Les Herbes de la Lune

Les herbes de la Lune, Anne Laure

Les herbes de la Lune, Anne Laure

J’ai découvert ce roman aux Imaginales, un peu par hasard d’ailleurs. Son auteure était présente sur le stand d’une maison d’édition (le Chat Noir), elle a vu que je portais des oreilles de chat noir, et elle a dû se dire que j’étais une lectrice potentielle pour son roman. Elle n’a pas du essayer longtemps pour me convaincre, il lui a suffit de commencer le résumé de son livre par  » le thème du roman est en lien avec le monde celtique ». Bonne pioche, c’étaient les mots clés.

Ainsi, j’ai acheté ce roman, qui, si j’ai bien compris, est le premier tome d’une trilogie. Les Herbes de la Lune se passe donc en Bretagne avec un florilège de noms de village et de prénoms tous plus celtiques les uns que les autres, à l’exception de celui de l’héroïne : Abigail. On y découvre des lieux typiques de cette région, entre le vieux pub du port et la lande avec ses herbes folles et ses roches blanches, sans oublier les forêts millénaires et la mer impétueuse qui s’élance à l’assaut des rochers. Autrement dit, un univers auquel j’ai adhéré d’emblée et qui confère tout son charme au roman.

Les personnages m’ont également conquise, même s’ils sont parfois stéréotypés, comme le vieux mais néanmoins sage herboriste. L’héroïne tout d’abord est une adolescente assez banale, mais hantée par un cauchemar qui l’épuise un peu plus chaque nuit. Jusqu’au jour où… je ne vous en dis pas plus, si vous voulez percer le mystère de se cauchemar, il vous faudra lire par vous même le roman. Quoi qu’il en soit, peu à peu Abigail va prendre conscience de sa véritable nature et devoir se battre contre elle-même. Ce que j’ai apprécié dans ce combat, c’est qu’il ne s’agit pas simplement d’un manichéisme Bien / Mal, la différence est un peu plus subtile que ça. Disons qu’elle doit plutôt lutter entre garder le contrôle ou s’abandonner.

Le personnage de Timothée m’a aussi plu car il ne s’agit pas seulement du beau gosse du lycée tombeur de filles qui s’intéresse soudainement à l’héroïne comme pour prouver qu’elle est effectivement spéciale. Bien au contraire, il existe un véritable lien entre Abigail et lui, qui se dessine au fur et à mesure des italiques concluant certaines journées en livrant les pensées les plus prégnantes de Timothée.

Enfin j’ai aussi beaucoup aimé le personnage de la grand mère qui est tel que je les aime : une femme forte qui a élevé sa petite fille avec des préceptes de morale très old school, et en même temps avec énormément de tendresse. Et puis son histoire avec André, un libraire, la rend également très humaine.

En dehors des personnages, et de l’intrigue qui était finalement assez nouvelle pour moi, j’ai apprécié aussi la narration de cette histoire: une succession de jours, un peu à la façon d’un journal intime, qui commencent tous par une date et une indication sur la phase de la Lune. Et souvent quelques évocations de la météo, qui ne sont pas tout à fait anodines.

J’attends donc avec impatience le prochain tome qui devrait sortir en septembre (l’auteure a eu la gentillesse de me le préciser dans un PS de sa dédicace). En attendant, je conseille ce livre à ceux qui ont un faible pour l’univers celtique, qu’ils soient connaisseurs ou non, d’ailleurs, car c’est vraiment un élément clé de ce roman.

Les Herbes de la Lune, Anne Laure (Le Chat Noir, 2014)

Alsorvampred, Tome 1: Le Deuil de l’Ignorance

Alsorvampred, Chloé Delalandre

Alsorvampred, Chloé Delalandre

Alsorvampred, mais que peut bien signifier ce mot aux allures de formule magique ? Malheureusement, je ne peux pas vous le révéler sans gâcher une partie de l’intrigue, à vous donc de le découvrir en lisant le premier tome de cette série : Le Deuil de l’Ignorance.

Ce que je peux quand même révéler sur ce tome, c’est que j’ai souvent été partagée en le lisant. D’un côté tout est très rapide : la description de l’héroïne, son départ pour rejoindre sa meilleure amie après une peine de cœur dont on ne sait rien, les quelques indices sur son passé, la mort de ses parents. Du coup, on a l’impression que l’auteur a voulu bâcler cette présentation pour en arriver directement au cœur de l’histoire. Et parfois cette rapidité dessert la crédibilité de l’intrigue : Emy quitte tout pour rejoindre sa meilleure amie, elles décident d’ouvrir une boutique ensemble dans la même journée et en moins d’une semaine tout est réglé et le commerce est florissant, vous y croyez, vous ?  De même que tous ces gens qui accueillent Emy à bras ouverts alors qu’elle ne les connait pas, et qui vont même jusqu’à l’inviter à boire le thé, sans que cela l’étonne plus que ça.

