La Fille de l’alchimiste

La Fille de l'alchimiste, Kai Meyer

La Fille de l’alchimiste, Kai Meyer

La Fille de l’alchimiste, déniché chez un bouquiniste strasbourgeois, trône sur mon étagère depuis plusieurs années. Mon exemplaire a un peu vécu, la couverture écornée, le coin des pages jaunis. Un lustre ancien pour un roman fantastico-horrifique.

C’est une grande histoire de famille. Christopher, orphelin de dix-sept ans, est adopté au début du roman par les Institoris, une riche maison logeant dans un antique château campé sur un îlot (un décor tout droit inspiré de L’Île des morts de Böcklin). Le jeune homme fait la connaissance de ses nouveaux parents, la mère Charlotte qui le couve comme un poussin, la fille aînée Aura qui le méprise, la cadette Sylvette qui l’adore et Daniel, l’autre fils adoptif, qui le déteste. Il ne manque plus que Nestor, le père, un vieux savant fou enfermé jour et nuit dans son laboratoire. Et comme Christopher est dévoré par une curiosité diabolique, il ne trouve rien de mieux que d’aller espionner son nouveau père dès son deuxième jour au château. Il découvre alors que Nestor est un alchimiste en quête de la vie éternelle et il décide de servir d’apprenti au vieil homme. Un jour avant qu’un assassin envoyé par un vieil ennemi des Institoris n’arrive au château.

Pendant ce temps, Aura Institoris, envoyée en pension au milieu des montagnes, tombe sous le charme d’un type qui essaie de la tuer et se voit mêlée à un trafic de jeunes filles enlevées et massacrées.

Le roman s’ouvre d’agréable manière. Le style est élégant, les décors sont réussis, avec cette ambiance à la Böcklin, ce château au bord de la mer qu’on ne peut rejoindre que par bateau et dont aucune fenêtre ne peut s’ouvrir. Le manoir est creusé de tunnels secrets, doté d’un grenier mystérieux où Nestor a fait aménager une serre emplie de plantes exotiques. Les autres décors mis en scène, monastère en Géorgie, pension sinistre dans les montagnes suisses, catacombes de Vienne et même l’étonnant atelier d’un fabricant d’yeux de poupée à Paris, aident eux aussi à l’installation d’une ambiance réussie, parfumée de romantisme allemand, où les personnages, troubles, passionnés, taciturnes, trouvent idéalement leur place.

Mais, si j’ai trouvé le cadre du roman original et même fascinant, l’intrigue n’a pas réussi à me convaincre. Kai Meyer traite d’alchimie et semble donc décider à évoquer dans son récit tout ce qui a trait à la recherche de l’immortalité. Bains de sang de vierges, relations incestueuses, drogues cultivées sur la tombe d’un cadavre, secrets gardés par les Templiers, hermaphrodisme, plongées dans le passé… Toutes ces manières donnant lieu à des assassinats, des complots, des secrets de famille bien gardées, des filatures, des courses-poursuites, des fusillades, de longs voyages un peu partout en Europe… La mise en scène, d’un épisode à l’autre, est plutôt aboutie, mais l’histoire dans son ensemble est difficile à suivre, multipliant les révélations et les rebondissements ; on a même droit à un « sept ans plus tard » au milieu du livre qui n’a fait que renforcer mon agacement.

De plus, j’ai eu du mal à avoir de la sympathie pour les protagonistes principaux. Christopher, en particulier, est un personnage complètement amoral, en dépit de tous les remords dont il se dit rongé. S’il m’avait initialement semblé intéressant, avec son goût pour les études, son étrange allergie à la colle à livres, ses réactions d’adolescent devenant adulte, le jeune homme m’a vite insupportée : obnubilé par sa quête de l’immortalité, il se fait criminel, complice de meurtre, maître-chanteur, et les regrets qu’il exprime sonnent complètement creux. Les autres personnages, plus sympathiques peut-être, restent cependant troubles : Charlotte devient de plus en plus folle au fil des pages, Aura s’automutile et développe un sacré syndrome de Stockholm… Tandis que quelques protagonistes semblent au contraire épargnés par cette soif malsaine de la vie éternelle : Sylvette rayonne d’un bout à l’autre du roman comme un soleil et Daniel a le rôle du malheureux personnage qui a été d’une faible utilité au début du bouquin et dont l’auteur cherche à se débarrasser au premier tournant venu.

En fin de compte, si l’ambiance est travaillée et le décor réussi, le récit s’emberlificote de pages en pages et les personnages ont des comportements parfois gênants, qui cadrent bien avec l’allure du roman mais ne les rendent pas plus appréciables. Ce livre est loin d’être inintéressant, cependant je l’ai trouvé trop brouillon et sinistre pour me convaincre de sa valeur.

La Fille de l’alchimiste, Kai Meyer (Le Livre de poche, 2005)

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