Forteresse draconis (La Guerre de la couronne I)

Forteresse draconis, Michael Stackpole

Forteresse draconis, Michael Stackpole

Alors que je commence à organiser mes idées pour cet article, je me rends compte que critiquer un ebook relève d’un défi plus complexe que donner son avis sur un ouvrage imprimé. Feuilleter le livre, relire quelques passages précis se révèle plus difficile quand il faut se souvenir de reprendre l’histoire à tel pourcent et non plus à telle page. De plus, je n’ai pas le loisir de prendre le roman en photo, comme j’ai pris l’habitude de le faire dans mes articles précédents (à moins de photographier ma liseuse) (ou le câble de ma liseuse pour changer) (ou un pan de mur, tout aussi fascinant) (ou emprunter le livre à la bibliothèque et arrêter de me poser ces questions idiotes).

Bref, laissons cela de côté et venons-en à Forteresse Draconis ! Ce premier tome d’un cycle de fantasy américaine bien classique, La Guerre de la couronne, m’a pendant quelques pages (pardon, quelques pourcents) fait croire à une saga bien plus originale que ce que la couverture standardisée (dragon/château/guerre) et le titre en lui même (dragon/château/guerre) laissaient présager. On ouvre (ou allume dans mon cas) le roman pour être directement propulser sur un toit, de nuit, sous la pluie, à côté de Will l’Agile, un jeune voleur qui rêve de gloire et, en attendant, vit de ce qu’il peut rapiner. Quelques pourcents plus tard, Will tombe sur un mystérieux trésor, une étrange feuille argentée, puis est poursuivi par le propriétaire légitime de son larcin, avant de croiser au coin de la rue deux légendes vivantes qui le désignent comme le héros d’une prophétie et l’embarquent avec eux, par monts et vallées. Will n’y comprend rien mais il a quinze ans et envie de piller le monde, aussi les suit-il.

Mine de rien, ce début sur les chapeaux de roues a un petit côté bien efficace. Sans renouveler le genre, il donne au roman une petite touche d’originalité, alliée à un style convenable et à des personnages sympathiques. Ces derniers sont peut-être les éléments qui font vraiment tourner la boutique. Will, en premier lieu, a sa personnalité bien à lui, son langage de voleur des rues qu’il ne prend pas la peine de bannir devant les puissants du monde et une cleptomanie infernale, véritable fléau pour ses compagnons. Corbeau et Résolu, les deux larrons qui l’accompagnent, présentent sous les oripeaux des guerriers légendaires types des personnalités plus intéressantes, qui se dévoilent au fil de l’aventure – même si Corbeau tourne un peu trop au monsieur « belles paroles pleines de bon sens ». Et les autres personnages sont plutôt bien réussis, quand ils sortent des archétypes – à l’instar de Kerrigan, un jeune mage élevé par ses maîtres dans le but d’en faire un sauveur de la nation, et qui a profité de son enfance particulière pour devenir un gamin capricieux, glouton et pleurnicheur.

Malheureusement, la lecture bénie prend assez vite fin, et le roman retombe dans une certaine banalité propre à tout un pan de la fantasy. On nous dévoile le fond de l’affaire : la nécessité pour Will et ses compagnons de mettre fin à la tyrannie de Chytrine, une maléfique sorcière « de retour » pour envahir le monde. Surgissent alors des armées en marche, des forteresses assiégées, des duels légendaires contre une foultitude de serviteurs du mal et des draaaaaaaagons. Le roman y perd une partie de son rythme endiablé : d’épuisants dialogues sur la stratégie à adopter cassent la bonne allure de l’action, et une pluie de personnages secondaires en profite pour s’abattre sur l’histoire. Le charme n’est peut-être pas complètement rompu, mais l’histoire s’essouffle, les révélations sont pour beaucoup attendues, les batailles s’enchaînent et, même si la toute fin réussit à relancer l’action pour nous inciter à entamer le deuxième tome, le roman s’est achevé pour moi sous le signe de la déception.

Les intentions de départ étaient donc bonnes mais Forteresse draconis retombe vite dans un type de fantasy « banale », telle qu’on en a déjà vu dans mille autres bouquins. Mais si le roman ne m’a pas particulièrement marquée, je l’ai tout de même trouvé agréable à lire.

Forteresse draconis, Michael A. Stackpole (Milady, 2009)

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