Mais alors, y-t-il vraiment un intérêt à lire ce livre ? pourriez-vous me demander. Et bien oui. Car après ce début un peu rapide, une véritable intrigue avec des mystères, des secrets, des révélations se met peu à peu en place. Et surtout, il y a ce fil rouge, ou plutôt noir, très noir, qui revient, peut-être trop rarement, entre deux chapitres. Bien qu’on comprenne tout de suite qu’il est en lien avec l’héroïne et son passé, les informations sur le mystérieux homme en noir et ses intensions sont distillées avec assez de parcimonie pour vraiment intriguer le lecteur.

Malgré tout, il faut bien avouer qu’un certain nombre d’éléments sont assez convenus. Notamment le jeune homme mystérieux dont Emy tombe raide amoureuse, qui est d’une beauté parfaite, avec un regard hypnotique et la peau pâle et glacée. Personnellement, je n’avais aucune envie d’une énième histoire de vampire qui tombe amoureux-alors-qu’il-ne-faut-pas d’une humaine, mais dans ce cas, les choses sont un peu différentes. Et c’est grâce à cet «  alsorvampred » que l’histoire qui aurait pu être d’une banalité sans nom retrouve finalement tout son intérêt.

Le Deuil de l’Ignorance est donc un livre sans grande prétention, mais dont les personnages peuvent se révéler attachants et avec suffisamment de petits mystères pour être agréable à lire.

 Le Deuil de l’Ignorance, Chloé Delalandre (Rebelle Editions, 2014)

 

Confessions / Tribulations d’une fan de Jane Austen

Tribulations et Confessions d'une fan de Jane Austen, Laurie Viera Rigler

Tribulations et Confessions d’une fan de Jane Austen, Laurie Viera Rigler

J’avais acheté ces deux livres sans trop savoir à quoi m’attendre, n’ayant pas lu moi-même l’œuvre de Jane Austen, mais il y  avait une offre pour les deux romans, donc je me suis lancée. Et j’ai vraiment bien fait.

Ces deux romans sont en fait deux histoires parallèles, puisqu’il s’agit des récits de deux jeunes femmes ayant échangés, on ne sait trop par quel prodige, leur corps. Ainsi dans le livre Confessions d’une fan de Jane Austen, Courtney, une trentenaire de notre époque, se réveille dans le corps de Jane Mansfield au XIXème siècle. Et dans le livre Tribulations d’une fan de Jane Austen, c’est donc Jane qui se retrouve au XXIème siècle dans le corps de Courtney. Autant dire que le choc des cultures est rude, surtout pour Jane qui ne connait rien du « futur ».

Ceci constitue d’ailleurs une part importante de l’intrigue : comment vivre dans une époque qui n’est pas la sienne et où les conventions sociales sont radicalement différentes. Du côté du XIXème, il est particulièrement inconvenant de rencontrer un homme célibataire sans chaperon, et quant à lui toucher la joie … Alors qu’au XXIème siècle on se baigne en bikini sans la moindre de gêne. Ce décalage est la cause pour les deux femmes d’un certain nombre de problèmes, surtout pour Courtney qui doit accepter qu’elle a non seulement régressé dans le temps mais aussi dans la condition féminine. Pour Jane, même si elle est choquée au départ par le comportement outrageux des gens de cette nouvelle époque, elle s’y habitue rapidement, et finit même par apprécier sa liberté et son indépendance.

Ainsi ces deux romans sont construits en parallèle autour de la découverte par deux « inconnues » de deux sociétés différentes. Pour autant, ces deux jeunes femmes ne sont pas si différentes l’une de l’autre et ce brusque voyage temporel semble avoir une explication : chacune doit, grâce à une regard neuf, changer la vie de l’autre et résoudre ses problèmes.

Car ces deux fan inconditionnelles de Jane Austen ont décidemment un gros problème avec les hommes. D’un côté Jane est persuadée que l’homme dont elle est tombée amoureuse, et qu’elle envisageait d’épouser, l’a non seulement trompée avec une domestique, mais en plus l’a mise enceinte. Alors pour se consoler, elle tombe elle-même dans les bras d’un de ses domestiques et décide de battre froid son ex futur fiancé qui n’y comprend rien. De l’autre côté Courtney était à deux doigts de se marier quand elle a découvert son fiancée dans les bras de celle qui prépare leur pièce montée, et pour couronner le tout, son meilleur ami a couvert son infidèle de fiancé. En résumé, il y a beaucoup de travail qui attend chacune d’elle pour démêler le vrai du faux dans ces histoires de quiproquos et de faux semblants pour que les deux jeunes femmes soient enfin heureuses … dans leur vie respective ?

