Le Sang des 7 rois I

Sang des 7 rois I

Le Sang des 7 rois I, Régis Goddyn

Avec son titre rouge et son illustration en noir et ivoire, Le Sang des 7 rois a fière allure. Premier tome d’une série de sept volumes, acquis à la librairie de l’Atalante à Nantes, ce roman m’a conquise, après quatre jours de lecture intensive entre métro, pauses-déjeuner et descentes d’escaliers.

La saga commence par l’enlèvement de deux enfants à Hautterre, petite vicomté complètement perdue au cœur des montagnes. L’enquête préliminaire menée par le sergent Orville (notre héros) révèle que le crime est plus étrange qu’il n’y paraît, et le vicomte fait avertir son souverain de ces étranges circonstances. Lequel en déduit qu’une rébellion qu’on croyait éteinte depuis des années se réorganise. Orville est alors élevé au rang de capitaine-ambassadeur, titre des plus prestigieux, et envoyé à la poursuite des voleurs d’enfants – tandis qu’il se trame des choses bizarres entre les puissants du royaume…

Et, en terme de « tramage de choses bizarres », le roman est assez méritoire. On s’attend bien à ce qu’un cycle de sept tomes dispose d’un scénario fouillé, d’une intrigue complexe, et on s’attend également à être un peu perdu au début du premier tome de ce cycle, le temps de s’imprégner de l’univers mis en place par l’auteur. Rien de mal à enrober le début de sa série d’énigmes et de secrets. Malheureusement, à mon avis, Régis Goddyn entretient un peu trop longtemps le mystère – nous invitant à assister à des réunions entre les différentes forces au pouvoir où tout le monde est au courant de tout sauf le lecteur. Théocrates, Gardiens, capitaines-ambassadeurs, rois… chaque faction connaissant une part de l’affaire et ayant son but propre, généralement en désaccord avec ceux des autres groupes. Chacune débattant en particulier du sang-bleu, cœur de l’intrigue, un sang que possèdent certaines personnes, les dotant d’une longévité impressionnante et de différents pouvoirs surnaturels.

La mise en place pénible des évènements est d’autant plus difficile que le seul personnage qui, à l’instar du lecteur, ne connaît presque aucun tenant ou aboutissant de l’histoire vadrouille pendant un demi-roman dans les montagnes. Les passages avec Orville, s’ils n’aident pas vraiment à clarifier le scénario, sont des pauses bienvenues entre le déchiffrage des intrigues des puissants. On délaisse les religieux et les politiques pour la traque haletante, les nuits glaciales, les forêts envahies de brigands, et ce sympathique bougre d’Orville nous conduit de rebondissements en imprévus. Et lorsqu’au sortir des montagnes, il finit par obtenir quelques clés de l’histoire, nous voilà réconciliés avec le scénario, aptes à savourer confortablement cette œuvre intéressante.

Car, au bout du compte, le roman est réussi. L’enchaînement des évènements est entraînant, les personnages centraux, Orville et Rosa, ou d’autres plus secondaires comme Hautterre et les exilés de l’île du Goulet, sont fort bien mis en scène, et les décors sont décrits avec une belle finesse d’écriture, un souci du détail qui donne au style de Régis Goddyn une patte vraiment caractéristique – rendant quelque part le roman rude, à l’image des crêtes sauvages que parcourt Orville, et à l’image des hommes qui peuplent ce récit, confrontés à une réalité âpre (il n’y a par ailleurs que fort peu de personnages féminins vraiment présents).

J’aurais certes aimé une intrigue un peu moins emberlificotée, qui m’aurait permis de profiter plus pleinement de ce premier tome, mais style, décor et péripéties m’ont réellement comblée. L’ouverture du Sang des 7 rois, sans être parfaite, est réussie à plus d’un titre et promet un cycle d’une grande valeur.

Le Sang des 7 rois. Livre premier, Régis Goddyn (L’Atalante, 2013)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *