L’Apprenti assassin

L'Apprenti assassin, Robin Hobb

L’Apprenti assassin, Robin Hobb

« Promis, cette année, je lis enfin l’ensemble du cycle de L’Assassin royal ! » Voilà ce que j’avais proclamé en janvier 2013. Mais, puisque j’ai commencé à lire L’Apprenti assassin, premier tome du cycle, le 20 décembre dernier, il m’a bien fallu décaler d’un an cette belle résolution.

Devenu un classique de la fantasy depuis belle lurette, le premier cycle de L’Assassin royal (une trilogie en anglais, six tomes en français – dus à la manie du charcutage éditorial dans notre contrée) trône dans mes étagères depuis trois ans, et mon vieil Apprenti assassin tout écorné a fini par m’accompagner pour les dernières vacances. Périple dont il est revenu encore plus abîmé.

Initialement, je n’avais guère envie de découvrir ce cycle. Parce que je n’ai pas une passion très prononcée pour les récits à la première personne. Crainte du monologue sans place pour d’autres personnes, de l’autoflagellation ou de l’autocongratulation. Mais Robin Hobb est rusée : dès les premières lignes du récit, son héros se présente non comme un autobiographe, mais comme un historien, faisant ainsi de sa propre vie une aventure historique qu’il ne manquera pas d’inclure dans l’évolution des Six Duchés. Dans les faits, Fitz n’hésite pas à interrompre son récit pour nous avertir des différents évènements secouant son pays bien tourmenté ; de plus, chaque en-tête de chapitre nous permet de découvrir un point de l’histoire des Six Duchés, la biographie d’un personnage célèbre, la tournure qu’a pu prendre un incident de grande ampleur, la manière dont a été fondée la lignée royale… Autant d’éléments qui donnent à L’Assassin royal une toile de fond politique, juridique, topographique… extrêmement fouillée.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, L’Apprenti assassin, premier jalon de cette longue série (qui compte deux cycles), raconte à la première personne les aventures de FitzChevalerie, fils illégitime du prince Chevalerie, premier héritier du trône. Laissé à la charge de la famille royale à six ans, élevé dans un premier temps par le maître des écuries qui est le seul à se soucier un peu de lui, Fitz tombe un beau jour sous le nez du roi Subtil qui décide de faire de ce demi-sang un de ses outils les plus affûtés. Fitz commence donc le jour une éducation de fils de prince, tandis qu’il suit de nuit des cours d’assassinat. Aux côtés d’Umbre, son mentor, le garçon apprend ainsi à tuer les ennemis de son roi aussi silencieusement que possible et à effectuer toutes sortes de missions, larcin, espionnage, ambassade… Tout autour de lui, les Six Duchés évoluent à toute allure, alors qu’une bande de voleurs, les Pirates rouges, attaquent les côtes et que le trône est menacé.

Que vous dire à présent, si ce n’est que j’ai tout autant adoré ce roman aujourd’hui qu’il y a sept ans, lorsque j’ai découvert cette superbe saga ? L’écriture un rien scolaire est limpide et prenante, les personnages sont attachants, le scénario si bien filé et l’ensemble d’une complète solidité. Un ami me faisait bien remarquer qu’on n’y trouvait que peu d’action : vrai, puisqu’il faut laisser le temps à Fitz de s’éveiller, de découvrir le château, de raconter l’histoire de son pays… Le lecteur suit l’évolution du héros pas à pas, de sa tendre enfance à son adolescence – ses premières expériences, ses premiers sentiments, ses premiers assassinats également. Au final, accompagnant Fitz tout au long de son évolution, on ne s’offusque pas de ce manque d’action – récompensé d’ailleurs par les combats, bagarres, complots et voyages de nuit qui commencent à se multiplier tandis que le garçon grandit. De toute manière, quand on est assassin royal, on ne se destine pas vraiment à un métier reposant.

Le portrait du héros est soigné et Fitz se dévoile ainsi sans fard, équilibrant réussite et échec. Mais, si le récit est parfois touchant, souvent humain, il comporte par contre très peu d’humour. L’assassin royal se décrit d’emblée comme un être solitaire, renfermé sur lui-même et envahi de regrets. Dès son enfance, Fitz est une épine dans le pied, un bâtard dont on ne se soucie que pour l’utiliser. Son récit est teinté de mélancolie, d’une amertume qui est peut-être, en y réfléchissant après coup, la seule anicroche que je repérerais vraiment dans cet excellent roman. Mais c’est un défaut qui relève totalement de mes sentiments personnels, et n’altère en rien la grande qualité du premier tome de L’Assassin royal.

Ainsi donc L’Apprenti assassin mérite-t-il clairement le succès qu’il a connu à sa sortie et bien après sa sortie. Que ceux qui ne l’ont pas encore lu le lisent, c’est entendu, mais que ceux qui l’ont déjà lu le relisent : avec sept ans d’intervalle entre mes deux lectures, j’ai ressenti un plaisir égal à (re)découvrir les Six Duchés et les aventures de Fitz.

L’Apprenti assassin, Robin Hobb (J’ai Lu, 2001)

Une réflexion au sujet de « L’Apprenti assassin »

  1. C’est clair que Fitz et pas un gai luron de base, plus le fait qu’il sot le narrateur renforce ça, plus le fait que ce soit un des personnages les plus poissards que j’ai lu, ça tend à donner ce ton doux-amer (pas tant doux que pensif d’ailleurs). MAIS, c’est peut-être aussi en partie ça qui font des apparitions d’un « certain personnage » limite les moments les plus attendus, les respirations de bonne humeur dans le récit Fitzeux ^^

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