J’ai eu du mal à me décider sur l’interprétation des dénouements : est-ce que chaque femme retrouve son corps ou est-ce qu’elles finissent chacune leur vie dans le corps de l’autre, je pense que chacun peut imaginer ce qui lui plaira.

Au delà de cette narration  en parallèle et des déconvenues que vont vivre Courtney et Jane, j’ai aussi beaucoup aimé ces romans pour leurs personnages secondaires tous hauts en couleurs et attachants : que ce soit Mary la meilleure amie un peu nunuche de Jane ou Deepa la pétillante nouvelle amie de Courtney, elles apportent toutes un peu de sel dans les intrigues. Les personnages des mères sont aussi très importants, car très semblables dont leur rapport tendu avec leur fille, malgré la différence de siècles. Quant aux personnages masculins, ces romans nous proposent une véritable galerie allant de l’amoureux transit adorable mais timide au séducteur invétéré menteur et manipulateur, en passant par le père artiste mais qui adore sa fille. Il y en a donc pour tous les gouts, des personnages à aimer et d’autre qu’on aime détester.

Je recommande donc ces deux romans à des lectrices fan d’histoires d’amour un peu compliquées avec des héroïnes qui ont du caractère, et  qui mêlent suspens et humour. D’ailleur, je conseille aussi de lire ces livres en commençant par Confessions d’une fan de Jane Austen, car cela permet aux lecteurs de découvrir la société dans laquelle vivait Jane à travers le regard de Courtney et on comprend ainsi mieux pourquoi Jane est si choquée lorsqu’elle se retrouve propulsée à notre époque.

Confessions d’une fan de Jane Austen et Tribulations d’une fan de Jane Austen, Laurie Viera Rigler ( Milady, 2014)

Sept jours pour une éternité

Sept Jours pour une Eternité, Marc Levy

Sept Jours pour une Eternité, Marc Levy

Je vois arriver d’ici les détracteurs de Marc Levy, et je les respecte: après tout, si tout le monde aimait – ou détestait – la même chose, le monde serait bien ennuyeux. Mais je me souviens qu’en introduction d’un cours sur la littérature, une de mes prof de fac avait défini une œuvre littéraire comme étant, entre autre, une œuvre qui permet à son lecteur de s’évader, d’échapper à son quotidien et de rêver. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : j’ai adoré Sept jours pour une éternité, ce livre m’a fait perdre le fil du temps réel et m’a transportée dans un autre univers.

Ce roman est avant tout une histoire d’amour, mais quelle histoire ! Improbable, celle du duel éternel du Bien contre le Mal, avec au final non pas une réponse catégorique, mais plutôt un bel équilibre. Certes, les personnages n’échappent pas aux clichés : la jeune femme qui est un Ange est littéralement angélique : blonde, les yeux bleus, d’une patience infinie et d’une bonté irréelle. Quant à l’homme qui incarne le Mal, il est bien sûr aussi séduisant que ténébreux, machiavélique et arrogant.

Malgré tout, je n’ai pas eu l’impression que l’intrigue sombrait dans la banalité : même s’ils sont stéréotypés, les personnages ne sont au final ni tout noir, ni tout blanc, et tour à tour ils s’essayent au « vice » de l’autre : le démoniaque Lucas tente de faire une bonne action pour la première fois de sa vie, tandis que Zofia accepte de regarder l’humanité dans tout ce qu’elle a de plus sordide sans intervenir. Malheureusement, on ne peut pas aller contre sa nature profonde. Et pourtant, en étant prêt à tout pour sauver celle qu’il aime, Lucas ne prouverait-il pas qu’il est aussi capable de faire preuve de courage et de bonté ? Et que dire de Zofia qui est prête à enfreindre les règles pour rester auprès de son âme sœur ?

Mais ce ne sont pas que les personnages principaux qui font le charme de ce roman, les personnages secondaires sont également très attachants, en particulier la logeuse de Zofia, une vieille dame qui a énormément voyagé et qui a acquis une expérience de la vie comme peu de personnes en ont. Sans oublier la meilleure amie de Zofia, un peu boulet, mais très lucide quand il s’agit de montrer à sa meilleure amie ce qu’elle préfère ignorer. Enfin le vieil homme des docks, un marginal un peu mystérieux, mais qui se révèle être une surprise très émouvante au final.

Une mention spéciale aussi pour les personnages de Dieu et de Satan, j’ai beaucoup aimé l’idée qu’ils soient représentés comme deux vieux amis qui cherchent simplement à savoir qui est le meilleur dans sa spécialité.

