deuil de l’Ignorance

Alsorvampred, Chloé Delalandre

Alsorvampred, Chloé Delalandre

Alsorvampred, mais que peut bien signifier ce mot aux allures de formule magique ? Malheureusement, je ne peux pas vous le révéler sans gâcher une partie de l’intrigue, à vous donc de le découvrir en lisant le premier tome de cette série : Le Deuil de l’Ignorance.

Ce que je peux quand même révéler sur ce tome, c’est que j’ai souvent été partagée en le lisant. D’un côté tout est très rapide : la description de l’héroïne, son départ pour rejoindre sa meilleure amie après une peine de cœur dont on ne sait rien, les quelques indices sur son passé, la mort de ses parents. Du coup, on a l’impression que l’auteur a voulu bâcler cette présentation pour en arriver directement au cœur de l’histoire. Et parfois cette rapidité dessert la crédibilité de l’intrigue : Emy quitte tout pour rejoindre sa meilleure amie, elles décident d’ouvrir une boutique ensemble dans la même journée et en moins d’une semaine tout est réglé et le commerce est florissant, vous y croyez, vous ?  De même que tous ces gens qui accueillent Emy à bras ouverts alors qu’elle ne les connait pas, et qui vont même jusqu’à l’inviter à boire le thé, sans que cela l’étonne plus que ça.

Mais alors, y-t-il vraiment un intérêt à lire ce livre ? pourriez-vous me demander. Et bien oui. Car après ce début un peu rapide, une véritable intrigue avec des mystères, des secrets, des révélations se met peu à peu en place. Et surtout, il y a ce fil rouge, ou plutôt noir, très noir, qui revient, peut-être trop rarement, entre deux chapitres. Bien qu’on comprenne tout de suite qu’il est en lien avec l’héroïne et son passé, les informations sur le mystérieux homme en noir et ses intensions sont distillées avec assez de parcimonie pour vraiment intriguer le lecteur.

Malgré tout, il faut bien avouer qu’un certain nombre d’éléments sont assez convenus. Notamment le jeune homme mystérieux dont Emy tombe raide amoureuse, qui est d’une beauté parfaite, avec un regard hypnotique et la peau pâle et glacée. Personnellement, je n’avais aucune envie d’une énième histoire de vampire qui tombe amoureux-alors-qu’il-ne-faut-pas d’une humaine, mais dans ce cas, les choses sont un peu différentes. Et c’est grâce à cet «  alsorvampred » que l’histoire qui aurait pu être d’une banalité sans nom retrouve finalement tout son intérêt.

Le Deuil de l’Ignorance est donc un livre sans grande prétention, mais dont les personnages peuvent se révéler attachants et avec suffisamment de petits mystères pour être agréable à lire.

 Le Deuil de l’Ignorance, Chloé Delalandre (Rebelle Editions, 2014)

 

Confessions / Tribulations d’une fan de Jane Austen

Tribulations et Confessions d'une fan de Jane Austen, Laurie Viera Rigler

Tribulations et Confessions d’une fan de Jane Austen, Laurie Viera Rigler

J’avais acheté ces deux livres sans trop savoir à quoi m’attendre, n’ayant pas lu moi-même l’œuvre de Jane Austen, mais il y  avait une offre pour les deux romans, donc je me suis lancée. Et j’ai vraiment bien fait.

Ces deux romans sont en fait deux histoires parallèles, puisqu’il s’agit des récits de deux jeunes femmes ayant échangés, on ne sait trop par quel prodige, leur corps. Ainsi dans le livre Confessions d’une fan de Jane Austen, Courtney, une trentenaire de notre époque, se réveille dans le corps de Jane Mansfield au XIXème siècle. Et dans le livre Tribulations d’une fan de Jane Austen, c’est donc Jane qui se retrouve au XXIème siècle dans le corps de Courtney. Autant dire que le choc des cultures est rude, surtout pour Jane qui ne connait rien du « futur ».

