Notre-Dame des loups

Notre-Dame des Loups, Adrien Tomas

Notre-Dame des Loups, Adrien Tomas

Au cœur des éditions Mnémos, Adrien Tomas commence à avoir sa petite réputation. N’ayant pas le temps de m’atteler à l’énorme pavé qu’est La Geste du sixième royaume, le premier roman de cet auteur, je me suis décidée à le découvrir au travers de Notre-Dame des loups, un roman beaucoup moins conséquent dont le synopsis m’intriguait.

Mi-XIXème siècle, entre bois hostiles et bourrasques enneigées, nous suivons une troupe de Veneurs sans scrupule, qui traquent un gibier bien singulier : les wendigos – ou loups-garous – engeance débarquée d’Europe pour infester les forêts américaines. Armés de munitions d’argent, les sinistres chasseurs s’enfoncent dans la forêt blanche pour débusquer Notre-Dame des loups, reine des lycanthropes, et éradiquer ainsi ce peuple monstrueux. Les uns après les autres, ils se cèdent la parole pour rapporter les étapes de la chasse et ajouter à la narration de la traque leur propre histoire – souvent chargée de deuil, de déception, de destruction.

Le thème du loup-garou m’a toujours intriguée, alors que les vampires par exemple ne m’ont jamais vraiment intéressée, et j’ai eu d’autant plus de plaisir à découvrir cette œuvre assez atypique. Entre fantastique, horreur et un rien de western, avec une miette de polar en prime, Notre-Dame des loups sait se rendre étonnant. Au fil des pages, l’ambiance s’installe efficacement : avancée dans le froid et sous la neige, repas froid avalé en vitesse, calme des grands bois hantés par les loups, perception d’un danger toujours latent, de plus en plus prononcé tandis que la nuit tombe… Nous participons pleinement à la traque, dépeinte par toute une série de narrateurs première personne. L’atmosphère inquiétante et hivernale est réussie et immersive.

La construction du récit est à mon sens une autre des belles trouvailles de cet ouvrage – même si j’émettrai quelques réserves sur ce point dans la suite de ma critique. L’enchaînement des points de vue des différents traqueurs nous permet d’avancer dans le récit sans jamais nous ennuyer, dans l’attente de découvrir une nouvelle histoire, une nouvelle personnalité, et même un nouveau langage – car chaque protagoniste a sa manière de dire les choses et d’analyser la situation. Alors qu’Arlington, ancien journaliste, prendra le temps de poser le décor, le jeune Billy aura un langage beaucoup plus grossier et vivant, tandis que le cultivé Würm parlera avec une élégante distinction. Et chaque personnage a ses raisons bien à lui d’intégrer la troupe, qu’il ne nous dévoile entièrement qu’à son tour de parole.

Il y a donc toute une ambiance et toute une toile d’intrigues à déguster, dans ce petit roman bien riche, à l’écriture soignée et aux références historico-littéraires multiples. Nous reviennent en tête les différentes bêtes anthropophages qui ont battu nos campagnes (la bête du Gévaudan étant explicitement citée), les récits liés aux lycanthropes et à leur phobie de l’argent, à leur métamorphose nocturne, à la hiérarchie de leur meute ; et, dans un tout autre registre, les western où une horde de cow-boys dépenaillés poursuivent des brigands sans foi ni loi, ainsi que les différents mythes liés aux chasses éternelles et mystérieuses. Peu de pages, une seule traque, et pourtant tout un paquet de références qui me rattrapent à la volée des alinéas.

Mais des choses ratent, mine de rien. Comme plusieurs romans édités chez Mnémos (je songe aux livres de Justine Niogret), Notre-Dame des loups est – trop – court. Tout allait bien jusqu’à ce que l’auteur se précipite, soucieux de terminer son roman en moins de deux cents pages, et la fin m’a parue trop hâtive, trop ramassée. Ce n’est pas la longueur du livre qui me dérange, non, ça n’a même rien à voir avec ce que je veux exprimer ici. Mais la conclusion m’a semblé cinglante, une résolution brutale en un épilogue à rebondissements vaguement inattendus, qui trouve bizarrement sa place dans un roman où l’on s’était confortablement installé. La traque s’achevait, oui, il fallait bien en arriver à la confrontation avec la Dame, mais les trois dernières pages-guillotine m’ont laissée sur ma faim.

