La Cité infernale (The Elder Scrolls I)

Cité infernale

La Cité infernale, Greg Keyes

Quand on tombe sur un livre dont la couverture indique en grandes lettres rouges « Un roman tiré du jeu vidéo The Elder Scrolls », on a de quoi s’inquiéter. Pourtant, pourtant, le nom de l’auteur rassure : je me méfie comme de la peste des adaptations vidéoludiques mais, quand elle est signée Greg Keyes, je peux lui accorder un certain crédit.

Ce cher Keyes avait de l’or entre les mains : l’univers de The Elder Scrolls est en effet fourmillant d’idées – les amateurs de Morrowind, d’Oblivion ou plus récemment de Skyrim pourront le confirmer. Sur un fond de fantasy classique (on maniera des épées, on rencontrera l’empereur, tout ça, tout ça), les jeux de cette série accordent au joueur une complète liberté de mouvement et le laissent décider pleinement de son parcours, choisir de se spécialiser dans telle ou telle discipline et changer en cours de route, s’atteler à la quête principale ou l’abandonner pour partir à la cueillette aux champignons ; tandis qu’il pourra découvrir l’univers de Tamriel, avec sa logique interne travaillée, son histoire, sa littérature, son architecture, sa faune et sa flore.

En y repensant, je songe qu’installer un roman dans un tel univers a dû être complexe…, demandant de rester suffisamment fidèle à Tamriel, un monde déjà bien établi, tout en ménageant une place suffisante à sa propre création. Keyes s’en est sorti… plus ou moins bien.

D’une manière générale, La Cité infernale fonctionne mal. La faute en incombe surtout à l’intrigue qui oscille entre un manque d’originalité et une complication continue des faits. Une cité flottante, Umbriel, surplombe Tamriel et trucide ou enlève toutes les personnes du continent qu’elle croise. Là-dessus, plein de petits héros en herbe surgissent pour l’arrêter – dont un jeune prince qui a tout à prouver, un mage brûlant de se venger et puis l’héroïne principale, une jeune inconnue pleine de charmes et de talents qui va sauver le monde. Et, si vous en doutiez, il y a aussi un complot contre la couronne à déjouer. Pour tout avouer, je n’aurais pas eu autant de reproches à faire à cette histoire si elle s’était déroulée ailleurs qu’à Tamriel. Mais, connaissant le potentiel de l’univers de The Elder Scrolls, j’ai été plutôt déçue que l’intrigue ne décolle pas davantage. Greg Keyes fait constamment l’effort de nous rappeler que nous sommes à Tamriel, mais on se retrouve avec une succession de références qui apparaissent comme plaquées : sucre de lune, skouma, Vivec (Vivec-ville dans la traduction), Anvil, daedras… On va bien croiser des Argoniens ou des Khajiits, assez bien mis en scène d’ailleurs, mais… tout cela prend une allure assez forcée.

Ne me faites pas non plus dire que La Cité infernale est complètement ratée, loin de là. Parce que ce roman, comme je l’ai souligné dès le début, a tout de même été écrit par Greg Keyes, l’auteur entre autres des fameux Royaumes d’épines et d’os, une très belle série de quatre volumes. Keyes écrit bien, rien à dire à ce sujet. Ses personnages, en dépit de leur rôle parfois caricatural, sont intéressants : Annaïg, qui passe son temps à expérimenter des potions ou de drôles de recettes de cuisine, a son petit grain de folie ; son ami Glim n’a pas la langue dans sa poche ; les habitants d’Umbriel ont chacun une allure curieuse ; l’espion Colin est intriguant. Et puis, il y a Umbriel – le territoire de Keyes. Une cité farfelue aux règles étonnantes, où l’on passe son temps à ramasser de la nourriture dans le puisard et à l’apprêter dans d’immenses cuisines pour les grands seigneurs. Avec Umbriel, Keyes s’éloigne des codes instaurés de Tamriel et s’amuse. On entre avec Annaïg dans une énorme cuisine dirigée comme un camp militaire et on la voit préparer des plats complètement délirants, faits de vapeurs et de senteurs. On suit Glim sous l’eau à la recherche de mollusques ou occupé à cultiver les vers qui deviendront plus tard des humains.

À partir de l’arrivée sur Umbriel, le roman prend une allure un peu plus personnelle. J’ai eu l’impression que Keyes prenait peu à peu possession de l’univers de The Elder Scrolls et réussissait à nous offrir des paysages plus véritablement « tamrielesques » au fil des aventures de ses héros. L’intrigue reste malheureusement conventionnelle et la résolution emberlificotée que nous propose ce premier tome ne la rend pas plus originale. Greg Keyes nous offre ici une adaptation vidéoludique d’une qualité plutôt appréciable, certes, réussissant à ajouter son grain de sel à un univers imposé. Mais, pour quelqu’un qui, comme moi, apprécie tout autant les jeux vidéo que l’auteur, l’expérience sera plutôt décevante, l’univers trop classique pour rendre hommage à la série et l’écrivain trop frileux pour réaliser un ouvrage qui lui soit vraiment propre.

La Cité infernale, Greg Keyes (2011, Fleuve noir)

2 réflexions au sujet de « La Cité infernale (The Elder Scrolls I) »

  1. Juste une précision : tu ne peux pas Tout faire dans les Oblivion and co. Aux dernières nouvelles, tu peux pas trucider les petits n’enfants, même si tu la joues mad méchant saligaud ^^

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