Ceci constitue d’ailleurs une part importante de l’intrigue : comment vivre dans une époque qui n’est pas la sienne et où les conventions sociales sont radicalement différentes. Du côté du XIXème, il est particulièrement inconvenant de rencontrer un homme célibataire sans chaperon, et quant à lui toucher la joie … Alors qu’au XXIème siècle on se baigne en bikini sans la moindre de gêne. Ce décalage est la cause pour les deux femmes d’un certain nombre de problèmes, surtout pour Courtney qui doit accepter qu’elle a non seulement régressé dans le temps mais aussi dans la condition féminine. Pour Jane, même si elle est choquée au départ par le comportement outrageux des gens de cette nouvelle époque, elle s’y habitue rapidement, et finit même par apprécier sa liberté et son indépendance.

Ainsi ces deux romans sont construits en parallèle autour de la découverte par deux « inconnues » de deux sociétés différentes. Pour autant, ces deux jeunes femmes ne sont pas si différentes l’une de l’autre et ce brusque voyage temporel semble avoir une explication : chacune doit, grâce à une regard neuf, changer la vie de l’autre et résoudre ses problèmes.

Car ces deux fan inconditionnelles de Jane Austen ont décidemment un gros problème avec les hommes. D’un côté Jane est persuadée que l’homme dont elle est tombée amoureuse, et qu’elle envisageait d’épouser, l’a non seulement trompée avec une domestique, mais en plus l’a mise enceinte. Alors pour se consoler, elle tombe elle-même dans les bras d’un de ses domestiques et décide de battre froid son ex futur fiancé qui n’y comprend rien. De l’autre côté Courtney était à deux doigts de se marier quand elle a découvert son fiancée dans les bras de celle qui prépare leur pièce montée, et pour couronner le tout, son meilleur ami a couvert son infidèle de fiancé. En résumé, il y a beaucoup de travail qui attend chacune d’elle pour démêler le vrai du faux dans ces histoires de quiproquos et de faux semblants pour que les deux jeunes femmes soient enfin heureuses … dans leur vie respective ?

J’ai eu du mal à me décider sur l’interprétation des dénouements : est-ce que chaque femme retrouve son corps ou est-ce qu’elles finissent chacune leur vie dans le corps de l’autre, je pense que chacun peut imaginer ce qui lui plaira.

Au delà de cette narration  en parallèle et des déconvenues que vont vivre Courtney et Jane, j’ai aussi beaucoup aimé ces romans pour leurs personnages secondaires tous hauts en couleurs et attachants : que ce soit Mary la meilleure amie un peu nunuche de Jane ou Deepa la pétillante nouvelle amie de Courtney, elles apportent toutes un peu de sel dans les intrigues. Les personnages des mères sont aussi très importants, car très semblables dont leur rapport tendu avec leur fille, malgré la différence de siècles. Quant aux personnages masculins, ces romans nous proposent une véritable galerie allant de l’amoureux transit adorable mais timide au séducteur invétéré menteur et manipulateur, en passant par le père artiste mais qui adore sa fille. Il y en a donc pour tous les gouts, des personnages à aimer et d’autre qu’on aime détester.

Je recommande donc ces deux romans à des lectrices fan d’histoires d’amour un peu compliquées avec des héroïnes qui ont du caractère, et  qui mêlent suspens et humour. D’ailleur, je conseille aussi de lire ces livres en commençant par Confessions d’une fan de Jane Austen, car cela permet aux lecteurs de découvrir la société dans laquelle vivait Jane à travers le regard de Courtney et on comprend ainsi mieux pourquoi Jane est si choquée lorsqu’elle se retrouve propulsée à notre époque.

Confessions d’une fan de Jane Austen et Tribulations d’une fan de Jane Austen, Laurie Viera Rigler ( Milady, 2014)

La Voie de la colère (Le Livre et l’épée I)

La Voie de la colère, Antoine Rouaud

La Voie de la colère, Antoine Rouaud

Dans la sphère bragelonienne, La Voie de la colère avait fait assez de tapage à sa sortie pour que je me promette de m’y atteler un jour ou l’autre. Entre temps, j’avais lu, au milieu de quelques éloges, plusieurs critiques négatives et je m’attendais à être davantage déçue qu’enthousiasmée. Débutant ma lecture avec un a priori négatif, j’ai finalement trouvé plaisir à ce roman, même si je suis loin d’avoir été conquise.

