Le Sang des 7 rois II

Le Sang des 7 rois II, Régis Goddyn

Le Sang des 7 rois II, Régis Goddyn

Alors que je traînais un rhume épouvantable au salon Zone-Franche de Bagneux, j’ai eu la chance de rencontrer Régis Goddyn et d’acquérir, enfin, enfin, le second tome du Sang des 7 rois, cette série en sept volumes qui nous promet bien des choses encore. Cinq mois après avoir lu et commenté le premier tome (vous pourrez trouver la critique ici), je me plonge dans ce deuxième volet aussi impressionnant que son prédécesseur.

Me voilà donc à nouveau égarée dans la valse des Gardiens, des rebelles, des pirates, des rois et des capitaines-ambassadeurs. Les retrouvailles sont rudes : où suis-je, que se passe-t-il, qui sont tous ces personnages dont je ne me rappelle pas grand-chose ? D’autant plus qu’en dépit d’un petit résumé bienvenu du tome 1, l’action commence in medias res : au chapitre XIV du tome 1, notre héros Orville laisse un message sur un cadavre ; au chapitre I du tome 2, les personnes qui ont trouvé ce cadavre lisent le message. Bon sang. Avec cinq mois d’intervalle, j’étais totalement perdue.

Heureusement, dans sa grande mansuétude, l’auteur a eu la charmante idée d’ajouter un glossaire et un index des figurants et des lieux en fin d’ouvrage. Car il faut tout réapprendre : qui sont les différentes puissances en conflit, Gardiens, rebelles, seigneurs et l’électron libre qu’est Orville ; qu’est-ce que le sang bleu ; quelle est l’histoire du pays. L’intrigue, comme dans le tome 1, demeure dense et complexe. Cependant, en dépit de toutes mes craintes, le scénario se remet rapidement en place, en grand-partie grâce à Orville. L’ancien capitaine-ambassadeur, jeté dans l’aventure sans informations sur les tenants et aboutissants de sa mission, récolte les différentes versions de l’histoire du sang bleu et cherche, tout comme le lecteur, à assembler les morceaux. Mis en scène dès le chapitre II du roman, il reprend ses investigations et remet à plat les différents fils de l’intrigue auxquels il a eu accès – aidant ainsi le lecteur à retomber sur ses pattes.

Il y a de toute manière suffisamment à faire dans ce deuxième tome pour que les détails oubliés de cette histoire emberlificotée ne gênent pas la bonne avancée de l’ouvrage. Chaque chapitre nous propose un nouveau point de vue : Orville, à présent pourchassé par les Gardiens, cherche toujours à retrouver les deux enfants disparus dans le tome I et sillonne la mer intérieure à la recherche du repaire des rebelles, tout en combattant les pirates qui pullulent dans ces eaux. Rosa, quant à elle, guide un groupe de fuyards au travers de montagnes arides, en essayant d’échapper aux Gardiens qui en veulent à ses pouvoirs. Et les Gardiens, auxquels l’auteur cède de plus en plus souvent la parole, s’organisent pour s’emparer du pouvoir et réduire le petit peuple en esclave, et augmenter leur faible nombre en violentant autant de femmes que possible, sans distinction de rangs. À leur tête, l’ambitieux Lothar tente d’utiliser et de manipuler les possesseurs du sang bleu, alors que le sage Sylvan essaie de s’opposer à ses sombres desseins, et que le petit dernier, Aldemond, s’installe sur la sauvage île du Goulet pour retrouver une épée ancestrale, arme du roi fou Kradath.

Voilà donc à quoi vous attendre : une intrigue qui se complexifie et se solidifie en même temps. Alors qu’elle me paraissait bien confuse dans le tome 1, l’histoire se démêle peu à peu et rebondit avec efficacité tout au long du deuxième tome. À part un passage à la fin du tome sur trois puissances occultes encore bien mystérieuses dont le dialogue m’a fait rouler des yeux d’appréhension (difficile d’en dire plus sans en dévoiler trop), j’ai vraiment apprécié l’évolution du scénario qui s’intensifie de page en page.

