Les Héritiers (Les Outrepasseurs I)

Les Héritiers, Cindy Van Wilder

Les Héritiers, Cindy Van Wilder

Tout d’abord, un grand merci à Babelio et aux éditions Gulfstream pour m’avoir permis de lire ce roman en avant-première (et, remarque ajoutée juste avant la publication de l’article, merci aussi pour la fort sympathique rencontre avec l’auteur !).

Avec sa couverture élégante, aux motifs dorés, le premier tome des Outrepasseurs m’a fait bonne impression dès que je l’ai déballé. Je me suis jetée dans sa lecture à corps perdu, sans savoir à quoi m’attendre, et je l’ai refermé une poignée de jours plus tard, ravie d’avoir pu découvrir ce très bon bouquin.

Les Héritiers s’ouvre à Londres, à notre époque, dans l’univers quotidien de Peter, un garçon sans histoires qui rentre tranquillement chez lui un soir de novembre. Et là, tout bascule : une horde de chiens monstrueux se jette sur lui pour le tuer et sa mère apparaît, sous une forme animale, pour le sauver. Épouvanté, Peter est conduit dans une mystérieuse demeure londonienne et plongé (littéralement), avec plusieurs autres jeunes gens de son âge, dans d’étranges souvenirs : l’histoire de la malédiction qui frappa ses ancêtres et contraignit ces derniers à fonder la société des Outrepasseurs. Le roman alterne alors entre les réactions de Peter, à l’époque moderne, et le récit de ses aïeuls, au Moyen-âge.

Le passage d’une temporalité à une autre est au début un peu perturbant, d’autant plus que la première plongée dans le passé met immédiatement en scène le Chasseur, un être imaginaire sorti de nos contes et légendes, une touche de fantastique de plus dans un récit pour le moment très énigmatique. Mais l’intrigue se déroule ensuite plus clairement, quand on revient à des narrateurs plus humains : Niels le Flamand qui aime tant travailler la terre, son fils Arnaut qui ne lui ressemble en rien, Grimbert le fèvre qui règle les conflits du village, les compères Pierre et Richard, toujours à s’écharper pour des broutilles… Le décor moyenâgeux se met en place, un bourg en rase campagne comme il en a tant existé, une vie difficile, un quotidien teinté de religion et de superstition mêlées, des amitiés, des alliances et des commérages qui rythment la vie de tous les jours – tandis qu’un moine, élément perturbateur, arrive sur place pour enquêter sur de mystérieux incidents. Dans l’air, flotte un parfum de drame, et une fable d’autrefois commence à se tisser. Aussi, quand Peter reprend pour la première fois son souffle à son époque, le lecteur est attrapé : nous n’attendons qu’une chose, que le héros replonge et que nous en apprenions davantage sur ce qu’il s’est passé autrefois.

Or, l’autrefois nous propose un délicieux conte, tel qu’on pouvait en partager dans les chaumines lors des veillées. Un petit côté Bête du Gévaudan, chasse au dahu, chevalier perdu dans des bois hostiles, poète enlevé par les fées… Je possède un goût tout particulier pour ces histoires au parfum d’antan, qui nous font errer au cœur des bois sinistres ou au travers des landes venteuses. Hantée par tous les souvenirs que j’ai pu avoir de fés, sorcières et garous, j’ai trouvé que quelques éléments de l’intrigue étaient prévisibles, mais mon plaisir de lire n’en a pas été troublé. L’ambiance est savoureuse et bien posée, un rien de peur et de suspense nous pousse à tourner les pages et à découvrir ce qu’il arrivera à ces paysans, dont la vie simple bascule lorsqu’un fé s’intéresse à l’un d’entre eux.

Et le long souvenir moyenâgeux s’achève, comme un récit à part entière, qu’on pourrait lire indépendamment du reste du roman. Le retour au présent se passe… plutôt bien, mieux que je l’aurais cru. Car, j’avoue, le début du roman m’a posé problème. Le prologue ne m’a pas vraiment aidée à entrer dans l’ouvrage, et le personnage de Peter m’a vite insupportée. Les plongées dans le passé apportaient une interruption bienvenue dans un récit qui, initialement, ne me convainquait pas. Cependant, la fin du roman m’a réconciliée en partie avec le héros, dont les réactions m’ont paru plus naturelles et moins exagérées que dans le premier chapitre. Mais, ayant été quasi-coupée du présent et de Peter pendant une grande partie du roman, je ne me suis pas attachée à son personnage et je reste plutôt sur ma faim en ce qui concerne les protagonistes principaux et leur histoire actuelle. Quand bien même les tomes suivants répareront très certainement cela.

Un dernier point m’a chiffonné : le roman est ponctué de petites notes, explicitant tel ou tel terme (vouivres, catharisme, Chasse sauvage…). Elles ont curieusement gêné ma lecture, et j’aurais préféré un glossaire à la fin de l’ouvrage ou une autre manière de les intégrer – car, étant purement indicatives, elles interrompent malheureusement le bon cheminement du roman. Mais ceci n’est qu’un détail, compensé d’ailleurs par les annexes bienvenues, arbre généalogique et liste des personnes qui permettent de s’y retrouver dans les différentes familles composant les Outrepasseurs.

En somme, le roman est réussi. Il m’a fallu plusieurs pages et une première plongée pour véritablement l’apprécier, mais j’ai énormément apprécié ce récit d’autrefois, héritier des vieilles légendes au coin du feu. J’aurai, je pense, grand plaisir à découvrir les tomes suivants, tout en espérant m’attacher réellement au héros, peu mis en scène pour le moment.

Les Héritiers, Cindy Van Wilder (Gulfstream, 2014)

3 réflexions au sujet de « Les Héritiers (Les Outrepasseurs I) »

  1. belle critique. elle me donne envie de me lancer dans cette « saga » car j’ai lu plusieurs autres critiques enthousiastes.
    ce n’est pas mon univers habituel mais mes goûts sont en train de changer.
    joli blog aussi. j’aime bien l’idée de la gourmandise dans le plaisir de lire.
    a bientôt.

  2. Je viens de finir ce livre et bizarrement c’est vrai que je me suis plus attachée aux ancêtres de Peter qu’à lui alors qu’il est le héro du roman. A chaque fois qu’il revenait à la surface, j’étais pressée de le voir replonger pour continuer le récit de la malédiction. J’ai hâte de voir comment le personnage va maintenant évoluer dans les tomes suivants.

    Merci encore pour ce joli cadeau.

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