Quelques minutes après minuit

Quelques minutes après minuit, Patrick Ness

Quelques minutes après minuit, Patrick Ness

J’ai entre les mains un livre et un roman magnifique.

Commençons par le roman. L’histoire en est brutalement sombre… Le jeune Conor est un adolescent persécuté au collège, fils de parents divorcés, élevé par sa mère gravement malade et tourmenté par sa grand-mère acariâtre. Comme si cela ne suffisait pas, il est hanté par le cauchemar, « celui avec les ténèbres et le vent et le hurlement », un rêve abominable qui le visite à tout instant depuis que sa mère est tombée malade. Autant dire que vous n’allez pas beaucoup rire en lisant ce bouquin…

Et voici que l’étrange se mêle du réel. Une nuit, à minuit sept, Conor est réveillé par le cauchemar et découvre un monstre dans le jardin. Un monstre immense, dissimulé dans le très vieil if du cimetière. Un monstre qui vient avec trois histoires de mort, de trahison et de mauvais hommes et qui attend que Conor livre sa propre histoire.

Destiné à la jeunesse, Quelques minutes après minuit s’attache à de pénibles problématiques. Mort, maladie, deuil, solitude, folie… Patrick Ness trouve ici une très juste mesure pour aborder ces questions difficiles et en parler aussi ouvertement que possible. Le roman blesse, retourne le couteau dans la plaie : Conor s’enferme dans son désespoir et sa colère, de plus en plus tourmenté au fil des pages, au fil des histoires du monstre. Rien n’est épargné, rien n’est caché – et la tragédie en est d’autant plus sublime. Pourtant, pourtant, quoique violent, brutal et douloureux, le roman est bien plus triste que sinistre. Oh, vous en verserez, des larmes, je vous le promets ! Mais vous refermerez Quelques minutes après minuit avec un sentiment de profond réconfort – car quelque chose aura été dit.

Et, de toute manière, le récit aussi noir soit-il est d’une grande beauté. L’écriture de Patrick Ness est vivante, peuplée de figures et de tournures efficaces, capable de rendre avec peu de moyens et beaucoup de poésie une expression de sentiments sans fard. Ajoutez à cela un grand talent de conteur, avec la figure magnifique de son monstre-pin aux contes terrifiants, et d’architecte : le style de Patrick Ness n’étant pas simplement langagier mais aussi visuel. La mise en page et la typographie sont particulièrement soignées : l’histoire est dessinée – avec des retours à la ligne, des répétitions, des parenthèses, des italiques, toute une floraison de techniques qui soutiennent l’ambiance inquiétante et mystérieuse du roman.

Qui plus est, l’histoire a son écrin. Quelques minutes après minuit, à la couverture bleue et noire, abrite les illustrations de Jim Kay. De petites touches finement détaillées coincées à l’angle d’une page, de plus amples dessins encadrant les textes ou de superbes doubles-pages noires et terribles, dressant le monstre-pin dans un étonnant décor haché, strié ou tacheté (la page 112 a ma préférence, mais toutes sont merveilleuses à contempler). Oui, le livre, comme le texte qu’il enferme, est magnifique.

Lisez, regardez et pleurez, voilà ce que je vous conseille.

Quelques minutes après minuit, Patrick Ness sur une idée de Siobhan Dowd, ill. de Jim Kay (Gallimard jeunesse, 2012)

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