Ce livre nous raconte donc une histoire avant de… nous la raconter à nouveau. Tout commence avec Dun-Cadal, un vieux général au passé héroïque qui pleure son ancien empereur renversé par une jeune république. Oublié de tous, le soldat dépressif passe ses journées à boire, jusqu’à ce que Viola, une jeune historienne têtue, le retrouve pour l’interroger sur l’épée de l’empereur, une précieuse antiquité qui a disparu à la chute de l’empire. Comme un coup de pied dans la fourmilière, la demande de Viola plonge Dun dans ses souvenirs : batailles, gloires d’antan, combats et rivalités, ainsi que la rencontre avec Grenouille, un mystérieux gamin hargneux que Dun éleva comme son fils et dont il chercha à faire le plus grand chevalier du monde. Mi-roman, la tendance s’inverse et c’est à présent Grenouille qui prend la parole pour nous rapporter ces mêmes souvenirs, mais de son point de vue. En parallèle, à l’époque « actuelle », Viola harcèle toujours Dun pour qu’il lui remettre l’épée impériale et celui-ci part sur les traces d’un assassin qui poursuit les conseillers de la république.

La construction du roman est assez complexe… et je l’ai trouvée à plus d’une reprise intéressante, et même originale. Le récit alterne généralement une scène du passé avec une scène du présent, et opère la transition de différentes façons : un simple saut de ligne, ou bien un enchaînement plus subtil, des flashbacks sous forme de citations qui envahissent peu à peu le présent ou un souvenir interrompu par les appels répétés d’un personnage actuel. Le procédé m’a intriguée, mais l’auteur en use malheureusement à tout-bout-de-champ. Son récit est émaillé d’italiques : paroles rapportées une fois, deux fois, dix fois, répétées dès que l’occasion se présente, des litanies que Dun et Grenouille rabâchent à chaque instant fort ou nostalgique du roman – c’est à dire tout le temps.

De plus, comme je l’ai précisé plus tôt, le roman est en deux parties : Dun et Grenouille rapportent la même histoire et, s’ils ne présentent pas toujours la même version des faits, ils ont tout de même passé la meilleure partie de leur vie ensemble. Une même bataille, un même discours (parfois mot pour mot) sera redécrit, et l’avancée du récit en souffrira. On pourra vite se lasser, même si l’intrigue qui se déroule dans le temps présent n’est heureusement, quant à elle, transcrite qu’une unique fois – à un rythme saccadé, continuellement interrompu par les souvenirs.

La lecture traîne donc la patte à plus d’une reprise dans ce livre, en dépit d’une intrigue qui est loin d’être dénuée d’intérêt – et qui promet d’être de plus en plus étoffée dans les tomes suivants. Le style est solide, les batailles impressionnantes, le roman adopte une allure souvent grandiose – évoquant la vengeance la plus tenace, la détermination la plus féroce. Mais, traités avec un sérieux inflexible, les personnages principaux évoluent peu : Dun reprend la figure du vieux soldat détruit qui garde en lui une flamme des anciens jours, une allure qui m’a un peu rappelé celle du Druss de David Gemmell. Quant à Grenouille, il vit enfermé dans sa vengeance et sa décision de devenir un chevalier hors pair, fermé à tout autre sentiment – hormis une romance trop mièvre pour un personnage aussi brutal. Bloqué sur ces deux portraits qui ne se développent guère, le roman nous brosse d’autres figures assez plates, amis, alliés et ennemis pas assez développés pour se distinguer ou personnages féminins absolument creux.

Dommage, dommage, car il y a des idées. Il y a une rigidité dans l’ouvrage, dans les caractères proposés et les thèmes abordés qui m’a fait un peu étouffer, et l’emboîtement des deux époques, des différentes scènes de souvenirs, m’a également ennuyée à plusieurs reprises. En même temps, je reconnais des qualités à l’ouvrage : le style et l’intrigue m’ont plu, ainsi que certains procédés de mise en scène que l’auteur répète malheureusement trop souvent pour les rendre plaisants.

La Voie de la colère, Antoine Rouaud (Bragelonne, 2013)

Rencontre avec Gaeria (Iluvendan I)

Rencontre avec Gaeria, Nicolas Debandt et Marc-Antoine Fardin

Rencontre avec Gaeria, Nicolas Debandt et Marc-Antoine Fardin

Je surveille avec assiduité l’actualité des éditions de l’Homme sans nom, mais je dois avouer que le tome initial d’Iluvendan est le premier roman que je lis de cette maison. Je crois bien que c’est la couverture qui m’a décidée à acquérir ce livre – couverture illustrée par Alexandre Dainche, qui a aussi dessiné celle de l’Enfant Meredhian, roman publié par l’Homme sans nom que j’ai acheté pour la même raison.

