La Quête d’Ewilan

 La Quête d'Ewilan, P. Bottero

 La Quête d’Ewilan est le titre de la première trilogie de la saga Ewilan. Les trois tomes qui la composent marquent en effet trois étapes importantes d’une quête à la fois épique et initiatique. 

Epique tout d’abord car, dès le premier tome, le lecteur bascule en même temps que Camille « d’un monde à l’autre » pour découvrir un preux chevalier en armure combattant un redoutable Ts’lich, croisement d’un lézard et d’une mante religieuse, magnifiquement illustré en couverture, et qui serait l’équivalent de nos dragons. Puis, au fil de la lecture, on découvre un nouveau monde plein de surprises, qui rappelle notre société médiévale avec ses châteaux, ses routes pavées et ses différentes guildes, du garde royal au vendeur de graine, en passant par l’analyste. L’analyste, me direz-vous, mais quel est ce métier ? C’est là toute la magie du monde de Gwendalavir qui, s’il ressemble au nôtre sous certains aspects, recèle de trouvailles toutes plus surprenantes les unes que les autres: que ce soit des métiers insolites comme analyste, vendeur de Gobeuses d’Ombre ou rêveur, ou encore des animaux fantastiques comme les siffleurs ou les marcheurs, des araignées bien plus cauchemardesques que nos mygales.

Initiatique ensuite car dès le premier tome Camille, ou plutôt Ewilan puisqu’il s’agit de son nom alavirien, découvre qu’elle n’est pas originaire de notre monde et que sa naissance en Gwendalavir fait d’elle un personnage extrêmement important pour l’avenir du royaume. C’est pourquoi elle va devoir apprivoiser son don de Dessinatrice qui consiste à faire basculer dans la réalité toutes les choses qu’elle « dessine » dans son esprit, afin de réaliser le rêve de tous : éveiller les mystérieuses Figées. Mais en acceptant cette quête, Ewilan va également en apprendre plus sur sa propre histoire, et notamment sur ses véritables parents, bien loin de la caricature mondaine et froide que forme le couple de « terriens » qui l’a élevée dans notre monde. 

Le premier tome de cette trilogie est donc particulièrement intéressant pour les nombreux va-et-vient que Camille / Ewilan effectue entre notre monde et le sien, ce qui fait brusquement passer le lecteur de l’onirique Gwendalavir à une réalité très concrète où Camille aurait soit-disant été enlevée. Ce jeu de passage d’un monde à l’autre entraîne ainsi des situations parfois cocasses lorsque des personnages alaviriens font irruption chez les parents adoptifs de Camille et provoquent des dégâts difficilement explicables. 

L’humour est également très présent dans ce tome, notamment grâce à des personnages comme Salim ou Bjorn, qui forment d’ailleurs très rapidement un duo infernal. Mais aussi grâce au côté vieil ours grincheux de Duom Nil’ Erg, à la malice d’Ellana, ou encore aux déboires de l’inspecteur Franchina qu’Ewilan et Salim n’auront de cesse de faire tourner en bourrique. 

Mais au delà de la magie de Gwendalavir, de l’aventure que vit Ewilan et de l’humour qui permet d’alléger la tension face au danger qui rôde, ce que j’ai surtout apprécié dans le premier tome comme dans tous les autres, c’est l’écriture de Pierre Bottero. L’auteur a en effet un style tout personnel qui lui permet en quelques mots de faire passer des sentiments très intenses. Cela provoque une nouvelle sorte de magie, qui, ajoutée à celle d’un monde nouveau à découvrir, rend la lecture vraiment très agréable. Certes, on est ici loin des grandes épopées comme Le Seigneur des Anneaux, l’intrigue de la première trilogie est plus simple et les personnages moins complexes, il n’empêche qu’à mon sens, ces romans ont ce petit truc en plus qui capte l’attention du lecteur et la retienne jusqu’au rebondissement final, qui donne inévitablement envie de lire le tome suivant.

D’un Monde à l’autre, Les frontières de glace, L’île du destin, P. Bottero (Rageot 2003)

Pour en savoir plus sur la saga Ewilan, c’est par ici : La Saga Ewilan

La saga Ewilan – présentation générale

Cette saga est sans conteste l’une de mes favorites, et son auteur, Pierre Bottero, mon écrivain préféré. Il était donc logique que je lui rende hommage, à lui ainsi qu’à son oeuvre, sur ce blog. Cependant, la saga est si importante, et j’aurais tellement à dire à son propos, qu’il m’a semblé qu’une rapide présentation du monde et des protagonistes serait une bonne idée.

Tout d’abord, il faut savoir qu’initialement, cette saga n’était qu’une trilogie, La Quête d’Ewilan, à laquelle est venue s’ajouter la trilogie Les Mondes d’Ewilan, puis celle du Pacte des Marchombres. Ce qui laisse aux lecteurs deux parcours de lecture possibles : soit vous pourrez lire les 9 tomes dans leur ordre de publication, soit vous pourrez les lire dans l’ordre chronologique, c’est-à-dire en commençant par le premier tome du Pacte des Marchombre, Ellana, puis en poursuivant avec les autres tomes dans leur ordre de parution. Personnellement, je recommanderais la première option pour ceux qui voudraient découvrir la saga, et la deuxième option pour ceux qui auraient déjà lu les livres et qui auraient ainsi une vision « inédite » de l’histoire des protagonistes.

