Le Dernier Chant d’Orphée

Le Dernier Chant d'Orphée, Robert Silverberg

Le Dernier Chant d’Orphée, Robert Silverberg

Il me tombe entre les mains un roman sur lequel je ne sais pas vraiment quoi dire. Le Dernier Chant d’Orphée est-il intéressant, juste intriguant ou décevant ? Je l’achève, perplexe, avec une curieuse impression.

Le court récit est signé Robert Silverberg, dans un sens un gage de qualité ; on nous parle d’ « un roman inédit qui est un véritable évènement », on nous prépare à une réécriture prometteuse du mythe d’Orphée, le bouquin en lui-même a une jolie petite mine avec sa couverture sobre, son illustration inquiétante, son titre discret. Soit. L’approche est alléchante, et après tout le contenu… est loin d’être mauvais. Mais, en refermant ce roman, je me suis longuement demandé ce qu’il pouvait apporter.

Dans un style bien à lui, que je trouve toujours d’une sincérité et d’une simplicité qui en disent bien plus qu’elles ne le semblent à une première lecture, Robert Silverberg nous offre ici une réécriture du mythe d’Orphée, dans sa globalité. On assiste à la naissance du héros musicien, à sa rencontre avec Eurydice, à sa descente aux Enfers, à son voyage en Égypte, à sa participation à l’expédition des Argonautes – et enfin à sa mort tragique. Mi-mortel, mi-divin, Orphée est condamné à vivre au-delà du temps humain, dans une durée cyclique qui lui permet de raconter l’ensemble de sa vie en un ultime chant destiné à son fils Musée.

Il y a quelques libertés prises avec les mythes. Silverberg met l’histoire dans la bouche du poète et Orphée nous transmet sa propre version de ses aventures, avec ses émotions et ses impressions. La mort d’Eurydice n’en est que plus tragique, la rencontre avec Apollon que plus impressionnante, l’entrée aux Enfers que plus sinistre. On sourit aussi parfois, lorsqu’Orphée juge les héros qui l’entourent, traitant en particulier le fier Jason d’imbécile tout au long de sa quête.

Mais, si l’on excepte le style et le point de vue adoptés, Silverberg ne touche aucunement aux mythes réécrits. Lorsqu’on connaît les histoires évoquées dans Le Dernier Chant d’Orphée, l’ouvrage perd une partie de son intérêt. On le lira avec plaisir, certes, ne serait-ce que pour apprécier une jolie écriture et une belle expression de sentiments, et pour voir brasser tout un tas de thèmes antiques et mythologiques (destin, mort, rapport de l’art, de l’harmonie et du cosmos…), mais on restera frustré par le manque d’audace de l’auteur quant à l’évolution du récit.

Je ne peux donc que vous donner un avis mi-figue, mi-raisin. Comme l’invite la préface du roman, le « bienheureux » lecteur sera celui qui ignore le mythe d’Orphée et aura ici la chance de le découvrir dans une belle version rassemblant toute la vie de l’aède, ainsi que les problématiques jalonnant son parcours. Mais, si l’ouvrage est soigné, il reste pour une passionnée de mythologie une simple curiosité.

Le Dernier Chant d’Orphée, Robert Silverberg (ActuSF, 2012)