Magies secrètes

Magies secrètes, Hervé Jubert

Magies secrètes, Hervé Jubert

L’étonnant et exubérant Magies secrètes trouve joliment sa place dans notre confiserie. Il s’agit d’un bocal à bonbons empli de couleurs, duquel on tire des poignées de références à déguster. L’univers proposé ici par Hervé Jubert est riche et sucré à foison…

Notre héros, Georges Beauregard, est un charmant jeune homme ambitieux, qui enquête pour le compte du Ministère des affaires étranges sur des méfaits extraordinaires, et qui abrite dans son hôtel particulier tout un tas de créatures féériques sans abri. Voyageant à bord de son briska au travers des rues de Sequana, pendant merveilleux du Paris du XIXe siècle, il se trouve confronté à toute une série d’évènements étranges causés par un masque meurtrier.

Le scénario est ainsi posé, et en cela moyennement réussi. C’est peut-être là le plus important des défauts de ce roman par ailleurs fort plaisant. L’histoire patauge. Il est difficile de s’attacher à la trame qui avance péniblement, par à-coups : des révélations et des indices surgissent de nulle part, les crimes n’ont ni queue ni tête, Beauregard semble souvent se moquer comme d’une guigne de l’ultimatum envoyé par l’assassin. Comme beaucoup de romans de fantasy à trame policière, la magie se mêle un peu trop de ce qui ne la regarde pas et rend l’enquête confuse et maladroite.

Mais, mais, mais Magies secrètes est, je l’affirme pourtant, un roman excellent ! On l’ouvre et on s’y perd, baladé de la réalité à la Féérie, de la vérité historique au réaménagement merveilleux, du vieux Paris à la splendide Sequana. L’univers de Jubert est gouverné par Obéron III, aux airs de Napoléon III, qui persécute la Féérie circulant librement sur son territoire. Au travers de ses multiples promenades, Beauregard nous fait découvrir Sequana, cité merveilleuse menacée par d’importants travaux de réaménagement urbain, reflets de ceux que connut Paris. La fiction s’empare alors de la réalité, déforme d’innombrables références tout à la fois historiques, littéraires, artistiques ou topographiques. On croise à la fois des grands noms comme Edgar Allan Poe, Gustave Doré ou Gérard Labrunie (plus connu sous son pseudonyme), et d’autres moins réputés, comme Jacques Collin de Plancy, auteur du Dictionnaire infernal (Les curieux pourront aller vérifier, cet écrivain parle bien du Moine bourru dans son ouvrage !). Le roman est comme une malle aux trésors, débordante d’indices, de références, de renvois, d’allusions…

À ces évocations à notre réalité, s’ajoute un immense bestiaire du monde féérique, presque exhaustif. Toutes les mythologies et les légendes sont sollicitées, et les êtres magiques se mêlent à la cité avec simplicité : les ondines nagent dans les cours d’eau, les basilics hantent les égouts, les muses se produisent dans les théâtres… On croise la déesse Isis dans la cuisine de Beauregard, puis Barbe-Bleue se produisant sur scène, on rencontre les dames du bois qui attirent à elles les amoureux pour les pendre, ou encore les ardents du bal du même nom. Tout y passe : mythologies anciennes, contes traditionnels, légendes urbaines…

Ce bric-à-brac est parfois un peu envahissant. La multiplicité de références, associée à la richesse du langage et à une certaine préciosité du style, épuise, égare. On relève la tête du roman les yeux pleins d’étoiles, mais l’esprit embrumé. Impression appuyée par les nombreuses notes qui peuplent le récit : des notes intéressantes, expliquant un aspect de l’univers complexe de Jubert, racontant une anecdote, citant un ouvrage célèbre à Sequana – mais qui interrompent l’histoire et ajoutent davantage de désordre au roman.

Qu’importe, Magies secrètes est un délice ! S’il s’éparpille un peu trop et si l’histoire ne remporte pas complètement mon suffrage, il propose un univers extraordinaire et riche à souhait.

(Ce roman fut couronné du Grand Prix de l’Imaginaire 2013, catégorie Roman jeunesse francophone.)

Magies secrètes, Hervé Jubert (Le Pré aux clercs, collection Pandore, 2012)

 

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