Le Puits des Mémoires

PuitsdesmémoiresIPuitsdesmémoiresIIPuitsdesmémoiresIII

 

Au commencement étaient les ténèbres.

C’est d’ailleurs ce que j’ai ressenti en ouvrant le premier tome du Puits des mémoires. Un auteur inconnu, un éditeur dont je n’avais presque pas encore entendu parler. Un roman que j’avais gagné complètement par hasard, moi qui n’avais jamais rien gagné de ma vie. Et aujourd’hui l’ensemble du Puits des mémoires s’aligne dans ma bibliothèque – non sans de très bonnes raisons.

Le cycle met en scène trois hommes, qui se réveillent durant le premier chapitre, sans mémoire, sans passé, sans identité. Perdus au milieu des montagnes, entourés de débris de chariots, ils décident de s’appeler Nils, Karib et Olen. Ils ne tardent pas à découvrir qu’ils sont pourchassés par une puissante armée, pour une raison dont ils ignorent bien entendu tout. L’amnésie collective comme situation initiale est une carte difficile à jouer, et Gabriel Katz ne s’en sort dans un premier temps pas parfaitement bien. Il est difficile de s’attacher immédiatement aux trois personnages. Les dialogues sont un peu plaqués, le style un peu sec et, par la force des choses, le scénario avance au début très lentement. Le roman s’embarrasse aussi de plusieurs clichés du genre : Karib se découvre mage, Olen guerrier et Nils dans un premier temps se classe plutôt parmi les acrobates et assassins ; répartition des classes assez classique. On croise aussi des nécromanciens, des cavaliers impitoyables… et l’univers mis en place propose des royaumes à inspiration moyenâgeuse.

Mais ces défauts ne sont finalement que des détails, au sein de cette série très bien maîtrisée. Le Puits des mémoires est curieusement équilibré : d’un bout à l’autre de l’histoire, la plupart des défauts et des qualités demeurent. Le style est parfois trop simple, l’humour souvent pesant ; mais à côté de cela, le cycle déborde d’une énergie infatigable. Le scénario est bien agencé, dévoilant au compte-gouttes les indices sur l’identité des trois protagonistes, soumettant le lecteur à un suspense presque constant. Nils, Karib et Olen portent une grande part du plaisir de la trilogie. Pleins d’allant et de verve, complices et provocateurs, les trois hommes se complètent à merveille et deviennent, au fil de la série, de plus en plus intéressants – mêlant à leur passé qu’ils redécouvrent lentement toutes les nouvelles expériences accumulées pendant leur amnésie. Animés d’une farouche volonté de s’en sortir, ils se font tour à tour mercenaires, soldats, gardes du corps, vendeurs de légumes… Ils voyagent d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, s’inventent toutes sortes d’identités en cours de route, croisent des alliés, des ennemis, d’anciens proches dont ils ne gardent aucun souvenir et auxquels ils doivent cacher leur situation.

Par petites touches, l’histoire et ses héros se construisent, les souvenirs retrouvés se mêlant aux redécouvertes d’une vie sans passé. L’ambiance est sympathique, le rythme est trop entraînant pour nous permettre d’abandonner la lecture. Sans sortir des sentiers battus, Gabriel Katz réussit à proposer une très bonne série qui a amplement mérité le prix Imaginales 2013.

Le Puits des mémoires, Gabriel Katz (Scrinéo) : La Traque (2012), Le Fils de la lune (2012), Les Terres de cristal (2013)

2 réflexions au sujet de « Le Puits des Mémoires »

  1. Ah c’est donc ça le livre où t’étais enquiquinée de ne rien pouvoir révéler du scénario ^^ Je vois pourquoi, vu le pitch. Du coup bien joué pour la critique ! Pour ma part résultat :une série de livres de plus qui me tente (…commence à y en avoir un peu trop en ce moment ^^)

    • Pour tout avouer, ce n’était pas celui-là ! L’impossible à résumer est « The City & the city » de China Miéville, que je te conseille vivement !
      J’ai acheté le troisième tome du Puits des Mémoires au salon du Livre, tu dois par contre t’en rappeler.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *