Le Palais adamantin (Les Rois-dragons I)

Le Palais adamantin, Stephen Deas

Le Palais adamantin, Stephen Deas

Quand on vous dit qu’il doit toujours y avoir des dragons en fantasy… Sous une couverture qui rappelle bien des romans du même genre (le stéréotype du dragon/château/guerre de Forteresse draconis), Le Palais adamantin dissimule cependant de très bonnes surprises.

Dans un univers moyenâgeux-fantastique relativement classique, les hommes sont parvenus à dompter les dragons au moyen d’une drogue qu’ils leur administrent quotidiennement. Ils utilisent les « pauvres » bêtes comme moyens pratiques de transport, engins de guerre ou cadeaux de mariage, et chaque grand seigneur possède son aire remplie de dragons et de chevaliers aptes à les monter. Cependant, entre eux, les hommes se s’entendent pas : dirigés par un Orateur, les différents rois qui tiennent l’empire briguent tous le pouvoir suprême. Le prince Jehal, en particulier, entend bien faire disparaître tous les obstacles à son accession au trône. Empoisonneur de son père, assassin de sa maîtresse, la reine Aliphera, et amant de la rouée Zafir, la propre fille d’Aliphera, le jeune homme réussit à épouser la plus jeune fille de la reine Shezira, la première prétendante au rang d’Oratrice. En cadeau de noces, Shezira envoie à son nouveau gendre une dragonne parfaite d’une blancheur immaculée. Cependant, dans ce sac d’intrigues et de complots, le convoi de Shezira est attaqué, et la dragonne s’enfuit dans la confusion. Privée de sa drogue quotidienne, la créature retrouve peu à peu son intelligence reptilienne et décide de se venger des hommes qui ont soumis son peuple durant de longues années…

L’intrigue opposant les hommes aux dragons est finalement le pan qui m’a le moins intéressée. J’avais une impression de déjà-vu, et les scènes de dragons surpuissants acculant les faibles hommes m’ont paru un peu ternes par rapport aux conspirations menées au palais adamantin. Les différents pans de l’histoire promettent cependant tous beaucoup : le roman est bien agencé, bien rythmé et scandé par des révélations soudaines et des rebondissements efficaces. Il n’y a pas réellement de nouveauté, mais un bon style, des personnages hauts en couleur, de l’action en-veux-tu-en-voilà tiennent aisément le lecteur en haleine.

On pourra reprocher au roman, comme à tant d’autres œuvres de fantasy, de nous noyer sous un arbre généalogique touffu, entre les rois, les reines, les princes et princesses, les soldats, les alchimistes, les maîtres d’aire, les maréchaux ou les mercenaires – sans parler des dragons. Mais, assez vite, les personnages centraux se dégagent et réussissent à remettre de l’ordre dans cette population. Joliment portraiturés, Jehal et Zafir forment le cœur des « méchants », un duo d’amants diaboliques efficaces, dont l’attitude et les comportements n’ont pas été sans me rappeler le couple de Valmont et Merteuil. Ruses, trahisons, faux-semblants, comédies, mensonges sont l’apanage de ces deux larrons – et Jehal, bien que détestable au plus haut point, réussit à se rendre attachant. La maisonnée de la reine Shezira, a contrario, pourrait sembler bien sage… si l’on fermait les yeux sur l’absence de scrupules de la maîtresse de maison, sur les méthodes contestables de sa maréchale pour protéger sa supérieure, sur le caractère des trois princesses, franches, têtues et, pour l’une d’entre elles, à la limite de l’asociabilité. Bref, les protagonistes ne sont pas piqués des vers, évoluant dans un univers politique sans pitié.

Le monde imaginé en tant que tel, découvert à dos de dragon, offre quelques décors impressionnants, différentes villes splendides, grottes obscures et montagnes hostiles, et le lecteur-voyageur trouvera de quoi se régaler. Reste qu’une carte aurait vraiment été bienvenue…

Quelques jours après avoir refermé le roman, je ne le trouve plus aussi marquant qu’en l’ayant achevé. Mais il est fort bien mené, solide, plaisant, entraînant, et c’est peut-être cela qui m’a le plus surprise : la découverte d’un très bon roman de fantasy duquel je n’attendais rien.