Enfin l’intrigue fait qu’il m’a été très difficile de lâcher ce livre. Comme le titre le laisse sous-entendre, il s’agit d’une véritable course contre la montre. Mais surtout, le lecteur ne peut que se demander comment les héros vont bien pouvoir s’en sortir : comment un Ange et un Démon pourraient-ils finir leurs jours ensemble impunément ? Comment faire lorsque ni l’un ni l’autre ne peut intégrer le monde et les valeurs de son alter égo ? Quoi qu’ils tentent, les personnages semblent toujours être condamnés à échouer. Et pourtant ….

Je conseillerais donc ce roman aux personnes qui ont envie de découvrir Marc Levy, mais aussi à celles qui ont simplement envie de passer un bon moment avec une histoire un peu légère mais pleine de rebondissements.

Sept Jours pour une Eternité, Marc Levy ( Robert Laffont 2003)

Les Petits Secrets d’Emma

Les Petits Secrets d'Emma, Sophie Kinsella

Les Petits Secrets d’Emma, Sophie Kinsella

Qui n’a jamais eu d’innocent petit secret gardé bien au chaud ? Qui n’a jamais menti à son petit ami sur son poids ? Qui n’a jamais prétendu adorer un cadeau de Noël horrible ? Qui ne s’est jamais inventé un don pour les langues devant ses collègues de bureaux ? Qui n’a jamais feint d’avoir lu un livre alors qu’il n’en a jamais lu que la quatrième de couverture ?

Seulement, qui est déjà allé déballer tous ces petits mensonges ordinaires à la seule personne au monde qui devrait les ignorer ? Et bien Emma, justement. Persuadée que l’avion dans lequel elle voyage va s’écraser, elle se livre à son voisin, qui n’est autre que le grand patron de son entreprise. Aïe, aïe, aïe, surtout quand ledit patron s’invite pour une visite surprise dans les locaux de l’entreprise et qu’il a tout retenu, dans les moindres détails, des secrets révélés.

En commençant ce livre, je me suis dit que l’intrigue était cousue de fil blanc : Emma se confie à son voisin qui la trouve absolument irrésistible avec tous ses adorables petits défauts et hop, ils sont super amoureux, font plein d’enfants et vivent heureux et pour longtemps.

C’est pourquoi j’ai été ravie de constater qu’il n’en était rien. Bien sûr une belle histoire d’amour se profile, mais pas si simple de sortir avec une personne pour qui on n’a plus aucun secret, surtout quand à la base on forme le couple parfait avec Mister Perfection, qu’une colocataire fouineuse et avide de potins s’en mêle et que son avocate de meilleure amie, danseuse étoile à ses heures perdues, essaye tant bien que mal de gérer tout ce bazar.  Au final, l’histoire se révèle très captivante, notamment avec ce mystère qui plane autour du patron et de ses secrets qu’il refuse catégoriquement de partager.

L’autre point fort du roman est sa galerie de personnages hauts en couleurs : Emma dans le rôle de la girl next  door maladroite et gaffeuse, mais néanmoins attachante, ainsi que toute sa famille, en passant par sa sœur super chic, super intelligente, super riche, bref, super parfaite, jusqu’à son grand père un peu sénile mais tellement drôle. Sans oublier les deux colocataires d’Emma : entre celle qui cherche l’homme (riche) parfait qui lui passera un diamant au doigt et celle qui est accro aux mots croisés, la vie quotidienne ne manque pas de piquant.

En résumé, Les Petits Secrets d’Emma est le roman qui m’a fait découvrir Sophie Kinsella et qui m’a fait adorer son univers.

 Les Petits Secrets d’Emma, Sophie Kinsella (Pocket, 2008)

Les Filles au chocolat

Les filles au chocolat

La petite dernière de la famille

J’ai vu arriver à mon travail une série de livres aux couvertures étonnantes : flashies, rose bonbon ou bleu guimauve, recouvertes de chocolats colorés. Les Filles au chocolat, sous leur allure kitsch, dissimulent des romans pétillants, intelligents et adorables à parcourir.

La série suit les aventures d’une famille recomposée : Paddy Costello, un chocolatier de génie en devenir, père d’une fille, tombe amoureux de Charlotte Tanberry, une divorcée mère de quatre filles qui tient un bed and breakfast au bord de la mer. Les deux amoureux, avec en tête le projet complètement fou d’ouvrir une chocolaterie bio de luxe, réunissent leur famille en espérant que cette recomposition se passera comme sur des roulettes. Bien entendu, il n’en est rien. Les cinq demi-sœurs doivent apprendre à vivre ensemble, à accepter leur nouveau train de vie et à résoudre tout un tas d’autres problèmes liés à leur adolescence : avenir, garçons, santé, argent… Et chacune d’entre elles devient le centre et l’héroïne d’un des tomes de la série. Cherry Costello, l’ajoutée de la famille, ouvre la danse avec Cœur cerise, suivie de Skye dans Cœur guimauve puis de sa jumelle Summer dans Cœur mandarine. Après un bref roman dévolu à Shay, le petit copain d’une des sœurs, avec Cœur salé, le dernier tome paru, Cœur coco, est dédié à Coco, petite dernière de la famille. Il ne manque plus que le roman d’Honey, l’aînée, qui devrait paraître bientôt.

