Filles à papa (Dad I)

Filles à papa, Nob

Filles à papa, Nob

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de critiquer une bande-dessinée. Première fois que je m’attelle à cet exercice… Mais enfin, avant même de lire le premier tome de Dad, je me sentais prête à en parler, touchée par la présentation que m’en avait faite la personne qui me l’a conseillé.

J’avais déjà croisé Dad en librairie, puis j’en avais vu quelques critiques plutôt positives de ci de là. Mais je n’avais pas vraiment eu loisir de la feuilleter… D’autant plus que je ne lis généralement les bandes-dessinées que lorsqu’on me les jette entre les mains.

Alors, Dad, c’est à première vue une histoire bien sympathique. On suit notre héros, « Dad. Juste Dad », un père de famille qui a raté sa carrière d’acteur et ses quatre histoires de couple, et se retrouve à élever ses (pestes de) filles en vivant de la pension alimentaire versée par sa première épouse (ainsi que nous l’apprend le premier tome). D’historiette en historiette, Dad devra donc composer avec ses quatre amours de filles, Panda une future avocate au sale caractère, Ondine qui ne pense qu’aux garçons et se teint les cheveux en rose, Roxane la sportive du lot, et Bébérénice encore en poussette. Il faudra nourrir ce petit monde, faire les courses, essuyer les mauvais regards des mères de famille à la sortie de l’école, emmener la plus petite au parc, surveiller les petits copains de la puinée, trouver un job… Tout un programme que le pauvre Dad peine à tenir, poursuivi par tout un tas de tracas de santé, le torticolis, la fatigue, les moustiques… D’autant plus que, malheureusement pour lui, ses filles sont loin d’être des anges et lui mènent la vie dure.

On va ainsi accompagner Dad au quotidien. Harcelé par ses filles, il gérera son stress en dévorant tout ce qu’il lui passe sous la main, mais trouvera parfois quelques instants pour nous faire profiter de quelques souvenirs du temps où il n’avait pas encore les cheveux gris. Les blagues se succèdent alors, entre ses inquiétudes vis à vis de ses filles et les bêtises qu’accumulent les quatre espiègles demoiselles, moqueuses, sournoises, impitoyables si elles veulent – et adorables quand elles le souhaitent. On rit, ou à défaut on sourit : sans être une franche rigolade, la bande-dessinée m’a vraiment semblé sympathique, mettant en scène tous les déboires de ce pauvre père de famille, et toutes les facéties des jeunes filles. On se moque de l’âge du paternel, de son ventre, de sa maladresse aux jeux-vidéo, de sa peur des maladies… Mais, au delà de la rigolade, la BD est aussi pleine de tendresse.

Et c’est à partir de là qu’on peut parler de l’autre émotion qui se dégage de ce livre : sous les gags, il y a une sorte de mélancolie sous-jacente. Nostalgie qu’on repère dans les souvenirs ressassés par Dad, lorsque ses filles étaient petites et lui-même plus brun, plus mince, destiné à devenir un acteur connu. Et aussi difficultés de la vie évoquées entre deux : la complexité de retrouver un travail digne de ce nom, le souci constant de plaire à ses filles, de s’occuper d’elles aussi bien que possible en étant seul à la maison, seul à s’inquiéter pour elles. Parce qu’il y a une grande absence dans ce livre, c’est celle des mères – on croisera brièvement celle de l’aînée, mais rien n’est dévoilé sur les trois autres.

Sous la rigolade, il y a donc cette autre dimension, ce côté « dures réalités de la vie » que rencontre ce père qui cache ses angoisses sous les clowneries. Et le portrait de famille en devient tout à la fois drôle, malicieux, touchant et réaliste. Dad, certes, ça prête à rire mais ça vous raconte aussi quelque chose de plus grave entre les blagues. Quelque part, cette situation de monoparentalité, de même que les graphismes, m’ont rappelé Lou ! de Julien Neel, qui nous raconte également avec beaucoup de sensibilité l’adolescence d’une jeune fille élevée par une mère célibataire et fantasque. Sauf qu’ici, dans Dad, Nob cède la parole au père, prenant à contrepied l’archétype de la femme au foyer.

Niveau graphismes, de mon point de vue de novice, j’ai trouvé ça coloré et charmant, un trait dynamique et amusant, fourmillant de détails (j’adore la piscine à balles qui nous semble gigantesque). Et comme j’apprécie énormément les pages de garde fourre-tout, ça tombait bien.

Bref, j’avais envie de vous recommander Dad, parce que cette bande-dessinée m’a mise de bonne humeur et qu’elle se révèle plus profonde qu’elle n’y paraît de prime abord. C’est le joli portrait d’une famille rapiécée, tout à la fois drôle et délicat.

Filles à papa, Nob (Dupuis, 2015)

Une réflexion au sujet de « Filles à papa (Dad I) »

  1. Voilà un excellent cadeau à faire aux pères embêtés par leurs filles, notamment sur leur poids… hi hi !
    J’espère trouver le temps de lire cette BD qui a l’air singulièrement charmante. Par ailleurs, ce thème de la monoparentalité reste extrêmement rare dans les productions françaises, que ce soit en BD, en roman, au cinéma… alors que beaucoup de familles actuelles se construisent sur cette réalité.
    ce que tu décris de ce père me fait par ailleurs étonnamment songer au Danglard dans les romans de Fred Vargas, qui est aussi un personnage qui bataille à chaque fois pour s’occuper de ses enfants.

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