 Le Palais adamantin, Stephen Deas (Flammarion, département Pygmalion, 2009)

Forteresse draconis (La Guerre de la couronne I)

Forteresse draconis, Michael Stackpole

Forteresse draconis, Michael Stackpole

Alors que je commence à organiser mes idées pour cet article, je me rends compte que critiquer un ebook relève d’un défi plus complexe que donner son avis sur un ouvrage imprimé. Feuilleter le livre, relire quelques passages précis se révèle plus difficile quand il faut se souvenir de reprendre l’histoire à tel pourcent et non plus à telle page. De plus, je n’ai pas le loisir de prendre le roman en photo, comme j’ai pris l’habitude de le faire dans mes articles précédents (à moins de photographier ma liseuse) (ou le câble de ma liseuse pour changer) (ou un pan de mur, tout aussi fascinant) (ou emprunter le livre à la bibliothèque et arrêter de me poser ces questions idiotes).

Bref, laissons cela de côté et venons-en à Forteresse Draconis ! Ce premier tome d’un cycle de fantasy américaine bien classique, La Guerre de la couronne, m’a pendant quelques pages (pardon, quelques pourcents) fait croire à une saga bien plus originale que ce que la couverture standardisée (dragon/château/guerre) et le titre en lui même (dragon/château/guerre) laissaient présager. On ouvre (ou allume dans mon cas) le roman pour être directement propulser sur un toit, de nuit, sous la pluie, à côté de Will l’Agile, un jeune voleur qui rêve de gloire et, en attendant, vit de ce qu’il peut rapiner. Quelques pourcents plus tard, Will tombe sur un mystérieux trésor, une étrange feuille argentée, puis est poursuivi par le propriétaire légitime de son larcin, avant de croiser au coin de la rue deux légendes vivantes qui le désignent comme le héros d’une prophétie et l’embarquent avec eux, par monts et vallées. Will n’y comprend rien mais il a quinze ans et envie de piller le monde, aussi les suit-il.

Mine de rien, ce début sur les chapeaux de roues a un petit côté bien efficace. Sans renouveler le genre, il donne au roman une petite touche d’originalité, alliée à un style convenable et à des personnages sympathiques. Ces derniers sont peut-être les éléments qui font vraiment tourner la boutique. Will, en premier lieu, a sa personnalité bien à lui, son langage de voleur des rues qu’il ne prend pas la peine de bannir devant les puissants du monde et une cleptomanie infernale, véritable fléau pour ses compagnons. Corbeau et Résolu, les deux larrons qui l’accompagnent, présentent sous les oripeaux des guerriers légendaires types des personnalités plus intéressantes, qui se dévoilent au fil de l’aventure – même si Corbeau tourne un peu trop au monsieur « belles paroles pleines de bon sens ». Et les autres personnages sont plutôt bien réussis, quand ils sortent des archétypes – à l’instar de Kerrigan, un jeune mage élevé par ses maîtres dans le but d’en faire un sauveur de la nation, et qui a profité de son enfance particulière pour devenir un gamin capricieux, glouton et pleurnicheur.

Malheureusement, la lecture bénie prend assez vite fin, et le roman retombe dans une certaine banalité propre à tout un pan de la fantasy. On nous dévoile le fond de l’affaire : la nécessité pour Will et ses compagnons de mettre fin à la tyrannie de Chytrine, une maléfique sorcière « de retour » pour envahir le monde. Surgissent alors des armées en marche, des forteresses assiégées, des duels légendaires contre une foultitude de serviteurs du mal et des draaaaaaaagons. Le roman y perd une partie de son rythme endiablé : d’épuisants dialogues sur la stratégie à adopter cassent la bonne allure de l’action, et une pluie de personnages secondaires en profite pour s’abattre sur l’histoire. Le charme n’est peut-être pas complètement rompu, mais l’histoire s’essouffle, les révélations sont pour beaucoup attendues, les batailles s’enchaînent et, même si la toute fin réussit à relancer l’action pour nous inciter à entamer le deuxième tome, le roman s’est achevé pour moi sous le signe de la déception.

Les intentions de départ étaient donc bonnes mais Forteresse draconis retombe vite dans un type de fantasy « banale », telle qu’on en a déjà vu dans mille autres bouquins. Mais si le roman ne m’a pas particulièrement marquée, je l’ai tout de même trouvé agréable à lire.

Forteresse draconis, Michael A. Stackpole (Milady, 2009)