Quelques petites déceptions, pourtant : le style m’a paru un peu moins travaillé que dans le premier tome. Les transitions et les ellipses temporelles m’ont semblé parfois hâtives, brouillonnes, et les paysages de montagnes m’ont manqué à plusieurs reprises. J’ai aussi regretté qu’Orville n’écrive plus aussi souvent dans son journal : j’avais toujours plaisir à rencontrer ses passages en italique dans le tome 1 et à découvrir plus directement son point de vue sur les choses. Enfin, les pointes d’humour m’ont paru moins fines et moins présentes dans cet ouvrage que dans le premier volet. Le portrait extrêmement négatif (et peu nuancé) de la cruauté et de la sauvagerie des Gardiens n’est pas fait pour rendre le roman plus léger…

Mais enfin ce deuxième tome m’a enchantée – à tel point que j’ai recroisé Régis Goddyn aux Imaginales pour récupérer au plus vite le tome 3. Je conclus en évoquant la couverture, que je trouve toujours élégante, et la frise plaisante que les dos des trois tomes que je possède commencent à dessiner au milieu de mon étagère.

Le Sang des 7 rois. Livre deux, Régis Goddyn (L’Atalante, 2013)

Le Sang des 7 rois I

Sang des 7 rois I

Le Sang des 7 rois I, Régis Goddyn

Avec son titre rouge et son illustration en noir et ivoire, Le Sang des 7 rois a fière allure. Premier tome d’une série de sept volumes, acquis à la librairie de l’Atalante à Nantes, ce roman m’a conquise, après quatre jours de lecture intensive entre métro, pauses-déjeuner et descentes d’escaliers.

La saga commence par l’enlèvement de deux enfants à Hautterre, petite vicomté complètement perdue au cœur des montagnes. L’enquête préliminaire menée par le sergent Orville (notre héros) révèle que le crime est plus étrange qu’il n’y paraît, et le vicomte fait avertir son souverain de ces étranges circonstances. Lequel en déduit qu’une rébellion qu’on croyait éteinte depuis des années se réorganise. Orville est alors élevé au rang de capitaine-ambassadeur, titre des plus prestigieux, et envoyé à la poursuite des voleurs d’enfants – tandis qu’il se trame des choses bizarres entre les puissants du royaume…

Et, en terme de « tramage de choses bizarres », le roman est assez méritoire. On s’attend bien à ce qu’un cycle de sept tomes dispose d’un scénario fouillé, d’une intrigue complexe, et on s’attend également à être un peu perdu au début du premier tome de ce cycle, le temps de s’imprégner de l’univers mis en place par l’auteur. Rien de mal à enrober le début de sa série d’énigmes et de secrets. Malheureusement, à mon avis, Régis Goddyn entretient un peu trop longtemps le mystère – nous invitant à assister à des réunions entre les différentes forces au pouvoir où tout le monde est au courant de tout sauf le lecteur. Théocrates, Gardiens, capitaines-ambassadeurs, rois… chaque faction connaissant une part de l’affaire et ayant son but propre, généralement en désaccord avec ceux des autres groupes. Chacune débattant en particulier du sang-bleu, cœur de l’intrigue, un sang que possèdent certaines personnes, les dotant d’une longévité impressionnante et de différents pouvoirs surnaturels.

La mise en place pénible des évènements est d’autant plus difficile que le seul personnage qui, à l’instar du lecteur, ne connaît presque aucun tenant ou aboutissant de l’histoire vadrouille pendant un demi-roman dans les montagnes. Les passages avec Orville, s’ils n’aident pas vraiment à clarifier le scénario, sont des pauses bienvenues entre le déchiffrage des intrigues des puissants. On délaisse les religieux et les politiques pour la traque haletante, les nuits glaciales, les forêts envahies de brigands, et ce sympathique bougre d’Orville nous conduit de rebondissements en imprévus. Et lorsqu’au sortir des montagnes, il finit par obtenir quelques clés de l’histoire, nous voilà réconciliés avec le scénario, aptes à savourer confortablement cette œuvre intéressante.

Car, au bout du compte, le roman est réussi. L’enchaînement des évènements est entraînant, les personnages centraux, Orville et Rosa, ou d’autres plus secondaires comme Hautterre et les exilés de l’île du Goulet, sont fort bien mis en scène, et les décors sont décrits avec une belle finesse d’écriture, un souci du détail qui donne au style de Régis Goddyn une patte vraiment caractéristique – rendant quelque part le roman rude, à l’image des crêtes sauvages que parcourt Orville, et à l’image des hommes qui peuplent ce récit, confrontés à une réalité âpre (il n’y a par ailleurs que fort peu de personnages féminins vraiment présents).

J’aurais certes aimé une intrigue un peu moins emberlificotée, qui m’aurait permis de profiter plus pleinement de ce premier tome, mais style, décor et péripéties m’ont réellement comblée. L’ouverture du Sang des 7 rois, sans être parfaite, est réussie à plus d’un titre et promet un cycle d’une grande valeur.

Le Sang des 7 rois. Livre premier, Régis Goddyn (L’Atalante, 2013)