Seigneur des neiges et des ombres (Les Larmes d’Artamon I)

Seigneur des neiges et des ombres, Sarah Ash

Seigneur des neiges et des ombres, Sarah Ash

Je cherchais un cycle de fantasy classique et le premier tome de Les Larmes d’Artamon est apparu sous mes yeux. Un Bragelonne bien bragelonnesque, avec un dragon et un château sur la couverture (signée Graffet), une auteure musicienne, une comparaison avec Robin Hobb dans la bibliographie. Hop, mon choix était fait ! Après lecture du premier tome, je peux affirmer que j’ai eu ce que je voulais. Malheureusement, je n’ai eu que ce que je voulais.

Après une carte assez sobre en guise d’ouverture, nous voici d’emblée jetés dans la série avec un prologue mystérieux et incompréhensible à souhait… L’intrigue s’ouvre réellement au premier chapitre, qui nous permet de découvrir Gavril Andar, jeune artiste peintre amoureux de la fille de son duc, pendant un bon moment principal défaut du roman (nous y reviendrons ci-après). Le jeune héros, car c’est bien lui, voit sa vie soudain bouleversée quand des guerriers venant du terrible Nord débarquent dans son pays ensoleillé pour l’enlever et le mettre sans sommation sur le trône de leur seigneur assassiné. Gavril découvre alors avec effroi que son père n’est autre que Volkh le Drakhaon, roi d’Azhkendir, et que lui-même en qualité de seul héritier se voit confier le pouvoir d’un territoire dont il ignore tout. Pour ne rien arranger, le fantôme de son père le poursuit en l’exhortant à retrouver son assassin, tandis qu’un prince voisin prépare l’invasion de son nouveau pays. Et c’est sans compter encore l’héritage des Drakhaons, un sang maudit qui transforme peu à peu Gavril en dragon.

Le résumé le montre bien (et je n’ai encore parlé que de l’histoire de Gavril), l’intrigue est riche. Outre le héros principal, on suit aussi les tribulations d’autres protagonistes, Kiukiu la petite servante aux pouvoirs insolites, Elysia qui cherche son fils Gavril au travers de différents pays, le prince Eugène et ses rêves de conquête, la princesse Astasia contrainte à un mariage d’intérêt… Sarah Ash nous propose une véritable fresque de ce point de vue-là, et l’histoire est plutôt bien menée, avec des révélations, des décisions, des retournements de situation bien dosés. Le premier tome se suffit quelque part en lui-même : il possède sa propre conclusion, tout en laissant assez de questions en suspens pour pousser le lecteur à poursuivre le cycle (rien que pour savoir à quoi vont bien servir ces larmes d’Artamon).

Mais, quoique riche, l’intrigue ne brille pas par son originalité – bien que la situation initiale, ce jeune homme nourri au soleil et à la peinture contraint de gouverner des guerriers du froid, est intéressante à exploiter. Les traits d’inventivité sont plutôt à trouver dans l’univers proposé par Sarah Ash. Une vue générale ne nous fait remarquer que des lieux communs : le Nord est occupé par des barbares en déficit technologique, prompts au combat et à la violence, tandis qu’au sud vivent savants et artistes, évoluant dans une société raffinée. Mais, si on s’approche pour considérer les détails, l’univers du roman prend davantage de couleurs. Ne serait-ce que pour le système de magie qui fait feu de tout bois : on croise des sorts classiques, des gadgets magico-mécaniques, une nécromancie maniée à l’aide d’un instrument à corde, des expériences scientifiques teintées de sorcellerie… Une foison de détails qui accorde ainsi à l’imaginaire de Sarah Ash un charme certain.

On ne va cependant pas plus loin. Si j’ai apprécié ce premier tome, je suis malheureusement loin de l’avoir adoré. L’univers a une belle allure, certes, mais les personnages manquent assez cruellement de profondeur. Aucun n’est raté – mais aucun n’est vraiment attachant. Rien de plus représentatif que Gavril au début du roman : un jeune artiste sensible et délicat, tout mignon et tout amoureux, voué à un terrible destin… Certains penseront peut-être que je caricature, mais Gavril me paraît bien être l’élément le moins imaginatif de Seigneur des neiges et des ombres. Certes, il évolue… ou, plutôt, nécessairement il évolue : on se doute, après lecture des premiers chapitres, que Gavril va finir par se ressaisir, par accepter son héritage, par gouverner son pays avec sagacité et donc par arrêter de pleurer sur son sort. Et la suite du roman ne le dément pas : Gavril devient de moins en moins insupportable à mesure qu’il prend de l’assurance – mais en restant toujours un peu plat, un peu hermétique. Il en est à peu près de même pour les autres personnages principaux : aucun ne convainc complètement, et tous gardent un comportement et une évolution de caractère prévisibles. Heureusement, les personnages secondaires échappent pour la plupart à cette tendance, qu’il s’agisse de Jaromir, de Velemir, voire de Lilias qui se révèle plus intéressante au fil du roman.

Seigneur des neiges et des ombres saura contenter des personnes moyennement habituées à la fantasy. L’histoire est bien filée et prometteuse, l’univers mêle tout à la fois classicisme merveilleux et originalité, le style est soigné (quoiqu’envahi par les adjectifs). Cependant, s’il reste un bon roman, ce livre ne va guère au-delà, et Sarah Ash demeure pour l’heure dans les sentiers battus sans oser s’aventurer bien loin. 

Seigneur des neiges et des ombres, Sarah Ash (Bragelonne, 2006)

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