Rencontre avec Gaeria m’a… non, pas déplu, mais pas non plus transportée (d’autant plus que je ne m’attendais pas à ce que ce roman soit plutôt destiné à la jeunesse). Et pourtant, je sens que je m’attellerai rapidement le second tome.

Trois jeunes provinciaux, les jumeaux Klaod et Fëasil et leur amie Imenel, se rendent à Iluvendan, la magnifique capitale de leur pays, pour poursuivre leurs études. Klaod entre dans l’armée, Fëasil souhaite maîtriser l’art magique de la Gravure et Imenel s’engage dans la voie des Acrombes, clan des acrobates, des espions et des voleurs. Dans un univers régi par la consommation permanente du Iolthän, un cristal fournissant différentes sortes d’énergie, le Sénat d’Iluvendan choisit d’entrer en guerre contre son voisin, El-Menin, pour pallier une possible pénurie de sa ressource première. Klaod est envoyé au front, tandis que Fëasil et Imenel s’engagent dans un mouvement de résistance et quittent la cité pour découvrir d’autres terres et d’autres manières d’utiliser le Iolthän.

Avant d’évoquer l’intrigue ou les personnages, je dois avouer que le style m’a posé pas mal de problèmes. Je l’ai trouvé de façon générale trop scolaire, ponctué de « Cependant » et de « Néanmoins », et de ce souci souvent présent de justifier le moindre comportement : les gardes regardent les héros ainsi car ils pensent sûrement que… ils ne dirent rien car untel risquerait de… et autres précautions de ce type qui donnent au récit une allure parfois trop rigide. C’est assez dommage, car l’univers imaginé se prêterait volontiers à des descriptions moins figées par cette manière d’écrire.

Passant outre cette remarque, je dois admettre que le début du roman m’a charmée… jusqu’à ce que nos trois héros, leurs examens passés, décident de visiter Iluvendan quartiers par quartiers, à la mode touristes contemplatifs. La cité inventée est extraordinaire à visiter, mais la manière dont sa découverte est amenée m’a assez ennuyée. Fort heureusement, l’intrigue s’engage ensuite véritablement, une fois les jeunes gens admis dans leurs universités respectives. Au final, en dépit de jolies inventions, de villes étonnantes et de ce mystérieux Iolthän qui est la source de bien des maux et de bien des questionnements, l’histoire est relativement classique, et les révélations finales sont assez cousues de fil blanc, basées sur une symbolique peu innovante. Les rebondissements ne sont pas très nombreux, l’action assez peu fréquente, les personnages voyageant beaucoup et parlant beaucoup. Les protagonistes centraux ne sont pas grandement fouillés, approchant les stéréotypes : le trio guerrier/voleuse/magicien, la figure du vieux maître-mage obtus et celle de la jeune aventurière belle, farouche et pleine de ressources… À l’exception de quelques figures plus surprenantes : les prêtres de Narg, petits bonhommes au langage loufoque, ou les centaures et leur pouvoir dont j’ai beaucoup aimé la mise en scène. Quant à nos trois héros, si j’ai trouvé Imenel et Fëasil souvent trop puérils, je reconnais que le personnage de Klaod, initialement le plus gamin des trois, évolue avec une belle justesse durant la guerre à laquelle il est mêlé.

Mais, baste ! J’aurais plein de reproches à faire à ce roman, mais je dois lui rendre justice : je l’ai trouvé foncièrement sympathique et suffisamment bien cadencé pour ne pas m’avoir lassée. Il n’a rien d’excellent ni de surprenant, mais il donne cependant envie de connaître la suite et de visiter plus amplement l’univers proposé par les deux auteurs.

Ce sera donc une conclusion mi-figue, mi-raisin. M’ayant quelque part autant déçu que Sanctuaire d’Alexandre Malagoli, je lui trouve cependant une mine plus fraîche, un petit côté bien à lui qui me donne envie de poursuivre ma découverte d’Iluvendan.

