Le Chien de guerre et la douleur du monde

Le Chien de guerre et la douleur du monde, Michael Moorcock

Le Chien de guerre et la douleur du monde, Michael Moorcock

Michael Moorcock, connu pour ses antihéros remarquables à la tête desquels se dresse Elric de Melniboné, nous raconte ici la quête de von Bek, le Krieghund, un sombre capitaine de mercenaire dont le destin n’est pas sans rappeler celui de Faust.

Dans une Allemagne détruite par la guerre de Trente Ans, au cœur d’un monde qui semble toucher à sa fin, Ulrich von Bek en vient à ne plus croire en rien et, au lendemain d’un énième massacre, abandonne ses hommes et fuit. Il cavale jusqu’à la profonde forêt de Thuringe, « frontière entre la Terre et l’enfer », et y découvre un adorable petit château où il décide de se reposer quelque temps. La demeure, malheureusement, appartient à Lucifer en personne. L’Ange Déchu reçoit von Bek dans sa bibliothèque pour lui proposer un pacte : en échange de son âme damnée, le mercenaire devra lui rapporter le remède à la douleur du monde – le Saint-Graal. Ni une, ni deux, von Bek accepte et traverse l’Europe réelle et surnaturelle pour mettre la main sur ce trésor légendaire.

À l’instar d’une partie du cycle d’Elric, que j’ai eu l’occasion de lire, le roman souffre de son vieillissement. Dans cette petite œuvre de deux cents pages, les raccourcis sont fréquents : un regard conduit à l’amour le plus fou, un sourire scelle l’amitié la plus fidèle et un bref dialogue fait naître une haine horriblement tenace entre deux personnages qui ne s’étaient encore jamais parlé. Le voyage de von Bek est également rapporté à toute allure, après une longue introduction et en dehors de quelques scènes bien plus développées. J’aurais parfois aimé que l’auteur s’arrête davantage dans l’un des pays qu’il n’évoque qu’en passant et qu’il s’attarde un peu moins dans le château de Thuringe ; et le style de Moorcock se révèle parfois un peu trop expéditif à mon goût.

Cependant, l’œuvre est plaisante. L’imaginaire de notre auteur est foisonnant, et le voyage de von Bek propre à nous le prouver. Nous visitons des pays réels déchirés par une guerre absolument hideuse, massacres et tueries s’accumulant dans un paysage de plus en plus apocalyptique, en phase avec l’évolution du roman. Nous basculons parfois dans la Mittelmarch, un monde parallèle à notre Terre, où les saisons sont inversées et où on trouve des pays et des êtres épatants : des ermites farfelus, des guerriers jaillis de l’enfer, d’effroyables aigles géants, un dragon, des démons, un génie dans une bouteille… et une volière extraordinaire laissée à l’abandon. Je ne peux pas m’empêcher d’évoquer aussi le personnage de Philander Groot, un curieux ermite-magicien amateur de mode française. Sans parler de toutes les références historiques et littéraires que revisite l’ouvrage : la quête du Graal, le pacte avec le diable, les légendes évoquant la fin du monde…

C’est au final une petite pièce fort appréciable que nous sert encore Moorcock. Si le cycle d’Elric ne m’avait pas toujours été convaincue, j’avais été frappée par l’imagination de l’auteur, les paysages et les nations étonnantes qu’il instaurait et ses personnages parfois grandioses ; j’ai eu plaisir à redécouvrir ces différents aspects dans le bref Chien de guerre et la douleur du monde.

Le Chien de guerre et la douleur du monde, Michael Moorcock (Pocket, 2000)

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