En ce qui concerne l’univers de référence de la saga, il s’agit du royaume de Gwendalavir dont voici une carte (vous pourrez retrouver cette carte comme marque page offert avec l’un des tomes de la saga, si mes souvenirs sont exacts) :

Carte du royaume de Gwendalavir et de ses frontières

Carte du royaume de Gwendalavir et de ses frontières

Ce royaume est donc bordé au Nord par le royaume des Raïs, les  » guerriers cochons  » qui ne se rapprochent des humains que par leur capacité à se déplacer sur deux jambes en maniant des armes. Au Sud on trouve un océan sur lequel règnent des pirates, rendant toute tentative d’exploration plus avant impossible. A l’Ouest se trouve un autre royaume qui n’est qu’évoqué dans l’histoire: celui des Faëls. Je n’en dirai pas plus au sujet de ce peuple surprenant car je préfère laisser aux lecteurs le plaisir de le découvrir, mais s’il y avait eu une quatrième trilogie, j’aurais bien aimé que l’auteur nous fasse davantage découvrir ce pays. Enfin, à l’Est … se trouve un mystère que je ne révélerai pas non plus.

A priori, ce royaume semble bien ordinaire, mais au fil des pérégrinations des héros, le lecteur découvre des paysages extraordinaires, comme le fleuve Pollimage, le Lac Chen et bien sûr l’Oeil d’Otolep, ou encore des cités merveilleuses comme la capitale Al-Jeit ou les ruines d’Al-Poll. Les descriptions qui sont faites de tous ces lieux sont remarquables et permettent de se construire une image mentale de ce que peuvent voir les héros, et je pense que rien que pour la beauté de ces décors, cela vaudrait la peine d’adapter les livres à l’écran.

En ce qui concerne les protagonistes maintenant, je voudrais pouvoir vous parler de chacun d’entre eux en détails, mais il me faudrait alors consacrer un article entier à chaque personnage. De plus, le groupe évolue au fur et à mesure des tomes, ce qui rend le nombre de personnages à présenter vraiment important. Par conséquent, je préfère vous donner un rapide aperçu du groupe de base, pour vous donner envie de le suivre dans son périple.

Tout d’abord l’héroïne éponyme, Ewilan. Dans notre monde, cette jeune fille à l’intelligence hors du commun se prénomme Camille. Ce qui m’a tout de suite plu chez ce personnage, c’est son côté un peu décalé (du fait qu’elle n’est pas vraiment de notre monde). C’est à la fois une génie, une rêveuse et en même temps, une jeune fille à l’humour décapant et au sens de la justice aigu, en bref, une héroïne très attachante.

Elle est accompagnée de Salim, son meilleur ami, qui a lui aussi un humour à toute épreuve. Malheureusement, contrairement aux autres personnages qui évoluent et prennent de la consistance tout au long des romans, j’ai eu l’impression que Salim restait justement abonné au rôle du comique de service, et que finalement, il s’affadissait un peu avec le temps. Malgré tout, le début de la deuxième trilogie lui offre un rôle particulièrement héroïque, ce qui fait qu’on continue à s’attacher à ce personnage. 

Ensuite viennent quatre autres personnages tous très différents les uns des autres : Edwin, une sorte de super soldat invaincu et invincible,qui semble tout d’abord aussi dur que l’acier de son sabre. Pourtant, au fil des tomes, un homme finit par apparaître sous sa carapace et personnellement, si je n’ai pas d’emblée aimé ce personnage, j’ai fini par mieux le connaitre, le comprendre et l’apprécier. 

Le groupe comporte également un autre guerrier, Bjorn, qui est aussi fanfaron que courageux. Il m’évoque un curieux mélange entre Lancelot Du Lac, Hercule, les princes charmants de Walt Disney et un viking, avouez que le résultat promet d’être intéressant. 

Le troisième homme du groupe est aussi son doyen, Maitre Duom, un vieil analyste bourru comme un ours, mais aussi tendre qu’une guimauve. On peut dire qu’il tient en quelque sorte lieu de grand père aux héros. Ce qui m’a plu chez ce personnage, c’est que certes c’est un vieil homme qui ne fait pas son âge, mais malgré tout, l’auteur n’essaye pas non plus d’en faire un vieillard dont la santé serait celle d’un jeune homme de 20 ans, ce qui le rendrait nettement moins crédible. Au contraire, l’homme vieillit, mais avec une sagesse qui ajoute une touche de poésie à ce récit. 

Enfin, le groupe comporte également une femme nommée Ellana. Ce n’est pas pour rien que son nom a été donné à la troisième trilogie, car il s’agit d’un personnage au caractère très marqué. C’est à la fois une rebelle et une rêveuse, éprise de liberté et dotée d’un sens de l’honneur inflexible. C’est l’un de mes personnages favoris parce qu’elle représente un équilibre entre la force et la douceur, la rêverie et le réalisme, elle est féminine mais sait s’imposer comme un homme, pour moi, c’est le personnage parfait, et je trouve que ce n’est que justice qu’elle ait eu le droit à sa propre trilogie.

Je pense cependant que cette saga ne vaut pas seulement pour son univers ou ses personnages, mais aussi pour le style de l’auteur, qui est vraiment unique. Je le trouve très efficace, notamment lorsqu’il n’y a que de très courtes phrases, voire simplement quelques mots, mais qui sont aussi puissants que de longs discours. C’est vraiment là la magie de Pierre Bottero, qui réussit à faire passer des émotions intenses avec des moyens stylistiques très sobres. 

Enfin, je recommande aussi cette saga pour tous les petits bonus en fin de tome qui apportent un vrai plus aux romans déjà captivants en eux-mêmes. Des interviews, des mini dictionnaires pour mieux comprendre la faune et la flore de Gwendalavir, un résumé rapide des personnages et de leurs caractéristiques, toutes sortes de petits détails qui font des romans des oeuvres complètes.