Un tel synopsis ne me donnait initialement pas l’eau à la bouche. Je me demandais bien en quoi des romans « pour filles » de cette sorte pouvaient encore m’intéresser. Mais, une amie m’en ayant recommandé la lecture, je me suis finalement jetée à l’eau.

Et voilà qu’une semaine plus tard je referme Cœur coco avec un sourire béat.

Oui, ce sont des romans « pour filles » ! Oui, ça campe de jeunes filles belles comme le soleil à la recherche de l’amour de leur vie ! Oui, ça parle de fêtes au bord de la mer, de party à tout casser, de marshmallow et de chocolat chaud, de poney et de maquillage ! Mais Les Filles au chocolat, sans quitter les clichés, réussissent à aller au-delà du déjà-vu et à nous proposer des romans plus profonds que prévu.

Vue de l’extérieur, la famille Tanberry semble ruisseler de bonheur et pourtant chaque tome, en nous faisant entrer dans l’intimité de l’une des sœurs, s’échine à nous prouver le contraire. Les cinq demoiselles sont confrontées à une adolescence houleuse, troublée par leur famille recomposée, l’absence de la mère de Cherry et celle du père des quatre Tanberry. Chacune a ses défauts et ses maux : Cherry vit dans un mensonge qu’elle a elle-même édifiée pour se protéger des autres, Skye ne se sent pas à l’aise à son époque et s’enferme dans un passé révolu, Summer laisse sa passion pour la danse tourner à une obsession maladive, Coco en bonne petite dernière se sent oubliée par les autres, Honey mène la vie dure à sa famille dans l’espoir d’être envoyée auprès du père qui l’a abandonnée. L’écriture est soignée, le décor joliment posé nous fait tourbillonner dans l’univers de cinq filles délurées mais perturbées. Et le récit, en dépit de tout ce qu’il peut avoir de stéréotypé, nous accroche.

Qu’importe que les quatre histoires (à laquelle on peut ajouter celle de Shay), quelque part, suivent toutes le même schéma ! Qu’importe qu’on devine en partie ce qu’il va arrêter ! Il y a quelque chose qui marche dans Les Filles au chocolat, un paquet d’étincelles, de bonne humeur et de gourmandise, et une touche de réalisme qui ajoute à cette série un petit plus par rapport à d’autres romans pour filles : si tous les tomes aboutissent à une situation plutôt heureuse, les filles de la famille Tanberry ne sont jamais entièrement guéries des maux qu’elles évoquent dans leur récit. La plupart des fins ont un goût doux-amer, même si la branche « amour » des romans se termine nettement bien.

Il y a tout de même des accrocs. Le principe de passer d’une sœur à l’autre, s’il brise la monotonie d’une série à une voix, peut attrister un peu la lectrice attachée à l’une des narratrices ; chaque sœur a sa personnalité propre, son rêve déjanté ou non, sa manière de vivre et de souffrir, et toutes ne m’ont pas touchée pareillement. De plus, en s’enfermant tour à tour dans l’intimité de l’une des filles, la série nous fait un peu perdre de vue la sœur dont nous avions découvert les secrets au tome précédent : si Cherry nous offre, avec Cœur cerise, une vue d’ensemble, Skye et Summer, dans les tomes suivants, seront assez refermées sur elles-mêmes, tandis que Coco résumera à la va-vite les péripéties de ses aînées avant de ne se concentrer presque qu’à elle-même. Quant à Cœur salé, tome consacré à Shay, il offre une petite histoire divertissante entre deux sœurs, mais sans rien apporter de bien concret à l’évolution globale de la famille.

Il est triste aussi que la chocolaterie soit un peu laissée de côté au cours de la série. Toutes les filles l’évoquent, bien sûr, mais elles ne s’y engagent pas toutes de la même manière. Alors que Cherry nous en parlait page après page, suivant de très près les projets de son père et la mise en place de l’entreprise, les autres sœurs la traitent, selon moi, d’un point de vue plus anecdotique. D’une manière générale, par ailleurs, les parents sont toujours un peu décalés par rapport aux filles, vivant dans leur rêve chocolaté et ne découvrant les malheurs de leur progéniture qu’à la fin des romans, en conclusion. Contrairement aux adolescentes, leur rôle et leur manière d’agir n’évoluent pas beaucoup, et cela m’a un peu gênée.

