Les Mondes d’Ewilan

Les Mondes d'Ewilan, Pierre Bottero

Les Mondes d’Ewilan, Pierre Bottero

Suite à mon précédent article sur la première trilogie de la saga Ewilan, je voudrais aujourd’hui vous présenter la deuxième trilogie de cette saga. J’avoue avoir eu un peu peur d’être déçue par cette deuxième trilogie tellement j’avais aimé la première, mais le premier tome a su me conquérir par sa construction originale. En effet, pour La Forêt des Captifs, l’auteur a abandonné la narration chronologique pour nous proposer un véritable puzzle temporel et spatial, ce qui permet au lecteur de construire progressivement l’intrigue : qu’est-il advenu d’Ewilan, qui est ce psychopathe qui terrorise la France par ses crimes sanglants, et surtout, qui est cette Elle qui obsède tant Salim ?

J’ai également été ravie de retrouver l’écriture de Pierre Bottero, et son génie qui se manifeste au point d’orgue du roman, le cri de détresse d’Ewilan, qui est sans conteste le passage le plus poignant, et pourtant le simplement exprimé de l’histoire.

Le deuxième tome m’a un peu moins séduite, j’ai trouvé qu’il y avait parfois quelques longueurs pour arriver jusqu’au véritable mystère qui n’arrive qu’à la toute fin du roman. J’ai aussi été un peu déstabilisée de retrouver les personnages principaux car il s’est écoulé un certain temps entre la fin de la première trilogie et le début de la deuxième et les protagonistes ont donc évolués. C’était un peu comme retrouver des vieux amis qui ont continué à vivre de leur côté, ce sont toujours les mêmes personnes, mais quelque chose en eux a changé. Mais ce qui m’a le plus troublée, ce fut surtout de retrouver Ewilan dans la vie ordinaire d’une étudiante qui vit chez ses parents, et non plus une jeune héroïne en vadrouille dans un monde inconnu. D’ailleurs, ce n’est plus du tout l’Ewilan des débuts de la saga que l’on voit ici, mais un personnage brisé par l’Institution. Que ce soit voulu ou non par l’auteur, j’ai vraiment ressenti que ce n’était plus l’héroïne qui m’avait charmée dans la première trilogie, mais un personnage plus sombre et torturé.

Heureusement, un nouveau personnage fait son apparition dans L’œil d’Otolep. Il s’agit de Liam, un jeune garçon assez étrange, au don exceptionnel et destructeur, qu’Ewilan a sauvé de l’Institution. Le personnage de Liam est cependant ambigu, et j’ai souvent été partagée entre l’affection pour le personnage d’un petit garçon sans famille, un peu perdu et sans repère, et l’effroi devant une brute épaisse et sans remord. Un démon avec un visage d’ange, en quelque sorte. Mais qui permet de développer un nouvel aspect de la personnalité d’Ewilan, plus adulte, maternelle et protectrice.

Le dernier tome est plus épique, avec de nouveau une intrigue en fil rouge : un mystérieux mendiant qui voyage, mais vers quelle destination ? Mais j’ai surtout aimé ce tome pour la profondeur qu’acquièrent peu à peu tous les personnages, et notamment les parents d’Ewilan qui étaient, selon moi, un peu plats jusque là. Ici, il n’est plus question d’un monde manichéen séparé entre les bons et les méchants, on se retrouve face à des personnages plus humains, aux passés sombres et douloureux, avec de lourdes responsabilités sur leurs épaules, mais aussi face à des choix cruciaux qui changeront le cours de leurs existences.

Finalement, même si le bilan de cette deuxième trilogie est mitigé, elle vaut quand même la peine d’être lue pour constater l’évolution des personnages qui grandissent, vieillissent, deviennent plus matures, mais aussi révèlent de nouvelles facette de leur personnalités. 

La Forêt des Captifs, L’Oeil d’Otolep, Les Tentacules du Mal, Pierre Bottero (Rageot, 2007)

Pour en savoir plus sur la saga Ewilan, c’est par ici : La Saga Ewilan

La Quête d’Ewilan

 La Quête d'Ewilan, P. Bottero

 La Quête d’Ewilan est le titre de la première trilogie de la saga Ewilan. Les trois tomes qui la composent marquent en effet trois étapes importantes d’une quête à la fois épique et initiatique. 

