La Légende du roi errant

La Légende du roi errant, Laura Gallego Garcia

La Légende du roi errant, Laura Gallego Garcia

La Légende du roi errant m’a fait revoir mon jugement sur l’œuvre de Laura Gallego Garcia. Avant de m’attaquer à La Légende…, j’avais déjà eu l’occasion de lire les Chroniques de la Tour, une trilogie de fantasy assortie d’une préquelle qui nous proposait des mages, des elfes et des loups-garous par poignées, ainsi que le premier tome d’Idhun, engagement dans une autre saga de fantasy d’un acabit semblable : univers classique, personnages habituels, en dépit d’une ambiance générale sympathique. Sans avoir détesté, je n’avais pas vraiment été convaincue par ces différents romans.

Et, alors que je n’attendais rien de La Légende du roi errant, ce livre-ci m’a réellement, agréablement, surprise. L’histoire commence dans le royaume de Kinta, une ancienne patrie sise dans l’Arabie actuelle, où vit Walid, héritier du trône et poète renommé. Le jeune homme, pour prouver la qualité de son art à son père, organise un concours de poésie qu’il s’attend à gagner. Or, les jurés désignent comme lauréat à sa place Hammad, un vieux tisseur de tapis inconnu. Walid tente, au cours des deux années suivantes, de regagner le même concours, mais chaque fois Hammad le surpasse. Dévoré par la jalousie et la colère, le prince impose au vieil artisan une série d’épreuves pour le détruire lentement. Bien plus tard, sa vengeance assouvie, Walid devenu roi sent poindre la culpabilité et s’exile dans le désert afin de retrouver un tapis magnifique qu’Hammad tissa sur ses ordres.

Et le roman est une vraie perle. Tout d’abord, la narration est solide, proposant tout un tas d’évènements, de rebondissements, de péripéties comme peuvent en connaître les légendes. On y trouve décor historique, aventure épique et un brin de fantastique, et la quête de Walid nous conduit du riche palais de Kinta aux pistes du désert, que sillonnent les bandits, les bédouins, les caravanes de marchands… et les djinns. Le rythme n’est certes pas endiablé, et le roman manque parfois de tonicité, mais l’ensemble de l’histoire est d’une belle qualité et suffisamment riche pour ne jamais nous ennuyer.

L’un des aspects les plus attrayants de ce roman, cependant, a résidé pour moi dans la « mise en scène » de la poésie. Les différents artistes de l’histoire composent des qasidas, une forme poétique arabe d’autrefois, extrêmement codifiée, que La Légende du roi errant tente de faire revivre. Une qasida se constitue, comme cela nous est expliqué dans le roman, d’un nasib, qui évoque la femme aimée absente, d’un rahil, voyage du poète dans le désert, et d’un madih, la louange d’une personnalité importante. Pendant les concours de poésie, le jury souligne que les poèmes de Walid manquent de « cœur » et de beauté intérieure, comme s’il n’avait connu ni femme à aimer, ni désert à parcourir, ni personne digne de louange. Or, une fois le prince poussé à l’exil par la culpabilité, le roman prend l’allure d’une immense qasida : chaque étape du voyage, qui est marquée à chaque fois par la rencontre avec l’un des fils d’Hammad, correspond à l’une des parties de la qasida, nasib, rahil et madih. C’est tout à la fois l’initiation du poète à laquelle nous assistons, et l’initiation de l’homme – puisque Walid, n’étant plus prince, plus roi, plus rien, cherche à trouver sa route dans le désert et ne cesse de changer de ville et de profession, au gré de son enquête pour retrouver le tapis qu’Hammad lui a tissé.

Très adroitement construit, ce roman a ainsi plein de choses à nous apprendre, ne serait-ce que par son ancrage historique et culturel atypique. Voilà une merveilleuse manière de me réconcilier avec une auteure dont je jugeais, jusque-là, les écrits plutôt légers. Allez savoir pourquoi, à présent, je me lancerais bien dans le deuxième tome d’Idhun.

Laura Gallego Garcia, La Légende du roi errant (La Joie de lire, 2005)

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