Enfin, comme je le disais plus tôt, tous les tomes n’ont pas la même force. J’ai immédiatement accroché à Cœur cerise, j’ai apprécié Cœur guimauve en dépit de l’étrange touche fantastique qu’il comporte, puis j’ai ouvert Cœur mandarine… Un grand choc : l’histoire de Summer est de loin la plus sombre et la plus mature de toutes, en dépit de tout ce que l’on pouvait attendre des confessions de la danseuse lumineuse décrite dans les tomes précédents. Le roman est très bon, mais fait paraître un peu légers Cœur salé et Cœur coco, avec une Coco trop gamine qui m’a moyennement convaincue en dépit de sa fraîcheur.

La série n’est pas parfaite, oui, mais elle est plus intelligente que je l’avais d’abord pensé. Avec ses chocolats faits maison, ses fondants, ses bonbons, ses fêtes, ses joies et ses sourires mélancoliques, elle trouve joliment sa place dans notre confiserie. Savoureuse pour les ados, mais pour nous aussi.

Les Filles au chocolat, Cathy Cassidy (Nathan) : Cœur cerise (2011), Cœur guimauveCœur mandarine (2012), Cœur salé, Cœur coco (2013)

Sans Ame

Sans Ame, Gail Carriger

Sans Âme, Gail Carriger

Sans Âme est à l’image de son auteur, british, victorien, décalé, bref très original.

L’histoire se passe dans l’Angleterre du XIXème, une société en pleine révolution industrielle et scientifique et où vampires et loups garous côtoient les humains ordinaires. Tout ce petit monde vit en parfaite harmonie puisque les loups garous mangent des faisans et s’enferment à la pleine Lune, tandis que les vampires ne se nourrissent que du sang de leurs drones, autrement dit des humains volontaires et qui aspirent à devenir eux aussi des êtres surnaturels. Mais au milieu de tous ces gens plus ou moins extraordinaires existent quelques rares spécimens appelés les paranaturels, c’est-à-dire des personnes dépourvues d’âmes, telle l’héroïne, Mlle Tarabotti. Attention, cependant, « sans âme » ne signifie pas « sans cœur », comme vous le découvrirez …

J’ai beaucoup aimé le personnage de Mlle Tarabotti, et ayant rencontré l’auteur avant de lire le livre, j’ai tout de suite pensé à Gail Carriger en découvrant son héroïne. A mon goût, c’est un peu comme si elle avait son autoportrait à travers son héroïne, et c’est ce qui m’a plu. Alexia Tarabotti est une originale, une vieille fille née d’un père italien, ce qui constitue deux handicaps majeurs dans la société londonienne de son époque. Pourtant, elle vit plutôt bien cette situation, grâce à son humour et à son caractère bien trempé de femme certes sans mari, mais pas sans défense.

L’autre personnage clé de ce roman, et que j’ai tout autant aimé, est Lord Maccon, un loup garou. Mais pas n’importe quel loup garou : c’est à la fois l’alpha de la meute et un enquêteur du BUR, l’équivalent du FBI pour les personnes sur/paranaturelles. C’est un homme à la fois bourru et très animal, surtout en présence des courbes avantageuses de l’insupportable miss Alexia.

Ce duo entre l’attirance et l’agacement fonctionne très bien du début à la fin du roman, et personnellement, j’avais hâte d’arriver au moment où ils finiraient enfin par coucher ensemble après toutes les scènes où les deux tourtereaux se retrouvent dans des situations scandaleuses et compromettantes.

En dehors de ce fil rouge « vont-ils finir ensemble oui ou zut !», l’intrigue du roman est également très intéressante. De ce point de vue, le roman pourrait être classé dans le genre policier, puisqu’il s’agit de comprendre les disparitions, ainsi que les apparitions toutes aussi mystérieuses, de vampires et de loups garous. Où finissent les spécimens qui disparaissent ? Et d’où viennent les nouveaux venus absolument pas civilisés (un vampire qui mord une personne sans même lui avoir été présenté auparavant, quel manque de savoir vivre !) ?

Je conseillerais donc ce roman à des lecteurs qui ont envie d’une romance originale sur fond d’intrigue policière, le tout servi dans le décor d’une Angleterre victorienne et surnaturelle. Un mélange étonnant, mais très plaisant. 

Sans Ame, Gail Carriger (Le Livre de Poche, 2012)

Ce qui nous lie

Ce qui nous lie, Samantha Bailly

Ce qui nous lie, Samantha Bailly

Après avoir été bouleversée par Oraisons, j’ai voulu découvrir un autre roman de Samantha et mon choix s’est porté sur Ce qui nous lie.

