Victoria rêve

Victoria rêve, Timothée de Fombelle

Victoria rêve, Timothée de Fombelle

« Depuis longtemps, Victoria rêvait de dangers, de poursuivants armés, d’amis qui se battraient pour elle à l’épée […].

Et l’on disait tout autour d’elle : “Victoria rêve.” »

Victoria rêve est un petit livre rempli de rêves et d’idées, rédigé par la jolie plume de Timothée de Fombelle et illustré par le pinceau coloré de François Place. Le roman s’avale tout rond, avec délice.

Victoria, collégienne, se morfond à Chaise-sur-le-Pont, le village le plus banal de l’univers, aux côtés d’un père vendeur de pâtés, d’une maman qui rougit pour un rien et d’une sœur pimbêche. Elle n’a pas de vrais amis et trouve la vie horriblement terne. Alors, elle rêve… d’aventures fabuleuses, de paysages inoubliables, de situations improbables. Elle occupe son temps libre à lire, et lire encore.

Mais voilà que l’étrange s’immisce soudain dans sa réalité. Des livres disparaissent sur ses étagères, son père quitte la maison curieusement déguisé et trois mystérieux Cheyennes ne cessent de croiser son chemin… Victoria, qui, en dépit de toutes ses rêveries, garde les pieds sur terre, décide de débroussailler ces mystères.

Au final, l’histoire est toute simple mais efficace, conduite avec humour et délicatesse. Victoria nous plonge souvent dans ses rêves, au milieu des bandits, des ours et des Indiens, dans les ruelles de Venise ou sur les pistes poussiéreuses du Far West. Puis nous dresse un portrait féroce et comique du quotidien dans toute sa banalité, avec les insipides sujets du cours d’anglais ou les commentaires du présentateur météo qui conditionnent toute notre journée.

Mais, avec beaucoup de justesse, Timothée de Fombelle n’accorde jamais à l’imagination la supériorité sur la réalité. Les rêves de Victoria ne sont pas des faux-semblants : l’adolescente reconnaît toujours la frontière entre le vrai et le rêvé, et elle apprend au cours du roman à concilier réalité et imagination – afin que tout s’arrange. La résolution, qui donne aux livres et à la lecture une juste place dans notre vie quotidienne, est tout à la fois émouvante et pertinente. L’un des grands atouts de l’auteur est de n’en jamais dire trop : en quelques traits, il nous brosse des personnages attachants, drôles et réussis ; avec une pointe de poésie et une grande précision de langage, il nous tisse une courte histoire qui en dit beaucoup.

 Victoria rêve, Timothée de Fombelle, ill. de François Place (Gallimard Jeunesse, 2012)