Le Pacte de la voleuse (Widdershins I)

Le Pacte de la voleuse, Ari Marmell

Le Pacte de la voleuse, Ari Marmell

Troisième né des jeunes éditions Lumen, Le Pacte de la voleuse m’intriguait depuis un bon moment. Pour tout avouer, la couverture, première et quatrième confondues, ne m’inspiraient pas un sentiment très exaltant, mais j’avais envie de découvrir le travail de cette nouvelle maison d’éditions dédiée à l’imaginaire.

Nous voici donc en compagnie de Widdershins – qu’est-ce que c’est que ce nom, sacrebleu –, une jeune voleuse talentueuse, mignonne et culottée, qui fut autrefois une orpheline chapardeuse puis la protégée d’un riche aristocrate, avant de déchoir brutalement. La particularité de la donzelle est de servir d’asile à un dieu un peu grognon et souvent moqueur, Olgun, qui favorise sa chance et l’aide à commettre ses méfaits. Alternant épisodes du passé et faits actuels d’une manière très lockelamoresque, le roman nous raconte comment Widdershins en est arrivée à devenir ce qu’elle est et la plonge dans une intrigue mêlant querelles religieuses, cambriolages périlleux, complots et meurtres. On a donc de quoi s’occuper.

Ne mentons pas, j’avoue avoir trouvé cette lecture agréable. Le style de l’auteur, parfois ampoulé, reste cependant vivant et sympathique tout au long du livre, et le rythme est bien géré. On s’amuse, on rit un peu à certaines situations, on attend de savoir la suite… Bref, ça fonctionne. Et puis l’ensemble est énergique, je ne me suis aucunement ennuyée.

Reste que ça n’a rien de follement original. L’univers mis en place ne décolle pas vraiment, on reste en terrain connu, entre aristocratie, polythéisme et une guilde de voleurs comme on en a vu passer dans tout un tas d’autres romans et jeux-vidéo du même genre. Il y a quelques petites touches plus intéressantes, cela dit : le système des dieux protecteurs des grandes familles, qui influent sur leur fortune, le Dieu voilé et sa malédiction, le principe du Seigneur voilé… Le tout nous offre une cité vivante, oui, mais assez peu différente de celles que l’on a pu croiser dans d’autres romans, avec ses gardes toujours sur le qui-vive, ses bas-fonds, ses auberges et ses places de marché, ses baaaaals de la noblesse (j’ai beau dire, j’adore les mises en scène de bals et de festivités).

Le plus gros souci de cet ouvrage, finalement, me semble surtout être son héroïne. Elle a tout pour plaire, cette miss, au point que c’en est exaspérant. Certains aspects de sa personnalité m’ont plu, son énergie infatigable en particulier, sa manière de parler à Olgun à voix haute sans se soucier des regards de travers qu’on lui jette… Mais voilà, elle est talentueuse, elle est belle, elle a toujours raison et on lui donne toujours raison… sans parler de sa chance insolente qui la rend si sûre d’elle – et du fait qu’elle a tellement souffert. Ce n’est pas vraiment l’accumulation de ces qualités qui me gênent, mais plutôt leur mise en scène – qui fait que ses amis comme ses ennemis se définissent presque toujours par rapport à elle et n’ont guère de consistance en dehors de leur relation avec elle. Prenez Bouniard, par exemple (encore un nom de ces noms merveilleux…), l’archétype du jeune policier qui veut tout faire pour arrêter cette dangereuse criminelle et passe ses nuits à penser à elle…

Mais baste, on passe tout de même un bon moment, même si j’ai très vite deviné la solution de plusieurs énigmes du roman (l’identité du Seigneur voilé, quelle surprise…). Je n’attendais pas plus de ce récit, quelque part, et j’ai eu beaucoup de plaisir à le lire. Car on ne s’ennuie pas, on s’amuse même plutôt bien et c’est tout ce que je demandais en ouvrant ce livre.

Le Pacte de la voleuse, Ami Marmell (Lumen, 2014)