Les Fiancés de l’hiver (La Passe-miroir I)

Les Fiancés de l'hiver, Christelle Dabos

Les Fiancés de l’hiver, Christelle Dabos

J’ai pour la première fois croisé Les Fiancés de l’hiver sur un présentoir de librairie et je me suis figée, intriguée par cette adorable couverture ciel et neige. Sous un titre flottant, une illustration rappelant une ancienne gravure de cité flottante. Et un bandeau publicitaire précisant que le roman qui m’interpellait n’était autre que le lauréat du grand concours organisé par Gallimard jeunesse en 2012.

Quelques mois plus tard, le bouquin surgissait au détour d’un rayon d’une des bibliothèques que je fréquente. J’en avais assez d’en entendre parler, je l’ai emprunté. Grand bien m’en a pris.

Le premier tome de La Passe-miroir contient tous les ingrédients d’un ouvrage destiné à me plaire. Un mariage arrangé (j’adore les histoires de mariages arrangés, la violette est un peu fleur bleue à ses heures perdues), une cité étonnante, de la magie, le monde perfide de la Cour, des tasses de thé, de la neige, des personnages burlesques et attachants – et des myriades de rebondissements. Essayons de résumer cette potion aux mille ingrédients.

Ophélie, une toute petite, toute fragile, toute maladroite demoiselle empêtrée dans de vieux vêtements sans charme, vit sur Anima, un pays où tout le monde est cousin. Son quotidien est lent et poussiéreux, et elle rêve de demeurer à jamais entre les murs du musée dont elle a la charge. Et, quand elle ne lit pas le passé, elle traverse les miroirs.

Mais voilà que les doyennes de sa grande famille décident de l’unir avec un simulacre de fiancé. Monsieur Thorn, sa nouvelle moitié, est sec, grand, maigre, et lance des regards au tout-venant comme d’autres lanceraient des flèches barbelées. En bonus, il vient du Pôle, un pays glacial et sauvage, et plus particulièrement de la Citacielle, ville flottante construite sur les illusions et les mascarades. Ophélie déménage, tombe malade, devient la cible des innombrables adversaires de son fiancé, fugue, se grime en garçon, apprend à s’asseoir comme une vraie dame, espionne, passe les miroirs, renverse des tasses et des encriers – et essaie de comprendre la raison pour laquelle elle a été choisie comme fiancée de Thorn.

Il n’y a pas une pause – le lecteur inspire un grand coup en ouvrant le roman et reprend son souffle à la fin de ces cinq cents merveilleuses pages. Ou presque, puisque l’un des (rares) défauts du roman est de piétiner au cours des premiers chapitres. Mais, une fois Ophélie en présence de Thorn, jetée dans un dirigeable et propulsée sur le continent du Pôle, le livre ne nous accorde pas un répit. L’intrigue est fouillée, fournie, bruissant de mille inventions, trouvailles, détails, portée par une langue joliment travaillée. Le style heurte dans les premières pages : je l’ai un moment trouvé trop complexe, trop irréaliste, gonflé par tout un tracas d’images et de métaphores. Mais, en entrant petit à petit dans l’univers extraordinaire des Fiancés de l’hiver, on s’habitue aux phrases ciselées, teintées d’humour et de poésie. Le langage est foisonnant, à l’image de l’histoire, à l’image du monde aussi que Christelle Dabos construit ici. Les univers d’Anima et du Pôle s’articulent avec originalité, l’un pluvieux mais douillet, l’autre d’une dignité glaciale mais d’une grande fausseté. Quant aux personnages, ils sont délicieux à découvrir. Ophélie est une héroïne de plus en plus attachante, en dépit de sa timidité maladive et de son côté vieux-jeu, et de plus en plus intéressante au fil du roman. Quant à l’imperturbable Thorn, à la théâtrale Berenilde, au charmant (?) Archibald, aux effrayants Dragons, à l’imprévisible Farouk et à la colérique Roseline, je choisis de ne pas vous en dire plus, pour en préserver la surprise.

Courez donc jusqu’à votre bibliothèque ou votre librairie préférée et trouvez un moyen de lire ce très, très joli roman (Il est en plus parfait à lire en hiver). Même si la fin de ce premier tome donne indéniablement envie de s’attaquer à une suite qui n’est pas encore publiée, je ne peux que vous le recommander chaudement.

Les Fiancés de l’hiver, Christelle Dabos (Gallimard jeunesse, 2013)