Il y a aussi quelque chose qui m’a gênée au niveau de la construction du roman. Si j’ai beaucoup apprécié ce parcours narratif, qui nous fait aller d’un personnage à un autre pour nous faire découvrir toute la troupe histoire par histoire, les transitions si semblables entre un narrateur et un autre m’ont un peu gâché la surprise de l’intrigue. On a vite fait de comprendre ce qui clôturera chaque chapitre et, de ce point de vue-là, la table des matières est un beau moyen de se spoiler une part de l’histoire. Cet aspect du bouquin n’a pas fonctionné avec moi – et difficile d’en dire plus sans dévoiler un pan important de l’affaire. Bref, si l’idée de la traque m’a plu, la partie devinable de son avancement ne m’a pas pleinement convaincue.

Cependant, l’ouvrage m’a intriguée et j’ai joué le jeu jusqu’à l’avant-dernier chapitre, savourant les nuits glaciales emplies d’yeux jaunes et la pénible traversée des bois, rythmée par les détonations des balles d’argent. Si toute l’évolution de l’intrigue ne m’a pas entièrement satisfaite, j’ai cependant bien envie de me lancer, enfin, dans la longue lecture de La Geste du sixième royaume.

Notre-Dame des loups, Adrien Tomas (Mnémos, 2014)

Sans Ame

Sans Ame, Gail Carriger

Sans Âme, Gail Carriger

Sans Âme est à l’image de son auteur, british, victorien, décalé, bref très original.

L’histoire se passe dans l’Angleterre du XIXème, une société en pleine révolution industrielle et scientifique et où vampires et loups garous côtoient les humains ordinaires. Tout ce petit monde vit en parfaite harmonie puisque les loups garous mangent des faisans et s’enferment à la pleine Lune, tandis que les vampires ne se nourrissent que du sang de leurs drones, autrement dit des humains volontaires et qui aspirent à devenir eux aussi des êtres surnaturels. Mais au milieu de tous ces gens plus ou moins extraordinaires existent quelques rares spécimens appelés les paranaturels, c’est-à-dire des personnes dépourvues d’âmes, telle l’héroïne, Mlle Tarabotti. Attention, cependant, « sans âme » ne signifie pas « sans cœur », comme vous le découvrirez …

J’ai beaucoup aimé le personnage de Mlle Tarabotti, et ayant rencontré l’auteur avant de lire le livre, j’ai tout de suite pensé à Gail Carriger en découvrant son héroïne. A mon goût, c’est un peu comme si elle avait son autoportrait à travers son héroïne, et c’est ce qui m’a plu. Alexia Tarabotti est une originale, une vieille fille née d’un père italien, ce qui constitue deux handicaps majeurs dans la société londonienne de son époque. Pourtant, elle vit plutôt bien cette situation, grâce à son humour et à son caractère bien trempé de femme certes sans mari, mais pas sans défense.

L’autre personnage clé de ce roman, et que j’ai tout autant aimé, est Lord Maccon, un loup garou. Mais pas n’importe quel loup garou : c’est à la fois l’alpha de la meute et un enquêteur du BUR, l’équivalent du FBI pour les personnes sur/paranaturelles. C’est un homme à la fois bourru et très animal, surtout en présence des courbes avantageuses de l’insupportable miss Alexia.

Ce duo entre l’attirance et l’agacement fonctionne très bien du début à la fin du roman, et personnellement, j’avais hâte d’arriver au moment où ils finiraient enfin par coucher ensemble après toutes les scènes où les deux tourtereaux se retrouvent dans des situations scandaleuses et compromettantes.

En dehors de ce fil rouge « vont-ils finir ensemble oui ou zut !», l’intrigue du roman est également très intéressante. De ce point de vue, le roman pourrait être classé dans le genre policier, puisqu’il s’agit de comprendre les disparitions, ainsi que les apparitions toutes aussi mystérieuses, de vampires et de loups garous. Où finissent les spécimens qui disparaissent ? Et d’où viennent les nouveaux venus absolument pas civilisés (un vampire qui mord une personne sans même lui avoir été présenté auparavant, quel manque de savoir vivre !) ?

Je conseillerais donc ce roman à des lecteurs qui ont envie d’une romance originale sur fond d’intrigue policière, le tout servi dans le décor d’une Angleterre victorienne et surnaturelle. Un mélange étonnant, mais très plaisant. 

Sans Ame, Gail Carriger (Le Livre de Poche, 2012)