Rencontre avec Gaëria, Nicolas Debandt et Marc-Antoine Fardin (Éditions de l’Homme sans nom, 2012)

Le Palais adamantin (Les Rois-dragons I)

Le Palais adamantin, Stephen Deas

Le Palais adamantin, Stephen Deas

Quand on vous dit qu’il doit toujours y avoir des dragons en fantasy… Sous une couverture qui rappelle bien des romans du même genre (le stéréotype du dragon/château/guerre de Forteresse draconis), Le Palais adamantin dissimule cependant de très bonnes surprises.

Dans un univers moyenâgeux-fantastique relativement classique, les hommes sont parvenus à dompter les dragons au moyen d’une drogue qu’ils leur administrent quotidiennement. Ils utilisent les « pauvres » bêtes comme moyens pratiques de transport, engins de guerre ou cadeaux de mariage, et chaque grand seigneur possède son aire remplie de dragons et de chevaliers aptes à les monter. Cependant, entre eux, les hommes se s’entendent pas : dirigés par un Orateur, les différents rois qui tiennent l’empire briguent tous le pouvoir suprême. Le prince Jehal, en particulier, entend bien faire disparaître tous les obstacles à son accession au trône. Empoisonneur de son père, assassin de sa maîtresse, la reine Aliphera, et amant de la rouée Zafir, la propre fille d’Aliphera, le jeune homme réussit à épouser la plus jeune fille de la reine Shezira, la première prétendante au rang d’Oratrice. En cadeau de noces, Shezira envoie à son nouveau gendre une dragonne parfaite d’une blancheur immaculée. Cependant, dans ce sac d’intrigues et de complots, le convoi de Shezira est attaqué, et la dragonne s’enfuit dans la confusion. Privée de sa drogue quotidienne, la créature retrouve peu à peu son intelligence reptilienne et décide de se venger des hommes qui ont soumis son peuple durant de longues années…

L’intrigue opposant les hommes aux dragons est finalement le pan qui m’a le moins intéressée. J’avais une impression de déjà-vu, et les scènes de dragons surpuissants acculant les faibles hommes m’ont paru un peu ternes par rapport aux conspirations menées au palais adamantin. Les différents pans de l’histoire promettent cependant tous beaucoup : le roman est bien agencé, bien rythmé et scandé par des révélations soudaines et des rebondissements efficaces. Il n’y a pas réellement de nouveauté, mais un bon style, des personnages hauts en couleur, de l’action en-veux-tu-en-voilà tiennent aisément le lecteur en haleine.

On pourra reprocher au roman, comme à tant d’autres œuvres de fantasy, de nous noyer sous un arbre généalogique touffu, entre les rois, les reines, les princes et princesses, les soldats, les alchimistes, les maîtres d’aire, les maréchaux ou les mercenaires – sans parler des dragons. Mais, assez vite, les personnages centraux se dégagent et réussissent à remettre de l’ordre dans cette population. Joliment portraiturés, Jehal et Zafir forment le cœur des « méchants », un duo d’amants diaboliques efficaces, dont l’attitude et les comportements n’ont pas été sans me rappeler le couple de Valmont et Merteuil. Ruses, trahisons, faux-semblants, comédies, mensonges sont l’apanage de ces deux larrons – et Jehal, bien que détestable au plus haut point, réussit à se rendre attachant. La maisonnée de la reine Shezira, a contrario, pourrait sembler bien sage… si l’on fermait les yeux sur l’absence de scrupules de la maîtresse de maison, sur les méthodes contestables de sa maréchale pour protéger sa supérieure, sur le caractère des trois princesses, franches, têtues et, pour l’une d’entre elles, à la limite de l’asociabilité. Bref, les protagonistes ne sont pas piqués des vers, évoluant dans un univers politique sans pitié.

Le monde imaginé en tant que tel, découvert à dos de dragon, offre quelques décors impressionnants, différentes villes splendides, grottes obscures et montagnes hostiles, et le lecteur-voyageur trouvera de quoi se régaler. Reste qu’une carte aurait vraiment été bienvenue…

Quelques jours après avoir refermé le roman, je ne le trouve plus aussi marquant qu’en l’ayant achevé. Mais il est fort bien mené, solide, plaisant, entraînant, et c’est peut-être cela qui m’a le plus surprise : la découverte d’un très bon roman de fantasy duquel je n’attendais rien.

 Le Palais adamantin, Stephen Deas (Flammarion, département Pygmalion, 2009)