Dernière fenêtre sur l’aurore

Dernière fenêtre sur l'aurore, David Coulon

Dernière fenêtre sur l’aurore, David Coulon

Merci aux éditions Actusf et à l’équipe de Babelio pour m’avoir permis de découvrir ce roman !

J’ai un maudit syndrome quatrième de couverture, qui me fait toujours lire le résumé du bouquin avant de pouvoir m’y plonger. Au risque, parfois, d’en savoir trop sur l’histoire à venir et de me gâcher une partie du suspense. Bien m’a pris, cependant, d’ignorer la quatrième de ce roman-ci, cette Dernière fenêtre sur l’aurore qui venait d’atterrir dans ma boîte aux lettres. Sans connaître l’auteur, sans connaître l’intrigue, faisant totalement confiance à un éditeur que j’apprécie beaucoup, je me suis lancée sans a priori dans ma lecture.

Ça a été relativement bref. Le polar compte deux cents cinquante pages et sait où il va. J’avoue que j’ai été un instant sceptique (premier polar d’une collection dédiée à l’imaginaire, auteur inconnu, hum-hum…). Et puis c’est vite passé : car il y a un style, une vivacité, dans cette écriture. Phrases brèves voire averbales, propositions courtes saccadées par des virgules. Alternance des narrateurs, la première personne du singulier remplaçant brutalement la troisième en chemin. Et désordre dans le récit, les fragments des souvenirs de Bernard Longbey sciant l’intrigue policière.

Après m’être adaptée au style, me voilà plongée dans l’histoire. Les bons polars se lisent à toute allure, me semble-t-il… Bref, nous suivons Bernard Longbey qui est loin d’être l’homme le plus joyeux du monde. Bernard travaille à la brigade des mineurs d’une ville ironiquement nommée Bois-Joli, il a perdu sa femme et sa fille quelques années plus tôt, il sombre peu à peu dans un noir désespoir. Un beau jour, il débarque sur une scène de crime qui ne le regarde en rien : Aurore, une belle et jeune étudiante, a été égorgée dans son studio. Assez facilement, Longbey s’immisce dans l’enquête de son collègue Bellec et commence même à mener des investigations parallèles. Et ses réflexions personnelles, ses dialogues intérieurs, ses souvenirs morcelés (fictifs ou véritables ? On ne sait parfois plus) accompagnent une histoire extrêmement sombre.

Aucun temps mort, comme je l’indiquais plus tôt. Le roman happe, pas moyen de le dire autrement. Le portrait de Bernard est psychologiquement fin et très fort, sa descente aux Enfers suit les différentes étapes d’une enquête aux nombreux rebondissements. Les révélations sont foison… dispensées par miettes tout au long du récit, faisant deviner des choses au détour d’une phrase avec l’air de ne pas y toucher, nous invitant à nous poser quantités de questions pour recomposer la vérité. Et bon sang, ça marche diablement bien !

Cela dit, que les âmes fragiles s’abstinent. Dernière fenêtre sur l’aurore est sinistre et macabre à souhait, et c’est là que j’ai croisé mes premières difficultés de lecture. Je n’avais pas envie, mais pas du tout envie, à l’instant où je me suis penchée sur ce roman, d’une histoire sordide et sanglante… J’ai été assez bien servie en la matière. Aussi excellent que soit le roman par ailleurs, je n’avais juste pas la tête à ça au moment de ma lecture. Mais, sur ce point, le roman n’y est pour rien, il n’y a que mon humeur à blâmer.

J’aurais cependant des reproches plus constructifs à énoncer. Tout d’abord une certaine frustration sur le suivi de l’enquête principale. On en revient toujours à Aurore mais on passe par tant de chemins détournés, d’intrigues différentes qui se croisent et s’entremêlent, que cette pauvre Aurore m’a semblé plutôt terne. Et finalement son histoire se résout un peu entre deux, à la va-vite, au milieu d’autres révélations bien plus importantes, comme si son meurtre n’était qu’un effet collatéral. De plus, j’avais deviné à mi-parcours la résolution finale, ce qui gâte toujours une partie du suspense.

Enfin, ce qui m’a vraiment déplu, c’est l’épilogue. Un surplus, à mon sens, un manque de subtilité dans un roman qui est pourtant loin d’en être dépourvu.

En dépit de ces quelques anicroches, David Coulon nous livre cependant un premier polar féroce et prenant. Je ne peux encore que remercier l’auteur et les éditions Actusf de ce travail et souhaiter bon vent aux Hélios noirs.

Dernière fenêtre sur l’aurore, David Coulon (Actusf, 2015 ; coll. Hélios)