Encore une fois, j’ai espéré jusqu’à la fin, mais aucun des scénarios que j’ai pu imaginer n’a abouti et la fin m’a complètement surprise, et déboussolée, comme avec Oraisons. Un autre point commun entre Ce qui nous lie et Oraisons réside également dans la narration : ici ce n’est pas plus un entrecroisement de personnages, mais un jeu de va et vient d’abord entre le présent et le passé puis entre le présent et le futur. Ce dernier mélange est d’ailleurs particulièrement intéressant car il permet de créer un vrai suspense : le lecteur sait grâce au futur qu’il va se passer quelque chose d’essentiel dans le présent, mais justement, toutes les projections dans le futur ne font que retarder un peu plus le moment où l’on découvrira ce dont il retourne.

L’histoire est également intéressante par son intrigue, un mélange de récit très réaliste par son ancrage spatio-temporel dans le monde réel et de fantastique grâce à cette sorte de pouvoir inexpliqué que possède l’héroïne. C’est d’ailleurs l’une des motivations de l’intrigue : d’où vient ce don ? Et pourquoi existe-t-il une exception à ce que l’héroïne peut voir ?

Malgré quelques points communs entre Oraisons et Ce qui nous lie, ce dernier roman se distingue par un style un peu plus complexe que le premier. Il m’est souvent arrivé en lisant de me dire que finalement j’avais tout compris à l’histoire, et une phrase plus tard, toutes mes certitudes étaient remises en question. C’est le genre de livre qui me fait penser, lorsque j’ai fini de le lire, que je devrais le relire une deuxième fois pour être sûre de l’avoir bien compris.

Ce qui nous lie est donc un livre que je conseillerais plus aux amateurs de fantastique que de fantasy.

Enfin, je voudrais faire remarquer l’illustration de la couverture, que j’avais déjà eu l’occasion de découvrir sur la carte de visite de l’auteur et que je trouve particulièrement belle. 

Ce qui nous lie, Samantha Bailly (Milady, 2013)

Pour lire l’article sur Oraisonssuivez ce lien 

Le Combat d’hiver

Le Combat d'hiver, Jean-Claude Mourlevat

Le Combat d’hiver, Jean-Claude Mourlevat

Après l’adorable expérience du Chagrin du roi mort (dont la critique se trouve ici), j’ai eu envie de poursuivre ma redécouverte de Jean-Claude Mourlevat. Le Combat d’hiver, salué d’une myriade de prix, s’est imposé sans hésiter. Un très beau roman, oui, mais qui m’a légèrement déçue.

Le livre tourne autour de quatre figures adolescentes, quatre jeunes gens qui se rencontrent sur un pont au tout début du roman. Milena et Bartolomeo s’aiment d’un regard, Helen et Milos se savent faits l’un pour l’autre. Tous quatre sont orphelins, emprisonnés dans des internats aux règles cruelles, et tous quatre se sentent appelés à changer l’univers dans lequel ils vivent, un monde régi par la dictature de la Phalange. Un soir, Bartolomeo et Milena disparaissent, décidés à rejoindre la résistance. Helen et Milos choisissent donc de les retrouver, s’évadent à leur tour et s’enfoncent dans les montagnes enneigées.

Le Combat d’hiver est une œuvre oscillant entre brutalité et douceur. Car Jean-Claude Mourlevat ne nous épargne rien. Dans sa langue magnifique, toute juste et toute délicate, il nous dépeint un âpre combat pour la liberté, une résistance ancrée dans le réel, dans le quotidien. Le roman s’ouvre entre les murs d’un internat sinistre, où les élèves sont enfermés au Ciel, une geôle souterraine et aveugle, pour expier le retard d’un autre pensionnaire. Il se poursuit dans les montagnes glaciales au milieu d’une tempête de neige, dans les cuisines d’un réfectoire pour ouvriers où l’on travaille à un rythme effréné, dans l’infirmerie de fortune d’un impitoyable camp d’entraînement.

Et en même temps certains passages vous donnent envie de vous installer au coin du feu avec une bonne tasse de thé sucré. En dépit de la tempête qui secoue les carreaux du refuge ou de la menace des hommes-chiens de la Phalange qui rôdent dehors, les personnages se blottissent les uns contre les autres, s’épaulent, se réconfortent. Quoiqu’il arrive, quelque part, on sait que « tout va bien ». Les personnages sont sans cesse menacés, la Phalange semble invincible et omniprésente, et la fin tirera des larmes même à un cœur de pierre – mais il y a à côté du côté terrible de cet univers un monde de délicatesse où Mourlevat met en scène des consoleuses énormes où « bras, épaules, seins ou ventre[,] tout se confond[…] en une douce chaleur », un peuple d’hommes-chevaux aux grands yeux humides et au visage bienveillant, ou encore « la voix de Milena » qui parle « à chacun et à chacune de ce qui lui [est] le plus secret ».