Epique tout d’abord car, dès le premier tome, le lecteur bascule en même temps que Camille « d’un monde à l’autre » pour découvrir un preux chevalier en armure combattant un redoutable Ts’lich, croisement d’un lézard et d’une mante religieuse, magnifiquement illustré en couverture, et qui serait l’équivalent de nos dragons. Puis, au fil de la lecture, on découvre un nouveau monde plein de surprises, qui rappelle notre société médiévale avec ses châteaux, ses routes pavées et ses différentes guildes, du garde royal au vendeur de graine, en passant par l’analyste. L’analyste, me direz-vous, mais quel est ce métier ? C’est là toute la magie du monde de Gwendalavir qui, s’il ressemble au nôtre sous certains aspects, recèle de trouvailles toutes plus surprenantes les unes que les autres: que ce soit des métiers insolites comme analyste, vendeur de Gobeuses d’Ombre ou rêveur, ou encore des animaux fantastiques comme les siffleurs ou les marcheurs, des araignées bien plus cauchemardesques que nos mygales.

Initiatique ensuite car dès le premier tome Camille, ou plutôt Ewilan puisqu’il s’agit de son nom alavirien, découvre qu’elle n’est pas originaire de notre monde et que sa naissance en Gwendalavir fait d’elle un personnage extrêmement important pour l’avenir du royaume. C’est pourquoi elle va devoir apprivoiser son don de Dessinatrice qui consiste à faire basculer dans la réalité toutes les choses qu’elle « dessine » dans son esprit, afin de réaliser le rêve de tous : éveiller les mystérieuses Figées. Mais en acceptant cette quête, Ewilan va également en apprendre plus sur sa propre histoire, et notamment sur ses véritables parents, bien loin de la caricature mondaine et froide que forme le couple de « terriens » qui l’a élevée dans notre monde. 

Le premier tome de cette trilogie est donc particulièrement intéressant pour les nombreux va-et-vient que Camille / Ewilan effectue entre notre monde et le sien, ce qui fait brusquement passer le lecteur de l’onirique Gwendalavir à une réalité très concrète où Camille aurait soit-disant été enlevée. Ce jeu de passage d’un monde à l’autre entraîne ainsi des situations parfois cocasses lorsque des personnages alaviriens font irruption chez les parents adoptifs de Camille et provoquent des dégâts difficilement explicables. 

L’humour est également très présent dans ce tome, notamment grâce à des personnages comme Salim ou Bjorn, qui forment d’ailleurs très rapidement un duo infernal. Mais aussi grâce au côté vieil ours grincheux de Duom Nil’ Erg, à la malice d’Ellana, ou encore aux déboires de l’inspecteur Franchina qu’Ewilan et Salim n’auront de cesse de faire tourner en bourrique. 

Mais au delà de la magie de Gwendalavir, de l’aventure que vit Ewilan et de l’humour qui permet d’alléger la tension face au danger qui rôde, ce que j’ai surtout apprécié dans le premier tome comme dans tous les autres, c’est l’écriture de Pierre Bottero. L’auteur a en effet un style tout personnel qui lui permet en quelques mots de faire passer des sentiments très intenses. Cela provoque une nouvelle sorte de magie, qui, ajoutée à celle d’un monde nouveau à découvrir, rend la lecture vraiment très agréable. Certes, on est ici loin des grandes épopées comme Le Seigneur des Anneaux, l’intrigue de la première trilogie est plus simple et les personnages moins complexes, il n’empêche qu’à mon sens, ces romans ont ce petit truc en plus qui capte l’attention du lecteur et la retienne jusqu’au rebondissement final, qui donne inévitablement envie de lire le tome suivant.

D’un Monde à l’autre, Les frontières de glace, L’île du destin, P. Bottero (Rageot 2003)

Pour en savoir plus sur la saga Ewilan, c’est par ici : La Saga Ewilan