Les Mensonges de Locke Lamora (Les Salauds Gentilshommes I)

Les Mensonges de Locke Lamora, Scott Lynch

Les Mensonges de Locke Lamora, Scott Lynch

Ce roman est juste génial, lisez-le !

J’avais découvert, dévoré, adoré Les Mensonges de Locke Lamora une première fois, en le lisant à mon arrivée à Paris – il y a de ça quelques années. La sortie française du tome 3 des Salauds Gentilshommes chez Bragelonne, qui a fait grand bruit en mars dernier, m’a donné envie de replonger dans le premier tome, reçu à point nommé comme judicieux cadeau de Noël.

Pour ceux qui l’ignorent encore, Les Mensonges de Locke Lamora introduit les péripéties de Locke Lamora, voleur d’élite, as du déguisement et du mensonge, bretteur plus que moyen et inventeur de traquenards incroyables. Pour tout un chacun, Locke n’est qu’une fripouille parmi d’autres, qui travaille pour le capa Barsavi, grand patron de la pègre de Camorr. En cachette, cependant, il se révèle être la Ronce de Camorr, un voleur légendaire qui ruine les riches et échappe à une police pas tout à fait certaine de son existence. À la tête de ses Salauds-Gentilshommes, son groupe de gredins, Locke se prépare en début de roman à dévaliser la noble famille des Salvara – tandis qu’un mystérieux individu surnommé le Roi Gris assassine les chefs de bande locaux, au nez et à la barbe d’un capa furibond.

Le roman est en outre entrecoupé de scènes tirées du passé de Locke et de ses acolytes, Jean Tannen, les jumeaux Sanza puis Moucheron (et la bien secrète Sabetha qu’on ne rencontrera pas). Tous des orphelins recueillis et instruits par le père Chains, prêtre dévoué au Treizième, le dieu des voleurs.

Et ce bouquin est une merveille ! Un immense chaudron d’inventivité d’où s’échappent des volutes aux mille odeurs. La Camorr fluviale proposée par Scott Lynch est chatoyante, colorée, bruyante, vivante et grouillante – tour à tour lumineuse et sans pitié. Nous visitons la triste Colline des Ombres, cimetière locale, les Taudis de Bois où s’entassent les épaves, de sinistres quartiers comme Prendfeu, Pleutcendres ou Fumehouille ; et, en contrepoint, des lieux plus paisibles, le calme parc des Deux Argents, le confortable Recoin Nord, les Cinq Tours qui dominent la ville. Nous invitant au cœur des quartiers, les héros nous font voir les lieux les plus surprenants : de la « vaste carcasse dématée » qui sert d’antre du capa à la Tour Brisée, de l’extraordinaire cave du temple de Perelandro au sinistre Trou-Qui-Résonne, de la maison des Roses de Verre au fabuleux Bief du Corbeau, en passant par toutes les références aux pays voisins.

Doter son œuvre d’une cartographie aboutie et d’une toponymie plaisante n’est cependant qu’une étape dans la construction d’un univers aussi fouillé que celui que nous propose Scott Lynch. Camorr vit, respire et palpite entre les pages du roman, ça grouille d’habitants et de bestioles, d’habitudes de vie et d’éléments de détail. À l’instar des Salauds-Gentilshommes qui ont reçu une éducation universelle, le lecteur aborde une foultitude d’aspects du quotidien de la cité. Grands évènements, telle la Foire aux Mâchoires, Beaux Arts de la table et mets subtils (les phantasmavola, ah !), cultes et traditions – le tout traité avec originalité et humour souvent noir. On voit, on admire, et on guette Locke et ses tours pendables au milieu de cette marmelade de faits et d’activités.

L’univers est pour moi l’atout le plus brillant de ce premier tome. Le reste demeure bien éclatant également. Les personnages sont attachants, fascinants, Locke lui-même brille sur la scène et ses plans qui « balaye[nt] ses pensées comme un équipage pirate abordant un bateau » sont géniaux à découvrir. J’ai eu cependant quelques regrets : l’histoire suit un rythme assez saccadé, souvent interrompue par les Interludes qui nous rapportent les souvenirs des Salauds-Gentilshommes. On assiste aussi, vers la fin du roman, à quelques scènes comiques (en particulier celle à la banque Meraggio) qui trouvent un peu brutalement leur place dans un récit qui tourne à l’aigre et à la tragédie. Et le Roi Gris demeure finalement assez plat et assez simple, comparé à un Locke hyperactif et à un Jean Tannen possédant des tas de ressources inattendues.

Petites épines dans le récit, ces quelques critiques n’altèrent pas beaucoup la qualité de l’ouvrage. C’était un véritable délice d’avaler pour la seconde fois le grand nombre de pages des Mensonges de Locke Lamora. Il serait plus que temps que je m’attèle à la suite qui, si j’en crois les critiques des uns et des autres, vaut aussi son pesant d’or.

Les Mensonges de Locke Lamora, Scott Lynch (J’ai Lu, 2013)

Petit plus pour les intéressés, un article plutôt intéressant sur la cartographie de Camorr a été publié sur Elbakin.net : http://www.elbakin.net/fantasy/news/Suivez-nous-dans-les-rues-de-Camorr

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