Le roman est superbe, je ne le nierai pas, et pourtant il y a quelque chose en lui qui ne m’a pas entièrement convaincue. Peut-être parce que j’étais encore bercée par l’émotion que m’avait procurée la lecture du Chagrin du roi mort. Quelque part, Le Combat d’hiver m’a semblé plus sévère, plus adulte que ce à quoi je m’attendais. Son ambiance a parfois quelque chose du conte, avec ces étonnantes consoleuses géantes, ces hommes-chiens inquiétants, ces hommes-chevaux doux et amusants, ce personnel monstrueux qui domine l’internat. Mais le roman est en même temps empreint d’un grand sérieux – dans ses problématiques, dans ses personnages principaux, dans les émotions qu’il procure. Et cet univers m’a moins touchée que celui du Chagrin du roi mort.

Mais, en dépit de cette petite réserve qui m’est propre, Le Combat d’hiver est un très beau roman, solide et émouvant.

Le Combat d’hiver, Jean-Claude Mourlevat (Gallimard Jeunesse, 2008)

La saga Entre Chiens et Loups

La sage Entre Chien et Loup, Malory Blackmann

La sage Entre Chiens et Loups, Malorie Blackman

J’ai découvert la trilogie de Malorie Blackman il y a de nombreuses années et pourtant, je la relie toujours avec autant d’intérêt, car elle me parait toujours aussi juste et «  d’actualité ».

L’originalité de cette trilogie repose en grande partie sur son univers de référence, une sorte de miroir inversé de notre société. En effet, dans le monde de Callum et Sephy,  ce sont les personnes noires, appelée les Prima,  qui sont au pouvoir, riches et toutes puissantes, tandis que les personnes blanches, les Nihil (d’un terme latin qui signifie « rien ») sont considérées comme des citoyens de seconde zone, méprisés et rendus coupables de tous les maux. La découverte de ce monde est donc un véritable choc culturel, néanmoins, cela entraine une véritable remise en question : cette disparité entre les personnes blanches et noires n’est-t-elle pas aussi absurde que celle que l’on peut effectivement rencontrer dans la réalité ?

L’autre point fort de cette trilogie réside également dans le caractère polyphonique du récit, qui propose les visions croisées des différents protagonistes vivant les mêmes événements. Cela permet ainsi au lecteur de dépasser une impression trop manichéiste qui aurait surement existé si l’histoire n’avait été narrée que du point de vue d’un seul personnage. En effet cette multiplicité des récits nous permet de comprendre qu’aucune action, aucune décision n’est simple, et l’on peut ainsi se rendre compte que finalement, la vie de chacun est intimement liée à celle des autres, qu’une mauvaise décision peut avoir des répercussions non seulement pour celui qui la prend, mais aussi pour les personnes qui le côtoient, et ce parfois même sur plusieurs générations.

Il est en effet question de différentes générations tout au long des trois romans, depuis les parents de Sephy et Callum, jusqu’à Calli Rose. Dans le premier tome, Entre Chien et Loup, l’intrigue est principalement centrée sur le couple Sephy / Callum qui ne sont alors que des ados, pris dans les problèmes de leurs familles respectives, entre le père de Sephy qui est un puissant politicien et la mère de Callum qui est l’ancienne nourrice de la jeune fille. Entre amour et haine, les deux jeunes gens se déchirent pour mieux se retrouver … jusqu’au point de non retour. 

Le deuxième tome, La Couleur de la haine, met l’accent sur un autre membre de la famille de Callum, son frère Jude qui est devenu un véritable terroriste anti Prima mais qui tombe malheureusement amoureux de l’une d’entre elle. Cruel dilemme pour celui qui entendait consacrer sa vie à venger sa famille … Ce tome est aussi l’occasion de faire la connaissance de Callie Rose, la fille de Sephy et Callum. On retrouve ensuite la jeune fille dans le troisième tome, Le Choix d’aimer, à peu près à l’âge qu’avait sa mère à l’époque du premier tome. Mais entre mère et fille, les relations sont tendues, voire explosives …

Un quatrième tome existe, mais je ne l’ai pas encore lu car j’avoue que je crains un peu d’être déçue. Il s’est écoulé tellement de temps entre la sortie du troisième tome et du quatrième que me suis demandé si l’auteur avait vraiment continué l’histoire parce qu’elle avait encore de quoi écrire ou s’il s’agit d’un geste purement commercial. D’où mon hésitation à lire Le Retour de l’Aube, car je ne voudrais pas achever cette saga sur une mauvaise impression.

Quoi qu’il en soit, je vous invite à découvrir ces romans qui sont à la base étiquetée « littérature pour adolescents » mais qui pourraient aussi séduire les adultes par les thèmes abordé, l’univers construit et la narration si originale. 

 Entre Chiens et Loups, La Couleur de la Haine, Le Choix d’Aimer, Le Retour de l’Aube, Malorie Blackman (Milan)